(AFP / John Thys)

Amendes sur les masques "interdites" en Belgique, solutions miracle à Madagascar ou en Inde ? Attention à ces affirmations

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Des publications partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 18 février présentent de supposées "bonnes nouvelles" venues de l'étranger sur le front du Covid-19 et des restrictions sanitaires : l'Inde et Madagascar auraient trouvé des traitements efficaces contre le Covid-19, tandis que certaines mesures sanitaires seraient désormais illégales voire interdites en Bosnie, en Italie ou en Belgique. Mais ces affirmations sont trompeuses: elles sont pour la plupart des extrapolations de cas particuliers, ou ne s'appuient sur aucune donnée scientifique. 

"Quelques bonnes nouvelles", se réjouit cet internaute, qui partage une liste de "solutions" venues de l'étranger. Parmi elles : les amendes sur les masques "interdites en Belgique", le masque pour enfants "interdit en Italie", un "traitement ambulatoire précoce" miraculeux en Inde et des plantes aux vertus thérapeutiques à Madagascar... 

Capture d'écran réalisée le 25/02/2021 sur Facebook

Ces publications ont été partagées plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 18 janvier. Mais la liste de ces "bonnes nouvelles" contient de fausses informations, des extrapolations, et évoque de supposés traitements pour prévenir ou guérir le Covid-19 qui ne sont pas aujourd'hui validés scientifiquement. 

Les amendes sur les masques interdites en Belgique FAUX

En Belgique, le port du masque est obligatoire depuis le 11 juillet 2020 dans les lieux clos (magasins, cinémas, lieux de culte ou musées) et depuis le 25 juillet dans les endroits très fréquentés, comme les marchés et les rues commerçantes. Cette obligation a été prise par arrêté ministériel

En cas d'infraction, les contrevenants s'exposent à une amende de 250 euros. "Une personne qui ne porte pas de masque dans les lieux prévus par l’arrêté ministériel encourt toujours une sanction pénale à ce jour", a confirmé à l'AFP le 24 février 2021 le service de communication du ministère public belge. 

Dans la région bruxelloise, le masque est en outre obligatoire à l'extérieur depuis octobre 2020, mais les règles ne sont pas les mêmes partout : à Anvers, deuxième ville la plus peuplée du pays, le masque n'est obligatoire en extérieur que dans les endroits où le respect d'une distance de 1,5 mètres entre les personnes n'est pas possible

"Le port du masque n'est pas uniformément obligatoire sur tout le territoire belge", a expliqué à l'AFP la cellule de communication de la police de la ville de Bruxelles le 24 février 2021, confirmant que "le montant de l'amende pour pareille infraction est bien de 250 euros dans les lieux/communes où le port du masque est obligatoire". 

En janvier 2021, un juge du tribunal de police de Bruxelles a jugé l'obligation du port du masque "inconstitutionnelle", car prise par arrêté et non par une loi soumise à un vote parlementaire. Le tribunal a donc donné raison à un requérant qui contestait une amende reçue pour non-port du masque. Mais cette décision ne fait pas jurisprudence, a expliqué à l'AFP Marc Verdussen, directeur du Centre de recherche sur l'Etat et la Constitution de l'Université de Louvain : "Le juge ne s'est pas prononcé sur l'opportunité de porter un masque, mais sur l'encadrement législatif de l'arrêté qui l'oblige. D'autres tribunaux pourraient s'inspirer de cette décision, mais elle n'a aucune force obligatoire. Je ne suis pas sûr que cette décision fasse trembler le gouvernement", a-t-il expliqué le 1er février 2021, soulignant tout de même qu'il est "urgent qu'une loi soit adoptée". 

A la suite de cette décision, dont il a fait appel, le Parquet de Bruxelles a indiqué dans un communiqué publié le 22 janvier 2021 que "le non-respect du port du masque continuera à être poursuivi tant qu’il n’y aura pas de jurisprudence constante et définitive qui mettrait en péril la recevabilité des poursuites". 

Capture d'écran réalisée le 24/02/2021 sur le site du Parquet de Bruxelles

Le masque interdit pour les enfants en Italie FAUX

En Italie, le masque est obligatoire pour les enfants à partir de 6 ans. Début février, un article de France Soir, relayé plusieurs milliers de fois sur Facebook, affirmait que le Conseil d'Etat italien avait levé l'obligation du port du masque à l'école.

C'est faux, comme nous l'expliquions dans un article de vérification le 9 février 2021. En réalité, le Conseil d'Etat italien a donné raison à la famille d'une petite fille présentant des problèmes respiratoires, qu'il a autorisée à ne pas porter de masque en classe. 

Mais, comme dans le cas belge, cette décision ne fait pas jurisprudence, avait expliqué à l'AFP Lorenzo Coraggio, avocat spécialisé en droit administratif : "Cela constituerait un précédent valable (pouvant faire jurisprudence, ndlr) uniquement pour des enfants présentant des problèmes d'oxygénation documentés, et à condition qu'il s'agisse d'établissements scolaires ne disposant pas d'appareils de contrôle de l'oxygénation".

