Tests PCR frauduleux, masques inutiles... cet appel à enquêter sur "les mesures sanitaires absurdes" relaie de fausses informations

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Dans une vidéo partagée plus de 19.000 fois sur les réseaux sociaux depuis le 24 mars une femme en uniforme de policier espagnol appelle à "enquêter" sur "les mesures sanitaires absurdes sans fondement scientifique" imposées en France pour lutter contre le Covid-19. Attention, son discours est parsemé de fausses informations.

La personne qui parle dans la vidéo -relayée aussi bien sur Facebook (1,2,3) que sur des blogs (1,2)-, se présente comme Sonia Vescovacci, 41 ans, "membre de la police nationale espagnole".

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 26 mars 2021)

Dans cet enregistrement d'environ 12 minutes, elle explique, en français, avoir créé un collectif appelé "Policias por la libertad" ("Policiers pour la liberté") qui dénonce "un recul inquiétant de la démocratie et de la liberté, des lois liberticides, des mesures sanitaires absurdes sans fondement scientifique".

Selon le média espagnol Publico, cette femme, officier du Corps national de police espagnole (CNP) en congé, a déjà défrayé la chronique en Espagne, en appelant l'année dernière ses collègues à ne pas sanctionner les personnes refusant l’usage du masque, la distanciation physique et en niant la gravité de l’épidémie de Covid. 

Sur son compte Instagram, elle se présente comme une "consultante" pour les forces de l'ordre espagnoles. Interrogée par l'AFP, une porte-parole du Corps national de police espagnole a confirmé le 30 mars qu'elle "n'était pas en activité", précisant ne pas savoir "exactement quelle est sa situation".

Dans sa vidéo, Mme Vescovacci indique vouloir "dénoncer les abus et plans perfides de certains lobbies" et dit se référer notamment aux déclarations et écrits des "professeurs Perrone, Toubiana, Raoult, Alexandra Henrion-Caude", dont certains propos ont déjà fait l'objet d'articles de vérification de l’AFP Factuel ici.

Elle lit un texte préparé à l’avance et appelle ses "camarades, policiers, gendarmes et militaires français" à devenir "les anges gardiens du peuple", "à faire honneur à leur uniforme" et à "enquêter" sur les divers points qu’elle énumère.

Son argumentaire contient toutefois plusieurs fausses informations.

Des tests PCR frauduleux ? Faux

La policière fustige, dès le début de sa vidéo, "une fraude aux faux cas positifs pour les tests PCR" et assure qu’ils ne sont pas efficaces si on les utilise "avec des cycles d’amplification supérieurs à 25 comme c’est le cas à 99%". 

Des experts ont déjà expliqué dans des articles de l'AFP, notamment ici, que les tests PCR sont fiables et que les résultats "faux positifs" (quand le test ressort positif alors que le patient n'est pas contaminé) sont extrêmement rares et liés en général à de mauvaises manipulations.

Pour pouvoir détecter même de petites quantités de virus, le test RT-PCR amplifie son matériel génétique un certain nombre de fois, à des températures différentes : on parle de cycles d'amplification ou "Ct".

Cette vidéo des Hôpitaux universitaires de Genève explique comment fonctionne le test PCR :

Plus il faut de cycles, moins il y a de quantité de virus et inversement. Mais selon la Société Française de Microbiologie, la valeur Ct "peut être variable selon le processus analytique ou selon la technique de RT-PCR utilisée."

Elle ajoute que "cette valeur est généralement comprise entre 10 et 45".  "En fait le nombre de cycles, on s'en fiche, tout dépend de la PCR, de la technologie que vous utilisez", avait ainsi insisté auprès de l'AFP Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur.

Une valeur CT supérieure à 25 ne signifie donc pas qu'un test positif est erroné.

Dans sa vidéo, la policière cite "le grand avocat allemand Reiner Fuellmich" qui a émis des doutes sur les tests PCR et les cycles d’amplification, et a affirmé qu’"il n’y a pas de pandémie mais une épidémie de tests PCR frauduleux". Les propos de cet avocat ont déjà été analysés par l’AFP dans cet article paru en octobre 2020.

La policière affirme que l’inventeur des tests PCR, Kary Mullis, a "expliqué que ce test ne pouvait pas servir à diagnostiquer une maladie encore moins le COVID". Une affirmation démystifiée dans cet article de l'AFP Factuel, et par nos confrères du Monde.

Des masques inutiles et toxiques ? Faux

Dans son appel à "enquêter", la policière évoque les masques en fustigeant l’"obligation de porter des masques inutiles et toxiques à moyen et long terme".

Le 25 février dernier, l’AFP Factuel a publié un long article expliquant que les masques chirurgicaux "homologués ne sont pas toxiques" et sont considérés comme "une mesure efficace" pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage des mains.

Les experts interrogés par l'AFP ont souligné également que les masques chirurgicaux sont des dispositifs médicaux utilisés depuis très longtemps chez les soignants. 

"Des milliers de chirurgiens, de dentistes, et d'infirmiers portaient le masque tous les jours bien avant le Covid-19 et nous n'avons jamais vu chez eux une augmentation de cancer ou d'insuffisance respiratoire", notait ainsi fin février le chercheur Christophe Bécavin.

L'OMS comme les autorités sanitaires considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus.

