Des promeneurs portent le masque à Rennes, le 9 janvier 2021 (AFP / Loic Venance)

Non, les masques chirurgicaux homologués ne sont pas toxiques

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Une publication, partagée 800 fois sur Facebook depuis le 18 février, prétend que les masques chirurgicaux utilisés pour limiter la propagation du nouveau coronavirus seraient dangereux pour la santé, en montrant les fiches toxicologiques de deux agents chimiques, le toluène et le formaldéhyde. Mais ces visuels publiés initialement par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) n'ont pas été créés dans le cadre d'une campagne de prévention contre le port du masque. De plus,  la réglementation européenne sur les dispositifs médicaux "interdit toutes substances dangereuses pour les masques chirurgicaux", rappelle l'Association française de normalisation (Afnor).

"Voici la toxicité de la formaldéhyde et du toluène. Produits chimiques que nous retrouvons dans les masques bleus", avance cette image relayée plus de 800 fois sur Facebook. Sur le visuel, un mannequin porte un masque chirurgical bleu comme ceux largement utilisés depuis l'apparition du Covid-19 pour limiter les risques de propager le virus. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 24/02/2021

"Voilà ce que vous respirez tous les jours de votre vie pendant des heures entières depuis des mois (...) est-ce que la population n'est pas en train de se suicider avec un poison lent ?", interroge la page "Le Grand Réveil", qui relaie cette image.  

Sur la photo, des pictogrammes danger et deux têtes de mort apparaissent et de nombreux effets toxiques sont listés. Il est écrit que le formaldéhyde est "toxique par contact cutané", qu'il peut provoquer "de graves brûlures de la peau", de "graves lésions des yeux", voire "le cancer" tandis que le toluène pourrait de son côté "nuire au foetus" voire être "mortel en cas de pénétration dans les voies respiratoires"

Plusieurs internautes s'interrogent en commentaire sur la sécurité de ces protections, qui sont les seules à être autorisées avec les masques de catégorie 1 dans les établissements scolaires depuis le 18 janvier 2021.

Mais si cette publication peut laisser croire qu'il s'agit d'avertissements visibles sur une boîte de masques, il n'en est rien. Ces captures d'écran ont été réalisées à partir de fiches toxicologiques du formaldéhyde et du toluène, publiées sur le site de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). 

Capture d'écran prise sur le site de l'INRS le 24/02/2021
Capture d'écran prise sur le site de l'INRS le 24/02/2021

 

Or, l'INRS dément auprès de l'AFP avoir rédigé ces deux fiches pour alerter sur les dangers du port du masque. "Les fiches toxicologiques de l'INRS n'ont jamais été associées à une ou des campagnes, elles constituent une synthèse des informations disponibles concernant les dangers liés à une substance ou à un groupe de substances", a expliqué l'organisme à l'AFP, le 23 février.

Choisir un masque aux normes

Il existe différents types de masque en France, comme le relève le gouvernement dans cette note d'information. Les masques de protection respiratoire FFP1, 2 et 3 "protègent le porteur du masque contre l'inhalation de particules en suspension dans l'air et a fortiori de gouttelettes de plus grosse taille qui pourraient contenir des agents infectieux" . 

Les masques dits "grand public", produits par des professionnels du textile ou "faits maison" dans le cadre de l'épidémie de Covid-19 sont utilisés par la population. Mais depuis l'apparition de nouveaux variants plus contagieux du nouveau coronavirus, le gouvernement a demandé "de ne plus utiliser de masque artisanal", et d'éviter les masques industriels en tissu les moins filtrants (dits de catégorie 2).

Les masques de type chirurgical, comme montrés sur le visuel, répondent à des normes spécifiques et sont destinés à "éviter lors de l'expiration de celui qui le porte, la projection de sécrétions des voies aériennes supérieures ou de salive pouvant contenir des agents infectieux transmissibles", écrit le ministère de la Santé.

Une femme porte un masque dans une zone où il est obligatoire, à Bordeaux, le 16 septembre 2020. (AFP / Philippe Lopez)

Ce sont ces normes qui permettent de s'assurer que les masques sont sans risques pour la santé, explique Rim Chaouy, responsable du pôle Sécurité et santé au travail de l’Association française de normalisation (Afnor) qui garantit la conformité des masques distribués en France.

En effet, "dans le cadre de la réglementation européenne sur la directive sur les dispositifs médicaux il est question aussi des matériaux, cela interdit toutes substances dangereuses pour les masques chirurgicaux" rappelle Rim Chaouy, interrogée par l'AFP le 22 février. "C'est donc prévu qu'il n'y ait pas de contenus toxiques".

Le règlement européen de 2017, qui reprend une directive de 1993, détaille ainsi plusieurs conditions à respecter pour commercialiser des dispositifs médicaux au sein de l'UE. 

Extrait du règlement européen de 2017 relatif aux dispositifs médicaux

Pour s'assurer qu'un masque est "normalisé", c'est-à-dire qu'il respecte la législation européenne , il faut que l'emballage comporte "le marquage CE, la référence datée de la norme EN 14683" et "le type du masque (type 1, 2, 2R)", détaille l'INRS sur son site. 

