"Le Covid est le génocide de 2020" : cette vidéo contient de nombreuses fausses informations

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Dans une vidéo partagée des milliers de fois depuis novembre 2020, une ancienne employée des Nations Unies affirme que le Covid-19 est une fausse pandémie initiée par des lobbys visant à "réduire la population mondiale". Claire Edwards affirme également que la 5G diffuse le virus, qui n'est pas plus dangereux que la grippe. Attention, son discours est parsemé de fausses informations.

"Claire Edwards, une retaitée (sic) de l'O.N.U. balance TOUT : Le cov!d-19 EST LE genocide de 2020 (sic)", peut-on lire dans une publication du 21 février, diffusant la vidéo.

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 2 mars 2021)

Cette vidéo qui prétend dénoncer le "génocide Covid-19 de 2020" circule sur internet depuis novembre 2020 et également été partagée sur Odysée, Twitter ainsi que des blogs issus de la mouvance complotiste Qanon (1,2,3).

Durant un peu plus de 20 minutes, elle montre une femme accusant des gouvernements, ainsi que "l'eugéniste Bill Gates et la Fondation Rockfeller", d'utiliser le virus "pour implanter un système monétaire mondiale et une monnaie digitale" et "une technocratie et un gouvernement mondial totalitaire".

Présentée comme une "retraitée" de l'ONU dans les publications qui diffusent la vidéo, Claire Edwards a déjà fait l'objet d'un article de vérification de l'AFP.

En cherchant sur le site officiel des Nations Unies, nous avons trouvé son nom dans les remerciements d'un document de 2011 ("Claire Edwards a fourni une révision éditoriale", page 6). 

Nous n'avons pas trouvé de comptes ou de pages officielles de Claire Edwards, mais l'ONU a confirmé à nos confrères de l'agence de presse Reuters qu'elle avait y avait travaillé en tant que "officier de conférence entre le 29 mai 1999 et le 28 mars 2017". 

Elle "n'est plus affiliée professionnellement aux Nations Unies", a précisé un porte-parole de l'ONU à Reuters en fin d'année dernière.

Dans la vidéo, Claire Edwards récite des dizaines d'accusations diverses, tenant parfois de l'opinion ou de la supposition. Nous revenons uniquement dans cet article sur quelques affirmations de son argumentaire.

La 5G outil de "dépopulation"

"La technologie sans fil supprime le système immunitaire. La 5G est impliqué dans le Covid-19 à travers des correlations faites entre les localisations d'installation et la morbidité ou la mortalité", assure l'ancienne employée de l'ONU.

Comme écrit dans ce précédent fact-check, "malgré de nombreuses recherches, rien n'indique pour l'instant que l'exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité soit dangereuse pour la santé humaine", a souligné l'OMS.

Sur la 5G plus spécifiquement, rien ne prouve actuellement que celle-ci a un effet sur les systèmes immunitaires.

Selon Mme Edwards, "les symptômes du Covid sont identiques aux symptômes de l'exposition aux radiations electromagnétiques". Mais il n'existe aucune preuve scientifique à ce jour exposant une corrélation entre les cas de Covid-19 et l'exposition à la 5G, expliquent plusieurs experts dans un précédent article

Evolution de la vitesse et des caractéristiques des différentes générations de réseaux mobiles (KUN TIAN, JONATHAN WALTER / AFP)

David Robert Grimes, cancérologue irlandais contacté par l'AFP en avril dernier, a également réfuté que le réseau mobile pouvait être utilisé pour diffuser le virus -comme l'affirme Claire Ewards-.

"Il n'y a aucun moyen imaginable qu'il y ait un lien entre la 5G et le Covid-19, et aucune raison pour laquelle ces affirmations idiotes devraient être sérieusement prises en considération", a-t-il déclaré à l'AFP dans un e-mail du 20 avril, "et quiconque soutient ces affirmations a une compréhension douteuse de la biologie, de la physique et de la médecine".

"Les virus ne peuvent circuler via les réseaux et ondes mobiles. Le Covid-19 circule dans de nombreux pays qui n'ont pas encore déployé la 5G", écrit l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur son site.

Une "simulation d'exercice"

Selon la vidéo, le "Covid-19 est un plan et une simulation d'exercice de longue durée émanant de l'eugéniste Bill Gates".

