(AFP / Kenzo Tribouillard)

Attention, ces "alternatives thérapeutiques" contre le Covid-19 n'ont pas été validées scientifiquement

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Dans une vidéo partagée 1 700 fois sur Facebook depuis le 5 février, un médecin anesthésiste belge affirme qu'il existe des traitements "alternatifs" pour prévenir et guérir le Covid-19 : il cite l'ivermectine, l'hydroxychloroquine associé à l'azithromycine, le zinc ou encore les vitamines. Ces affirmations sont infondées: si ces traitements sont étudiés depuis le début de la pandémie, il n'existe à ce jour aucune preuve scientifique solide de leur efficacité contre le coronavirus et a fortiori comme "alternative thérapeutique". 

"On pourrait gérer la crise autrement (...) On est des millions en France, des millions en Belgique à défendre des alternatives thérapeutiques, elles existent, l'ivermectine, il y a l'hydroxychloroquine associée à l'azithromycine, le zinc, des vitamines", déclare Pascal Sacré (1'30) dans une vidéo de près de 6 minutes partagée plus de 1 700 fois en moins d'une semaine. 

Capture d'écran réalisée le 11/02/2021

"Dire que la vitamine D et la Vitamine C ne sont pas suffisantes et ne permettent pas de renforcer son système immunitaire ça devrait être attaqué en justice", s'indigne Pascal Sacré, qui affirme que ces "alternatives (sont) validées par des universités américaines, validées par des universités allemandes, validées par des professeurs en France, professeur Raoult, qui est un des plus grands experts en virologie du monde, qu'on l'aime ou qu'on l'aime pas". 

Pascal Sacré est un médecin anesthésiste-réanimateur belge. En octobre 2020, le Grand hôpital de Charleroi (Wallonie) où il travaillait a rompu son contrat, comme l'a confirmé l'établissement à l'AFP le 10 février 2021, se refusant à tout autre commentaire. De son côté, Pascal Sacré affirme que son renvoi est lié aux opinions qu'il partage sur les réseaux sociaux et aux critiques qu'il fait de la gestion de la crise sanitaire.  

Depuis, il est très actif sur les réseaux sociaux où il fustige certaines décisions gouvernementales, comme l’imposition généralisée du masque ou le confinement, et défend des personnalités dont les déclarations fausses ou infondées sont régulièrement vérifiées par l'AFP, comme la généticienne Alexandra Henrion-Caude.

Captures d'écran réalisées sur le compte Facebook de Pascal Sacré le 11/02/2021

Dans cette vidéo, il s'exprime lors d'une manifestation qui a réuni 150 représentants du secteur de l'HORECA (hôtels, restaurants, cafés) à Charleroi le 5 février. Durant son intervention, il a listé plusieurs "alternatives thérapeutiques" qui permettraient de "gérer la crise" du Covid-19. Si toutes ont été examinées ou sont encore étudiées, il n'existe à ce jour pas de preuves scientifiques suffisantes pour attester de leur efficacité contre le Covid-19, ont expliqué plusieurs experts à l'AFP. 

Pascal Sacré affirme par ailleurs que ces traitements ont été "validés par des universités américaines, validés par des universités allemandes, validés par des professeurs en France, professeur Raoult, qui est un des plus grands expert en virologie du monde, qu'on l'aime ou qu'on l'aime pas". Contacté par l’AFP pour obtenir des précisions et références quant aux universités et études qu’il mentionne, le Dr Sacré n’avait pas répondu à la date de publication de cet article.

L'efficacité de l'ivermectine contre le Covid n'est pas scientifiquement démontrée

A la fin de la vidéo (5'12) Pascal Sacré propose de distribuer des prospectus sur l'ivermectine, "un des médicaments qui est tout à fait valable dans la gestion de cette crise", affirme-t-il. 

L'ivermectine est un médicament - à usage vétérinaire et humain - utilisé contre des parasites, comme la gale, ou les poux. Si une étude a observé une efficacité in vitro (en laboratoire), de l'ivermectine sur le Covid-19, son efficacité sur l'homme n'est à ce jour pas démontrée, ont expliqué experts et institutions dans un précédent article de vérification, car il n'y a pas de preuves scientifiques suffisamment solides.