En outre, si l'établissement scolaire que fréquente la petite fille se dotait d'un oxymètre (appareil permettant de mesurer le taux d'oxygène dans le sang), l'école serait en droit de lui réimposer le port du masque, selon les deux juristes.

Le confinement est "illégal en Bosnie-Herzégovine" TROMPEUR

En Bosnie-Herzégovine, les premières mesures restrictives apparentées à un confinement ont commencé à entrer en vigueur en mars 2020, avec une campagne intitulée "Restez chez vous" adressée à l'ensemble de la population et une restriction des déplacements rendue obligatoire pour certaines catégories de la population. Dans le pays, toutes les liaisons interurbaines par bus et par train ont été supprimées le 20 mars.

Les décisions destinées à lutter contre la pandémie sont prises à différents niveaux: celui des deux entités constitutives du pays - la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe de Bosnie - ou au niveau des cantons (pour la Fédération) et des municipalités.

Après avoir interdit aux personnes de moins de 18 ans et de plus de 65 ans de quitter leur domicile fin mars, la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine a modifié cette mesure en raison d'une décision de la Cour Constitutionnelle, qui a jugé le 22 avril 2020 que cette interdiction allait à l'encontre des droits humains, comme l'explique ce document de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). La République serbe avait pris une décision similaire, mais a assoupli les restrictions quelques jours plus tard, le 30 mars. 

En République serbe, un tribunal a acquitté le 5 mai un homme arrêté pour avoir violé le couvre-feu, instauré entre 20 heures et 4 heures du matin. Le tribunal avait jugé que le centre de crise de la République serbe n'avait pas le pouvoir d'instaurer une telle mesure, pour la simple raison qu'il ne s'agit pas d'un organe d'Etat. Mais cette décision n'avait pas entraîné la suppression du couvre-feu, levé par les autorités le 22 mai. Le jugement du tribunal a par ailleurs fait l'objet d'un appel, et a finalement été confirmé définitivement le 29 juin. 

En décembre 2020, la Cour Constitutionnelle a jugé que le port obligatoire du masque violait, dans l'absolu, le droit à la vie privée et le couvre-feu celui à la liberté de mouvement et a demandé un contrôle parlementaire accru de ces mesures, mais pas leur retrait. 

Les autres restrictions ont commencé à être levées progressivement mi-mai. Depuis, les autorités ont pris de nouvelles mesures restrictives, comme l'élargissement du port du masque obligatoire ou un nouveau couvre-feu, mais la population n'a pas été confinée. 

Le "confinement" n'est donc pas "illégal" au niveau du pays. En revanche, des instances judiciaires de Bosnie-Herzégovine ont bien jugé que certaines mesures sanitaires locales manquaient de base légale ou allaient à l'encontre des droits humains.

L’Italie et l’Espagne ont rouvert les restaurants et les salles de spectacle ATTENTION, DES RESTRICTIONS SUBSISTENT

En Espagne, les mesures sanitaires sont prises par les régions. La Catalogne a rouvert ses restaurants et ses bars en novembre 2020, après un mois de fermeture, et après avoir ouvert durant l'été. Ils ne peuvent cependant servir que pour le petit déjeuner et le déjeuner. A Madrid, les restaurants, bars et salles de spectacle n'ont pas fermé depuis juin, mais font l'objet d'un couvre-feu et de restrictions qui limitent fortement leur activité. 

Cependant, certaines régions d'Espagne sont plus strictes : à Valence, restaurants et salles de spectacle sont fermés. Les restaurants et bars pouvant servir à l'extérieur devraient rouvrir début mars. En Galice, après une fermeture de quatre semaines, la plupart des restaurants et des bars pourront rouvrir ce vendredi 26 février. 

Les mesures moins sévères de l'Espagne s'expliquent en partie par l'économie : après l'un des confinements les plus strictes du monde au mois de mars 2020, le gouvernement n'a plus les moyens de confiner sa population. 

En Italie, depuis début février, les restaurants ont rouvert dans presque l'ensemble du pays, mais restent toutefois contraints de fermer à 18 heures. Ces réouvertures ont commencé début janvier selon des "zones" classées par couleur en fonction de leur taux de contamination. En revanche, les salles de spectacles sont toujours fermées

Par ailleurs, écrire qu'on "ne vous en parle pas en France" est faux : il suffit de taper des mots-clés sur Google pour s'apercevoir que de nombreux articles traitent des restaurants ouverts en Espagne et en Italie. 

Captures d'écran réalisées sur Google le 24/02/2021

L'épidémie s'effondre en Inde, grâce à un traitement ambulatoire précoce FAUX

L'Inde, quatrième pays le plus endeuillé au monde avec plus de 155.000 morts liés au coronavirus, voit depuis septembre le nombre de cas et de décès s'effondrer. Mais en l'absence d'étude approfondie à ce jour, ni les autorités ni les experts ne savent encore expliquer pourquoi.

Comme expliqué dans cette dépêche du 5 février, plusieurs pistes ont été évoquées, sans certitude, comme celle d'une possible immunité collective compte tenu du nombre important de personnes atteintes au printemps, sans doute bien plus élevé que ne le disent les chiffres officiels.