(AFP Graphics)

Un peu plus tard, la policière laisse aussi entendre que les masques sont inefficaces pour empêcher les contaminations avec le Sars-Cov-2 en assurant que "les coronavirus mesurent en général 100 nanomètres c’est-à-dire 10.000 fois plus petit qu’un millimètre".

Pendant l’été 2020, des experts avaient déjà expliqué à l'AFP ici que, contrairement à certaines affirmations identiques, "les mailles des masques chirurgicaux ne sont pas trop grandes" pour stopper le Covid-19.

Se concentrer sur "la taille des particules virales n'est pas pertinent. C'est la taille des gouttelettes qui contiennent le virus qui importe", soulignait début juillet à l'AFP Julian Leibowitz, professeur en pathogénie microbienne et immunologie à la Texas A&M University.

"Le virus se transmet en grande majorité par des gouttelettes plus grosses, de 5 à 15 microns de diamètre", abondait à l’époque Patrick Remington, ancien épidémiologiste pour les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) et directeur du Programme de résidence en médecine préventive à l’université de Wisconsin-Madison.

(Une femme porte un masque à Bordeaux, le 16 septembre 2020)

Et "les masques bien ajustés réduisent de façon significative le nombre de gouttelettes expulsées par une personne", ajoutait-il.

Un traitement miracle mettant fin à la pandémie ? Faux

Mme Vescovacci dénonce ensuite "l'interdiction et le discrédit jetés sur tous les traitements efficaces et économiques permettant de lutter contre les virus" qui, selon elle, mettraient "un terme immédiat à cette supposée pandémie".

Elle ne désigne pas de traitement en particulier, mais ces accusations font écho à de nombreuses publications sur les réseaux sociaux depuis plus d’un an prônant des “alternatives thérapeutiques” contre la maladie (1,2,3).

A ce stade, ni l'ivermectine, ni l'hydroxychloroquine associé à l'azithromycine, ni le zinc ou encore les vitamines n’ont prouvé leur efficacité pour lutter contre le virus, comme nous l’avons écrit dans cet article passant en revue l’une de ces publications.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, "les soins de soutien les plus efficaces sont l’oxygénothérapie pour les patients dans un état grave et ceux qui risquent de développer une forme grave de la maladie, ainsi qu’une assistance respiratoire plus poussée, comme la ventilation pour les patients dans un état critique".

Au 26 mars, il n’existe aucun remède susceptible de mettre "un terme immédiat" à la pandémie. "Les scientifiques du monde entier tentent de trouver et de mettre au point des traitements contre la COVID-19", a ainsi noté l’OMS sur son site.

En France, l'Agence du médicament (ANSM) a autorisé mi-mars deux bithérapies à base d'anticorps de synthèse, dont celle des laboratoires Roche et Regeneron, pour traiter précocement, dès l'apparition des symptômes, les adultes les plus à risque de forme grave de Covid-19.

Des vaccins toxiques ? Infondé

Enfin, la policière appelle à enquêter sur une "obsession pour des vaccins toxiques préparés dans la précipitation" et servant à lutter contre le nouveau coronavirus.

Il est exact que face à la pandémie, les délais de mise sur le marché des vaccins anti-Covid ont été considérablement raccourcis, alimentant les craintes d'effets indésirables à long terme qui n'auraient pas encore été identifiés.

Mais les quatre vaccins autorisés à ce jour en France, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson, ont suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché européen et français.

Une première phase pour évaluer l'éventuelle nocivité du produit, une deuxième pour le tester sur un nombre limité de malades et une troisième pour juger de l'intérêt thérapeutique auprès d'un échantillon plus étendu. Cette dernière phase avant la mise sur le marché, qui se déroule sur des milliers de volontaires, est bien terminée pour les quatre vaccins homologués.

(AFP Graphics)

Aujourd’hui, les quatre vaccins autorisés font l'objet d'une quatrième phase, dite de pharmacovigilance, pour suivre de près les effets secondaires des vaccins aussi bien en France, par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qu'à l'échelle européenne, par l'Agence européenne des médicaments.

C’est dans le cadre de cette phase que plusieurs pays européens, dont la France, ont temporairement suspendu mi-mars la vaccination à l'AstraZeneca, après le signalement d'effets secondaires graves tels que des troubles de la coagulation et la formation de caillots.

Une dose de vaccin AstraZeneca (AFP / Monirul Bhuiyan)

Jeudi 18 mars, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a finalement jugé "sûr et efficace" ce vaccin et la plupart des pays - à l’exception notamment du Danemark et de la Norvège - ont depuis recommencé à l’utiliser.

Des experts de l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) ont également estimé le 19 mars, comme le relate l'AFP dans cet article, que les bénéfices associés au vaccin AstraZeneca contre le coronavirus l'emportaient sur les risques.

Après avoir examiné les données des essais cliniques et les rapports sur la sûreté du vaccin basés sur les données provenant d'Europe, du Royaume-Uni, d'Inde et de Vigibase, une base de données mondiale de l'OMS, ils ont conclu que "les données disponibles ne suggèrent pas d'augmentation globale des troubles de la coagulation (...) après l'administration des vaccins contre le Covid-19".

Dans son dernier bulletin de pharmacovigilance, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recensé 14.402 cas d’effets secondaires (dont 76% "non graves") après les "plus de 6,762" millions d'injections réalisées depuis le début de la campagne fin décembre en France.

Edit du 30 mars à 12h : ajoute réaction CNP
 
Françoise Kadri
François D'Astier
CORONAVIRUS