Non, cette étude ne montre pas que le vaccin contre le Covid-19 provoque des caillots sanguins
- Publié le 4 mars 2026 à 14:56
- Lecture : 5 min
- Par : AFP France
Une récente étude a montré la présence de microcaillots chez des patients atteints de Covid long. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes citant cette étude affirment qu'elle prouve que le vaccin contre le Covid-19 est responsable de ces microcaillots. C'est faux, répond l'auteur principal de l'étude Pr. Alain Thierry, interrogé par l'AFP, qui dénonce une interprétation trompeuse.
"Des microcaillots amyloïdes de type prion ont été trouvés chez 100 % des personnes vaccinées contre le COVID-19 dans une nouvelle étude évaluée par des pairs", affirment des internautes dans des publications sur les réseaux sociaux (1, 2).
"Ces structures anormales s'accumulent pour former les énormes caillots fibreux blancs que l'on retrouve désormais sur des cadavres du monde entier", poursuivent-ils, traduisant un post rédigé à l'origine en anglais et accompagné d'une vidéo de Nicolas Hulscher - qui a déjà diffusé des allégations trompeuses liées à la vaccination.
M. Hulscher a notamment été à l'origine d'un article, publié puis rétracté à la suite de critiques de la part de chercheurs sur la méthodologie employée sur des autopsies qui démontreraient prétendument des décès liés aux vaccins (lien archivé ici). Il se présente comme épidémiologiste et "administrateur" de la "fondation" de Peter McCullough - connu également pour ses positions anti-vaccins, comme expliqué dans cet article de vérification de l'AFP.
Cependant, l'étude mentionnée montre seulement que les personnes souffrant de Covid long présentent dans le sang une quantité importante de microcaillots, mais ne prouve pas que ceux-ci sont une conséquence du vaccin contre le Covid-19, comme l'explique à l'AFP son auteur principal.
2 millions de personnes touchées
Publiée en octobre 2025 dans la revue Journal of Medical Virology, une étude menée notamment par le Pr. Alain Thierry - directeur de recherche à l’Inserm - cherche à mieux comprendre ce qui se passe dans le corps des personnes souffrant de Covid long (liens archivés ici et ici).
Ce syndrome, qui fait l'objet de nombreuses recherches actuellement, se manifeste par la persistance de symptômes du Covid-19 au-delà de 3 mois après l'infection, tels une fatigue profonde, des troubles neurologiques, des difficultés respiratoires, des maux de tête... Selon Santé publique France (SPF), 4% de la population - soit deux millions de personnes - étaient affectées par le Covid long fin 2022 (lien archivé ici).
Pour essayer de comprendre ce phénomène, les auteurs de l'étude se sont intéressés à la relation potentielle entre les microcaillots et les pièges extracellulaires de neutrophiles (NETs) - des structures composées d'ADN et d'enzymes qui servent normalement à neutraliser les microbes mais qui peuvent rendre les microcaillots plus résistants s'ils se forment en trop grande quantité, en réaction à une inflammation.
Leurs travaux ont ainsi mis en évidence que les personnes souffrant de Covid long ont dans le sang beaucoup plus de microcaillots amyloïdes que chez les personnes en bonne santé. Ces caillots étaient en moyenne 19 fois plus nombreux et souvent plus gros chez les patients atteints de Covid long.
"On peut trouver des microcaillots amyloïdes en petite quantité chez tout le monde", précise Alain Thierry. "Mais, dans des conditions normales, ces microcaillots sont peu nombreux, petits, éliminés progressivement. Mais, chez les personnes souffrant de Covid long, on a observé qu'ils étaient plus nombreux, plus gros, et moins bien éliminés", présente-t-il.
Lorsque l'organisme ne les élimine pas, ces microcaillots peuvent bloquer la circulation sanguine dans les petits vaisseaux et réduire l’apport en oxygène aux tissus, ce qui pourrait expliquer certains symptômes du Covid long, comme des microthromboses, la fatigue, les douleurs ou les troubles de la concentration.
"On peut par exemple imaginer que si la barrière hémato-encéphalique [qui protège le cerveau, NDLR] est endommagée par ces microcaillots, elle ne peut plus véritablement jouer son rôle de +filtre+ et que des molécules réussissent ainsi à passer dans le cerveau, perturbent son fonctionnement, et engendrent par exemple ce +brouillard cérébral+", développe le chercheur, rappelant que cela n'est encore qu'au stade "d'hypothèse".
Interprétation trompeuse
En revanche, l'étude ne montre aucun lien entre ces microcaillots et les vaccins contre le Covid-19. "On est vraiment dans le détournement de l'information", commente auprès de l'AFP Michel Cogné, professeur d'immunologie à l'Université de Rennes. "Il n'y a aucune mise en cause de la vaccination dans cette étude."
Dans sa vidéo, M. Hulscher affirme que les auteurs "ont constaté que 100% des personnes vaccinées contre le COVID-19 présentent ces microcaillots amyloïdes anormaux circulants dans leur sang".
Mais cette présentation est trompeuse, rétorque Alain Thierry, très surpris par cette mauvaise interprétation, car son étude ne permet pas de comparer l'état de santé de personnes vaccinées et non vaccinées. En effet, les chercheurs ont seulement étudié un groupe de 50 personnes atteintes de Covid long et un groupe de 38 personnes en bonne santé.
Les chercheurs n'ont pas analysé le statut vaccinal des participants et si la majorité (95,5%) des 98 participants inclus dans l'étude étaient vaccinés contre le Covid-19, cela s'explique simplement par le grand nombre de personnes vaccinées dans la population. "On ne peut absolument pas conclure à un lien entre vaccination et microcaillots", ajoute le professeur Alain Thierry.
La réalité est d'ailleurs "inverse", souligne M. Cogné, "puisque beaucoup d'études suggèrent au contraire que la vaccination protège du Covid long et que l'on observe davantage, en termes de fréquences et de gravité, de Covid long chez les personnes non vaccinées" (lien archivé ici).
Il ajoute, par ailleurs, que même si la vaccination crée mécaniquement une inflammation, "l'inflammation liée à la maladie, à l'infection réelle, est toujours 100 fois plus élevée que celle qui est créée par le vaccin".
Rumeurs anciennes
La théorie fausse établissant un lien entre les vaccins à ARN messager contre le Covid-19 et des prétendus "caillots blancs" observés lors d'autopsies a déjà fait l'objet de plusieurs articles de vérification par l'AFP (1, 2, 3).
En février 2024, l'Institut national des vaccins de Thaïlande avait par exemple expliqué que des images circulant massivement sur les réseaux sociaux de ce que les internautes présentaient comme des caillots montraient en réalité des agrégats de fibrine post-mortem, un phénomène naturel fréquemment observé chez les personnes décédées, et sans lien avec le Covid-19 ou la vaccination.
Pour rappel, aucune étude scientifique sérieuse n'a établi de lien entre les vaccins à ARN messager et un risque significatif de caillots sanguins. Des complications de cet ordre ont été relevées avec des vaccins à vecteur viral, mais pas avec les vaccins à ARNm. C'est pourquoi, en avril 2021, l'Agence européenne du médicament a indiqué que les caillots sanguins devaient figurer sur la liste des effets secondaires "très rares" des vaccins Covid-19 d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson.
Dans ce précédent article de vérification, des hématologues interrogés par l'AFP rappelaient en outre que le Covid-19 favorise les risques de thrombose veineuse cérébrale, une conséquence de la maladie souvent occultée.
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