L'ivermectine fait partie des médicaments testés dès le début de la pandémie pour voir s'ils étaient efficaces contre le Covid-19. Une cinquantaine d'essais sont recensés dans cette base de données. Mais à ce jour ni l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ni aucune étude scientifique reconnue n’a validé son utilisation contre le Covid-19. 

A la question "Devrais-je prendre de l’ivermectine pour prévenir ou traiter le Covid-19 ?", l'agence américaine du médicament, la FDA répond ainsi sur son site internet le 13 janvier 2021 : "Non. Même s’il y a des usages autorisés chez l’homme et l’animal pour l’ivermectine, elle n’est pas approuvée pour la prévention et le traitement du Covid-19". 

Aux Etats-Unis, les National institutes of Health (NIH) ont indiqué dans leur dernière mise à jour datée du 14 janvier qu'"actuellement, les données sont insuffisantes pour donner des recommandations pour ou contre l'utilisation de l'ivermectine contre le Covid-19", pointant les limites des données disponibles.

Les rumeurs sur l'efficacité de l'ivermectine ont été telles que le médicament est devenu une denrée rare dans certains pays comme au Liban ou en Afrique du Sud. L'autorité du médicament sud-africaine a provisoirement approuvé fin janvier l'utilisation contrôlée de l'ivermectine sur des humains fin janvier, tout en précisant que "les données sur la sécurité et l'efficacité (de l'ivermectine) pour le traitement de COVID-19 sont limitées". 

Le 26 janvier, l'institut public français Inserm a expliqué sur son site internet : "A l’heure actuelle, le niveau de preuves de l’efficacité de l’ivermectine est considéré comme 'très bas', trop peu d’études robustes et concluantes ayant réussi à montrer un effet bénéfique de la molécule". 

"La plupart des études cliniques publiées récemment sur le sujet sont peu concluantes, la grande majorité sont soit des prépublications non validées par leurs pairs soit, quand elles sont publiées, des études ayant des biais méthodologiques rendant les résultats difficilement interprétables et ne permettant pas de tirer des conclusions", résume la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT)

Le zinc améliore l'immunité  mais n'est pas recommandé pour traiter le Covid-19

Le zinc est un oligo-élément présent dans les viandes maigres, les fruits de mer, les œufs, le fromage, les fèves de soja, les céréales enrichies etc. Il joue un rôle important dans la régulation du système immunitaire, comme l'explique le site de la Fondation pour le cancer en Belgique.

Le zinc est régulièrement cité par les internautes pour se protéger contre le virus. En novembre 2020, un texte assurant qu'il "arrêtait la réplication virale dans les cellules pulmonaires" avait été vérifié par l'AFP. 

"Le zinc est un métal toxique et bien qu'il inhibe effectivement certaines enzymes virales, le niveau requis (pour prévenir ou traiter le covid, ndlr) ne serait pas toléré dans l'organisme", avait alors déclaré à l'AFP Ian Jones, professeur de virologie à l'université de Reading, en Angleterre. 

Par ailleurs, les niveaux de zinc d'un être humain sont "soigneusement régulés" et tout excès est excrété, il n'y a donc "aucune chance qu'un niveau inhibiteur puisse atteindre les cellules infectées par un virus", avait-il précisé. 

Le Conseil Supérieur de la Santé belge a expliqué dans le résumé d'un avis  publié le 28 janvier 2021 sur son site, que le zinc (Zn) est "un acteur clé pour notre système immunitaire", mais "n'est pas une panacée contre la Covid-19" : "le CSS n’a pu objectiver aucun effet bénéfique résultant de l'administration de zinc aux patients présentant des symptômes de COVID-19, et ce, avec des doses journalières allant de 50 à 180 mg."  

L'avis est disponible dans son intégralité ici. Le CSS ne "recommande pas l’administration de Zn à visée thérapeutique chez des patients cliniquement atteints, de même que l’administration de doses élevées". Néanmoins, indique-t-il, "les personnes à risque élevé d’infection mais non encore cliniquement atteintes par la Covid-19 peuvent bénéficier à titre préventif d’une complémentation d’une durée de 3 à 4 semaines avec des doses modérées". Il recommande également à la population générale de veiller à s'assurer un apport suffisant en zinc. 