De plus, le port du masque a été rendu obligatoire dans de nombreux Etats, et des campagnes d'information sur les mesures à prendre pour éviter la contamination ont largement été diffusées. 

Pour autant, les experts disent qu'il est trop tôt pour se réjouir de la situation. "Nous ne devons pas baisser la garde", disait le directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Poonam Khetrapal Singh à l'AFP dans la dépêche citée plus haut. 

En tout état de cause, rien ne permet de dire que cette baisse serait due à l'usage de tel ou tel médicament ou à telle ou telle mesure.

L'AFP a discuté avec plusieurs médecins indiens, qui ont indiqué ne pas avoir connaissance d'un "traitement ambulatoire précoce" prescrit à l'échelle nationale. "Je n'ai pas entendu parler d'un tel traitement", a déclaré au bureau de l'AFP en Inde le Dr Faiz Abidi, qui travaille à l'hôpital de Lucknow, dans l'Uttar Pradesh. "Il peut y avoir de multiples autres facteurs qui sont responsables du déclin des cas de Covid-19. Au fur et à mesure de l'évolution de la pandémie, nos stratégies de gestion, nos ressources et nos effectifs ont évolué pour mieux y faire face", a-t-il précisé, le 24 février 2021. 

L'Etat de l'Uttar Pradesh, le plus peuplé du pays, utilise depuis août l'ivermectine pour prévenir et traiter les patients atteints du coronavirus. L'ivermectine est un médicament - à usage vétérinaire et humain - utilisé contre des parasites, comme la gale, ou les poux. Si une étude a observé une efficacité in vitro (en laboratoire), de l'ivermectine sur le Covid-19, son efficacité sur l'homme n'est à ce jour pas démontrée, ont expliqué experts et institutions dans un précédent article de vérification, faute de preuves scientifiques suffisamment solides.

L'AFP avait déjà démonté des affirmations sur l'Inde et sur un supposé traitement ambulatoire précoce efficace dans un précédent article qui vérifiait les propos de la député ex-LREM Martine Wonner.

Madagascar utilise des plantes et a d’excellents résultats FAUX

Le président malgache Andry Rajoelina défend depuis mai 2020 le "Covid-Organic" ou CVO, un remède qu'il affirme être efficace pour prévenir et guérir le Covid-19. Ce breuvage est réalisé à base d'artemisia, une plante connue pour son efficacité contre le paludisme.

Mais aucune étude scientifique n'atteste de son efficacité contre le Covid-19, comme l'a expliqué l'AFP ici et ici. En mai, l'OMS reconnaissait les plantes médicinales les "telles que l'artemisia annua" comme des "traitements possibles de la Covid-19", mais invitait à la prudence, soulignant que "des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables" et que "l’utilisation de produits destinés au traitement de la COVID-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger".  

En juillet, la hausse des cas de Covid-19 dans la capitale malgache Antananarivo avait semé le doute parmi la population et les politiques malgaches quant à l'efficacité de cette plante. Cela n'a pas empêché le président malgache de présenter en octobre 2020 des gélules à base d'artemisia et de ravintsara, une plante aux vertus antivirales. 

Depuis janvier 2021, Madagascar connaît une légère remontée des cas de Covid-19, avec 233 nouvelles contaminations entre le 13 et le 19 février 2021. 

Une femme se protège de la pluie alors qu'un fonctionnaire du ministère de la santé pulvérise du désinfectant à Toamasina, une grande ville portuaire de la côte est de Madagascar, le 4 juin 2020. (AFP / Rijasolo)

L’Indonésie vient de sortir un test qui "pourrait remplacer les Swab" pour 1,50 euros seulement TROMPEUR

Le GeNose C19 est un test d'analyse de l'haleine développé par l'université Gadjah Mada, située dans la ville indonésienne de Yogyakarta et présenté fin décembre 2020. Moins coûteux, il est également plus agréable que les tests PCR pour détecter le Covid-19. 

Cette technologie a été installée dans plusieurs gares d'Indonésie début février : les passagers soufflent dans un sac en plastique qui se gonfle comme un ballon, une machine analyse leur haleine et le résultat arrive en deux à trois minutes, comme le montre cette vidéo de l'université. 

Chaque test coûte 20 000 roupies indonésiennes (1,17 euros), tandis qu'un test rapide antigénique coûte 105 000 roupies indonésiennes (6,14 euros). 

Interrogé dans un précédent article de vérification, Kuwat Triyana, chef de l'équipe de développement du GeNose C19 à l'université Gadjah Mada, a déclaré à l'AFP le 5 février 2021 par téléphone que sa précision est "d'environ 95 %" et qu'il peut détecter le Covid-19 en "45 secondes". 

Cependant ce test ne pourrait pas remplacer les "swabs" - les tests par écouvillons, comme les tests PCR ou antigéniques, - a indiqué le porte-parole du groupe de travail sur le Covid-19 en Indonésie, le professeur Wiku Adisasmito :  "Gardez à l'esprit que la méthode GeNose sert au dépistage et ne peut pas remplacer le test PCR, qui est utilisé pour le diagnostic", a-t-il déclaré lors d'un point presse le 28 janvier 2021.  

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