Aucune autopsie donc "aucune preuve" que le Covid-19 a fait des victimes en France ? C'est faux

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Des publications partagées des milliers de fois depuis le début du mois d'août affirment qu'il n'existe "aucune preuve" que l'épidémie de Covid-19 a fait des victimes en France en l'absence d'autopsie. C'est faux. Une autopsie n'est pas nécessaire pour prouver qu'une personne est décédée du Covid-19, selon les experts interrogés par l'AFP. 

"30.000 décès dûs au Covid-19 ? Vraiment ? Il n'existe aucune preuve que ces décès soient dûs au Covid-19 car aucune autopsie n'a été pratiquée", avance le texte de l'image partagée par les publications (1,2...).

capture d'écran réalisée sur Facebook le 20 août 2020

Combien de morts liés au Covid-19 en France ?

Au 27 août 2020, 30 576 personnes sont décédées en France à cause du Covid-19, selon la Direction générale de la Santé. Cela correspond environ au chiffre avancé dans la publication.

Ce nombre de décès est mis à jour quotidiennement pour les décès survenant à l’hôpital et chaque mardi pour les décès associés survenant au sein des Etablissements sociaux et médico-sociaux, explique Santé Publique France sur son site.

Mais il est encore trop tôt pour évaluer le bilan exact de la mortalité due à l'épidémie de Covid-19 dans le pays, notamment en raison des incertitudes sur les décès survenus à domicile, a prévenu l'organisme dans un rapport sur la "surveillance de la mortalité au cours de l'épidémie de COVID-19 du 2 mars au 31 mai 2020 en France", publié le 24 juillet.

Au cours de cette période, 18 861 décès dans les hôpitaux et 10 335 décès dans les Ehpad et les établissements médicaux sociaux (EMS) ont été officiellement comptabilisés comme liés au nouveau coronavirus, soit un total de 29 186.

Santé Publique France souligne toutefois que cette évaluation "est susceptible d'être surestimée" car certains décès comptés en Ehpad étaient des "suspicions de Covid-19".

"En l'absence de tests PCR systématiques, certains décès déclarés ont probablement été à tort associés" au Covid-19, estime cette étude. 

Quelle méthodologie de comptage ? 

Pour pouvoir affirmer que des personnes sont décédées du Covid-19, l'agence publique se repose sur les remontées d'informations des établissements de santé.

Hôpitaux, Ehpad et EMS signalent les personnes mortes dans leurs locaux qui ont été déclarées positives au Covid-19 à l'issue d'un test.

"Si le dossier médical d'un patient décédé présente les complications habituelles - décompensation, toux, détresse respiratoire - et qu'il a été testé positif, on estime qu'il s'agit d'un mort lié à la maladie", a dit le 26 août à l'AFP Bernard Bouverot médecin légiste de l'hôpital de Mulhouse, durement touché par l'épidémie.

"Quand le test PCR est positif, la personne est comptabilisée. S'il y a juste des suspicions on va regarder s'il y a les symptômes connus", a commenté auprès de l'AFP Grégoire Rey, directeur du centre d'épidémiologie sur les causes de décès (CépiDc).

Les professionnels de santé français suivent les recommandations de l'OMS (disponibles ici) pour estimer si une personne est décédée du Covid-19 ou d'une autre pathologie, selon M. Rey. 

"L’infection à Covid-19 est une maladie respiratoire aiguë. Chez des personnes avec des comorbidités, elle conduit à une détresse respiratoire et à une réaction inflammatoire dysproportionnée de l’hôte", a expliqué Pascal Chanez, médecin pneumologue au sein des hôpitaux universitaires de Marseille.

Outre ce phénomène de détresse respiratoire, les décès liés au Covid-19 peuvent aussi être la conséquence de complications cardiovasculaires (embolies pulmonaires, accidents vasculaires cérébraux...), selon l'université.

Autre comptage effectué par les autorités sanitaires, "les certificats électroniques de décès contenant une mention d’infection au SARS-COV2 dans les causes médicales de décès", explique Santé Publique France dans son rapport.

En France, chaque décès doit faire l'objet d'un certificat médical renseigné par un médecin, explique Grégoire Rey.

"Les certificats de décès portant la mention 'Covid-19' rentre dans notre décompte", précise le directeur du CépiDc, qui compile et met à disposition les données issues de ces certificats sur son site internet.

Ainsi, 1 871 certificats de décès "avec mention de Covid-19" de personnes mortes à domicile ont été recensés entre le 1er mars et le 31 mai par le Centre d'épidémiologie sur les causes de décès, selon des données datées du mardi 25 août.

Pour 979 d'entre eux, la maladie Covid-19 a été confirmée, tandis que dans les 892 autres cas, il s'agit de "suspicions de Covid-19", à une période où les tests de dépistage virologiques n'étaient pas réalisés systématiquement sur tous les malades, détaille le CepiDc dans cette dépêche de l'AFP.

Ces données sont encore "incomplètes", avertit le centre, car la réception et le traitement des certificats de décès, notamment ceux qui ont été initialement réalisés au format papier et doivent être numérisés, sont encore "en cours".

Des tests post-mortem

La publication virale s'étonne que des autopsies "médico-légales" ne soient pas réalisées pour s'assurer que les victimes sont bien décédées du Covid-19.

Mais cette procédure est un acte bien encadré, réalisé dans le cadre d'une enquête judiciaire "quand quelqu'un décède et qu'on a aucune explication valable", a justifié le médecin légiste Bernard Bouverot.

"Les médecins légistes autopsient des gens pour qui les causes de la mort sont inconnues ou quand on soupçonne l'intervention d'un tiers. C'est le parquet local qui nous sollicite", abonde Norbert Telmon, directeur de l'Institut médico-légale de Toulouse et ancien président de la société française de médecine légale, joint par l'AFP le 27 août.

Pour autant, "il y a eu des autopsies médico-légales de personnes décédées du Covid-19 en France", assure-t-il. "Il s'agissait le plus souvent de personnes décédées à domicile que le système de santé n'avait pas eu le temps de prendre en charge", a-t-il dit. 

Selon ces deux médecins légistes, une autopsie n'est de toute façon pas nécessaire pour prouver qu'une personne est décédée du Covid-19.

"A partir du moment où, dans le dossier médical, on a tous les éléments qui permettent de donner une explication concrète au décès -symptômes habituels et test PCR positif-, l'autopsie n'a pas réellement d'intérêt", a estimé M. Bouverot.

"Sur les personnes mortes du Covid-19, on pouvait par exemple voir des lésions pulmonaires très spécifiques au scanner lors des examens à l'hôpital. Une autopsie permettrait simplement de remettre en évidence ces lésions", a jugé M. Telmon.

Le médecin légiste Bernard Bouverot n'a pas effectué d'autopsie médico-légale à Mulhouse sur les personnes décédées du Covid-19, mais il a réalisé "plusieurs centaines" de tests PCR post-mortem sur des cas suspects qui n'avaient pas été testés vivants, a-t-il dit. 

Si de l'ARN de virus était découvert à l'issue de ces tests, "alors le décès était signalé comme lié au Covid-19" et il entrait du coup dans le décompte officiel.

François D'Astier
CORONAVIRUS