Le 5 février 2021, à Bruxelles, manifestation d'hôteliers et de restaurateurs pour exiger la réouverture de leurs commerces, fermés depuis octobre 2020. (AFP / Kenzo Tribouillard)

Les vitamines renforcent le système immunitaire mais rien ne prouve qu’elles préviennent la transmission du Covid-19 ou permettent de le guérir

Dans la liste des "alternatives thérapeutiques" pour lutter contre le coronavirus, Pascal Sacré cite également "les vitamines". Plus tard dans la vidéo, il déclare que "Dire que la vitamine D et la Vitamine C ne sont pas suffisantes et ne permettent pas de renforcer son système immunitaire ça devrait être attaqué en justice", mais ne précise pas en quoi ces deux vitamines seraient "suffisantes".

Dans une tribune publiée mi-janvier sur la plateforme larevuedupracticien, des médecins français appelaient à "supplémenter l'ensemble de la population française en vitamine D", parce que cela "pourrait contribuer à réduire l'infection par le Sars-CoV-2 ainsi que le risque de formes graves de Covid-19, de passages en réanimation et de décès". Mais il n'existe à ce jour pas de consensus scientifique sur l'efficacité de la vitamine D contre le Covid-19.

Utile à la santé osseuse, la vitamine D participe également au bon fonctionnement du système immunitaire. "II y a des études 'observationnelles' (par opposition à des essais cliniques, considérés comme plus solides, NDLR) qui montrent une corrélation entre le taux de vitamine D et le pronostic de la Covid: plus le taux est haut, meilleur est le pronostic, moins de décès, moins de formes sévères...", expliquait dans cette dépêche à l'AFP le Pr Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie au CHU d'Angers et signataire de la tribune. Actuellement, "on a ce qu’on appelle une présomption scientifique mais pour avoir une preuve scientifique, une causalité, il faut des essais cliniques", précisait-il. 

Le Pr Annweiler rappelait également que la vitamine D n'est pas "la panacée, c’est au mieux, un adjuvant, mais la porte de sortie de la crise, c’est le vaccin et les gestes barrière". 

Dans son avis du 28 janvier 2021, le Conseil Supérieur de la Santé belge conclut que "l’utilisation de très hautes quantités de vitamine D à visée thérapeutique chez les patients atteints de la Covid-19 et pour prévenir les formes très graves de la maladie,ne peut actuellement être recommandée. Elle ressort éventuellement du cadre d’études cliniques et ne peut se substituer aux traitements utilisés actuellement." Comme pour le zinc, les autorités sanitaires recommandent tout de même à la population de s'assurer un apport suffisant en vitamines. 

Quant à la consommation de vitamine C, la rubrique "en finir avec les idées reçues" de l'OMS indique qu'"il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’orientations concernant l’emploi de suppléments en micronutriments comme traitement de la Covid-19." 

Si "les vitamines C et D stimulent le système immunitaire" et si "rester hydraté vous permet également d'avoir un métabolisme optimal", cela n'empêche pas l'infection par le virus, qui se transmet "par voie respiratoire, via les mains ou le nez", insistait l'épidémiologiste belge Yves Coppieters dans un précédent article de vérification

La saga de l'hydroxychloroquine 

C'est le médicament qui a fait couler le plus d'encre depuis le début de la pandémie, car il est devenu l'enjeu d'un débat politique, comme l'expliquait cette dépêche de novembre 2020. 

Plusieurs études censées démontrer l'"efficacité" de l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 ont été publiées en 2020 par le professeur français Didier Raoult - que cite en exemple Pascal Sacré -, mais elles ont été très critiquées en raison de leur méthodologie. En cause notamment, de trop petits groupes de patients pour les deux premières, pas de groupe témoin dans la troisième. 

Depuis, des études randomisées (la méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement, avec un groupe recevant le traitement et un groupe témoin recevant un placebo) - la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l’OMS - ont conclu que l'hydroxychloroquine n'était pas efficace contre le Covid-19.

L'AFP a vérifié des affirmations autour de l'hydroxychloroquine à plusieurs reprises, ici et ici par exemple. 

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