Choisir un masque chirurgical aux normes permet d'éviter d'acheter un dispositif médical dont on ignorerait l'origine et qui pourrait se révéler dangereux abonde Bernard Bégaud, pharmacologue ancien président de la commission sur les essais cliniques de l'Agence nationale du médicament (ANSM).

"Si vous achetez des masques officiels en pharmacie, ou qu'ils sont livrés dans les hôpitaux, vous êtes certains que c'est passé par le canal régulier d'information et qu'il y a eu le label d'importation après vérification de leur conformité. Mais si vous achetez un masque sur internet, sans savoir précisement d’où il vient ni de qui, vous vous exposez éventuellement à un risque", met ainsi en garde l'expert.

En vérifiant l'emballage de plusieurs boîtes françaises de masques qui comportent ces certifications, le matériau qui apparaît majoritairement est le polypropène. Certains producteurs de masques, comme Eurofins, précisent dans la description de leur produit que celui-ci est "sans formaldéhyde", mais ce n'est pas le cas de tous les fabricants, et il est difficile de savoir si certains masques, même homologués, contiennent des traces de formaldéhyde ou de toluène. 

Cependant, même si c'était le cas, "ce n'est pas parce qu'il y a des traces que l'on a un cancer : tout est une question de dose", nuance Christophe Bécavin, chercheur du CNRS à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire.

Robert Garnier, médecin toxicologue et ancien chef de service du centre antipoison de Paris abonde :  "quand vous allumez une bougie il y a plein de formaldéhyde, quand vous faites le plein d'essence, il y a plein de toluène, donc ce n'est pas l'agent en lui-même qui pose problème, c'est combien il y en a. Or, pour qu'il y ait des risques de cancer il faudrait des concentrations très élevées", nuance l'expert.

Et la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) assure auprès de l'AFP "mener des contrôles sur la conformité des masques chirurgicaux depuis le mois de mai 2020", soulignant que des "analyses exploratoires visant à rechercher diverses substances chimiques" dont le formaldéhyde mais aussi des allergènes ou des pesticides sont en cours.

La DGCCRF explique également que "certaines références de masques ont pu faire l'objet de procédures de retrait ou de rappel du marché du fait de non-conformités", en précisant toutefois qu'à ce jour cela "n'était pas lié à la présence de substances chimiques".

Des masques utilisés depuis des années chez les soignants

Les experts interrogés par l'AFP soulignent également que les masques chirurgicaux sont des dispositifs médicaux utilisés depuis très longtemps chez les soignants. "Des milliers de chirurgiens, de dentistes, et d'infirmiers portaient le masque tous les jours bien avant le Covid-19 et nous n'avons jamais vu chez eux une augmentation de cancer ou d'insuffisance respiratoire", note ainsi le chercheur Christophe Bécavin.

Les masques peuvent cependant engendrer un phénomène d’irritation, comme l'ont souligné plusieurs spécialistes interrogés par le journal Le Monde. Celui-ci peut être causé par une réaction allergique, chez certaines personnes, ou par l'occlusion partielle de l’épiderme sous le masque, selon ces spécialistes. Pour éviter ces désagréments et conserver l'efficacité du dispositif, l’INRS suggère de changer son masque chirurgical "dès qu’il devient humide et au moins toutes les 4 heures".

L'OMS comme les autorités sanitaires considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains.

Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres.

Controverse autour de masques non homologués Dim 

En octobre 2020, le ministère de l'Education nationale a suspendu la distribution aux enseignants de masques de la marque Dim, que le site Reporterre accusait d'être traités avec un produit toxique, la zéolithe d'argent. Mais ces marques n'étaient "ni un dispositif médical au sens du règlement (UE) 2017/745 (masques chirurgicaux), ni un équipement de protection individuelle au sens du règlement (UE) 2016/425 (masques filtrants de type FFP2)", avait alors expliqué Dim. 

L'agence sanitaire Anses n'avait pas mis en évidence de risque pour la santé "dans l'hypothèse où les précautions d'emploi seraient strictement respectées" mais avait noté que "dans les conditions réelles de port" de ces masques Dim, "tout risque sanitaire ne peut être exclu".

Les mailles des masques ne sont pas trop grandes pour stopper le virus

Le visuel met également en avant d'autres arguments censés prouver l'inefficacité du masque. "Votre muselière vous protège énormément des virus qui de toute façon passent absolument partout même au travers des mailles des masques", écrit la page "Le Grand Réveil".

Mais si le virus est effectivement plus petit que les pores des masques, comme l'ont souligné de nombreuses publications depuis le début de la pandémie, celui-ci voyage sur des gouttelettes plus grosses et est très largement filtré, ont expliqué des spécialistes à l’AFP dans cet article.

Depuis le début de la pandémie, l'AFP a réfuté de nombreuses allégations sur le port du masque affirmant que ce dispositif pouvait entraîner un manque d’oxygène important,  provoquer des "dommages neurologiques irréversibles" ou encore faire "respirer de la moisissure".

26/02/2021 : corrige coquille à "neurologiques" dans le dernier paragraphe 
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