Claire Edwards reprend en cela une théorie populaire sur les réseaux sociaux, selon laquelle l'ancien patron de Microsoft avait prédit et préparé l'arrivée du virus avec un exercice de simulation.

Le cofondateur de Microsoft devenu philanthrope est une "sorte de poupée vaudou dans laquelle les complotistes de tous bords plantent" - telles des aiguilles- "leurs différentes théories", a expliqué à l'AFP Rory Smith, directeur de recherche chez First Draft, réseau de médias qui mène des projets contre la désinformation.

Bill Gates prononce un discours en octobre 2019 à Lyon lors d'une conférence consacrée à la lutte contre le virus du Sida (AFP / Ludovic Marin)

En réalité ?  Un institut de recherche britannique, qui avait reçu notamment des fonds de la Fondation Gates pour via des bourses pour divers projets, avait déposé un brevet qui concernait un coronavirus animal.

Et comme une partie de la communauté scientifique, Bill Gates s'était déjà exprimé ces dernières années pour s'alarmer de la probabilité d'une pandémie à venir, et, selon lui de l'impréparation manifeste des gouvernements. Il avait évoqué cela dans des conférences mais aussi sur son blog , dans le New York Times et dans la revue New England Journal of Medicine

Claire Edwards affirme également que le co-fondateur de Microsoft veut profiter de l'épidémie de Covid-19 pour implanter des "puces" électroniques via des vaccins à nano-particules, qui permettront de géolocaliser la population et la contrôler.

Cette théorie a déjà fait l'objet d'un article de vérification ici. La technologie en question n'en est qu'à ses balbutiements et ne permettra pas de géolocaliser les personnes, a assuré l'un des auteurs d'une étude sur le sujet de l'université de Rice (Houston, Texas). Bill Gates n'a de plus rien évoqué de tel.

Masques, autopsies et tests PCR

Mme Edwards accuse les tests PCR d'être utilisés pour "faire peur à la population" car ils révèlent "94% de faux positifs". "86% des cas de Covid sont asymptomatiques et donc sans danger", ajoute-t-elle dans son discours.

C'est faux. Même avec peu de virus, les personnes testées positives peuvent être avoir des symptômes ou être contagieuses.

Selon des estimations préliminaires citées dans un article du Lancet en septembre, les "faux-positifs" au Royaume-Uni se situeraient entre 0,8 et 4%.

En biologie médicale, un "faux positif" est un résultat qui aurait détecté un pathogène dans un échantillon alors que le patient n'en est pas porteur.

Comme expliqué ici par le Dr Cédric Carbonneil, chargé de ces questions à la Haute autorité de Santé en France, les cas de "faux positifs" conformes à cette définition sont rarissimes avec les tests homologués et dus le cas échéant à une mauvaise manipulation, qui a abouti par exemple à la contamination accidentelle de l'échantillon.

"Les autopsies qui pourraient réveler les causes de mortalité sont suspendues", regrette Claire Edwards dans son discours.

C'est faux. Une autopsie n'est pas nécessaire pour prouver qu'une personne est décédée du Covid-19, selon les experts interrogés par l'AFP, dans cet article.

Les professionnels de santé français suivent les recommandations de l'OMS (disponibles ici) pour estimer si une personne est décédée du Covid-19 ou d'une autre pathologie, selon M. Rey. 

L'OMS n'a pas interdit ou suspendu les autopsies, contrairement à une théorie répandue sur les réseaux sociaux.

Rassemblement antimasques à Paris, samedi 29 août 2020 (AFP / Christophe Archambault)

Enfin, l'ancienne employée de l'ONU affirme que "les masques ne protègent pas du virus mais causent des dommages neurologiques et respiratoires".

C'est faux, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP, qui rappellent que les masques laissent passer l'air et sont efficaces pour lutter contre la propagation du virus.

L'idée d'une hypoxie induite par les masques est très répandue dans les publications anti-masques. Le masque ne provoque pas d’insuffisance en oxygène, ont pourtant expliqué de nombreux médecins à l'AFP.

Car "le masque n’est pas un circuit clos, il laisse passer l’oxygène", a souligné le Pr Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

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