Un couple arrive dans un centre de vaccination contre le Covid-19 à Nice, le 9 avril 2021. (AFP / Valery Hache)

Mortalité, variants, système immunitaire... Les affirmations erronées d'une vidéo sur la vaccination anti-Covid

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Une vidéo, dans laquelle un blogueur britannique  appelle à arrêter la campagne de vaccination contre le Covid-19 en assurant que celle-ci pourrait causer la mort de "centaines de millions de personnes"  en détruisant le système immunitaire des vaccinés et en créant des variants du virus, a été visionnée plus de 20.000 fois en sept jours par des internautes français. Mais, l'ex-médecin généraliste qui s'exprime, Vernon Coleman, est un militant anti-vaccins très controversé dans le milieu scientifique qui n'est plus autorisé à exercer la médecine. Dans sa prise de parole, il s'appuie sur des théories de la mouvance conspirationniste QAnon, et avance des affirmations erronées ou trompeuses sur la pandémie et les vaccins anti-Covid, réfutées par des spécialistes interrogés par l'AFP.

"Beaucoup de vaccinés mourront à l'automne", s'intitule cette vidéo, dans laquelle le blogueur anglais Vernon Coleman, s'exprime face caméra, durant 22 minutes.

L'enregistrement cumule, depuis le 5 mai, plus de 20.000 vues sur Odysée (1,2, 3), dans sa version sous-titrée en français, et a été partagé sur plus d'une centaine de pages Facebook, selon l'outil de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle. Les propos de Vernon Coleman ont également été repris à l'écrit et partagés sur plusieurs sites français comme Profession Gendarme ou Cogiito.

Captures d'écran prises le 11/05/21
Capture d'écran prise sur Crowdtangle le 12/05/2021

Qui est Vernon Coleman?

L'homme présenté comme le "Dr Vernon Coleman" est un ancien médecin généraliste qui n'est aujourd'hui plus autorisé à pratiquer la médecine. Décrié dans le milieu scientifique, notamment pour avoir nié l'existence du sida, Vernon Coleman est l'auteur de très nombreux ouvrages relayant des méthodes pseudo scientifiques et discréditant la vaccination (Comment empêcher votre médecin de vous tuer, 2014 ; Ceux qui vous expliquent que les vaccins sont sûrs et efficaces vous mentent, 2019 ; Le pouvoir du corps : le secret pour s'auto-guérir 2019, l'Apocalypse arrive, 2020...)

Avant d'aborder la campagne de vaccination anti-Covid, Vernon Coleman revient sur les origines du nouveau coronavirus, apparu fin 2019 en Chine. "Nous savons tous que l'élite maléfique, les promoteurs de l'Agenda 21 et du Great Reset ont depuis le début l'intention de tuer entre 90% et 95% de la population mondiale" avec la vaccination anti-Covid, assène-t-il, expliquant que "la fausse pandémie de Covid-19 a été créée, en partie, pour trouver une excuse aux vaccins". Mais "quelque chose a sérieusement mal tourné dans les plans de l'élite" et "le résultat est que, maintenant, ceux d'entre nous qui n'ont pas été vaccinés semblent également être en grand danger", assure-t-il.

Vernon Coleman, qui cible à plusieurs reprises le milliardaire Bill Gates, reprend de nombreux éléments de rhétorique des QAnon, mouvance conspirationniste venue des Etats-Unis et qui défend l'idée qu'un pouvoir secret dirigerait les plus grandes instances mondiales de manière officieuse. Parmi les théories soulevées par des adeptes du mouvement, la création du Covid-19, celle du "Great Reset" , est récurrente. Elle consiste à dire que la pandémie serait une mise en scène orchestrée par une élite souhaitant réduire la population mondiale par le biais de la vaccination et soumettre le reste de l'humanité.

Dans sa prise de parole, Vernon Coleman alerte les internautes en clamant que "si nous n'arrêtons pas ce programme de vaccination [contre le Covid-19] maintenant, il n'est pas exagéré de dire que l'avenir même de l'humanité est en danger". Mais les affirmations avancées par le blogueur pour appuyer cette allégation sont fausses ou erronées, comme a pu le vérifier l'AFP. 

C'est le premier argument de Vernon Coleman, qui assure que le Covid-19 est un "hoax" (un canular), une "prétendue menace", ou encore une "fausse pandémie" qui ne nécessiterait pas de se protéger par la vaccination. Pourtant, la pandémie de ce nouveau coronavirus a déjà fait, à la date du 12 mai, au moins 3.306.037 morts dans le monde depuis fin décembre 2019.

Les spécialistes ont souligné que le taux de létalité du Covid est bien plus élevé que celui d'autres virus, comme la grippe saisonnière. En effet, malgré le confinement et les mesures sanitaires prises en France, un fort pic de surmortalité a été constaté en 2020, "qui dépasse la pire épidémie de grippe saisonnière qu'on ait eue depuis très très très longtemps", a expliqué à l'AFP Sibylle Bernard-Stoecklin de Santé Publique France.  

Or, de manière générale, les spécialistes consultés par l'AFP confirment bien que l'ampleur et la rapidité des campagnes de vaccination décuplent les chances de juguler l'épidémie.

En France, le 30 avril, la Haute autorité de santé a indiqué dans un communiqué que "les vaccins ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché [dont l'efficacité oscille entre 67% et 95%] ont fait la preuve de leur efficacité pour réduire les hospitalisations et la mortalité dues à la Covid-19".

​Au Royaume-Uni, pays à avoir massivement vacciné sa population, une étude réalisée en Angleterre et mise en ligne le 2 mars (mais pas encore publiée dans une revue scientifique), conclut que les vaccins Pfizer et AstraZeneca sont "associés à une réduction significative des cas positifs symptomatiques de SARS-CoV-2 chez les adultes âgés, et même à une plus grande protection contre les formes graves".

Une autre étude publiée le 19 avril dans la revue Nature Medecine et portant aussi sur Israël, relève une baisse des hospitalisations "sévères" quelques semaines après le début de la vaccination, qu'elle impute pour l'essentiel à la campagne de vaccins (le pays a aussi connu un confinement).

Autant de données convergentes qui tendent à démontrer l'efficacité des vaccins contre les formes symptomatiques et asymptomatiques de l'infection du SARS-CoV-2. "Des vaccins sûrs et efficaces contre le COVID-19 protègent les individus contre le développement d'une maladie grave qui pourrait autrement entraîner une hospitalisation ou une issue fatale. Ceci est particulièrement important pour les professionnels de santé et les populations vulnérables telles que les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques", a déclaré l'EMA à l'AFP. 

La sécurité des vaccins est en outre surveillée de près par l'OMS, qui recense et étudie tout effet indésirable survenu après l'administration d'un vaccin. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) assure la surveillance des vaccins contre le Covid-19 et publie des points de santé réguliers.

A l'échelle mondiale, au moins 1,195 milliard de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans au moins 209 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir de sources officielles le 4 mai.

L'autre argument soulevé par Vernon Coleman, est que la campagne de vaccination mettrait en danger les personnes vaccinées comme celles non vaccinées en favorisant les mutations du virus, ce qui engendrerait une vague de décès "à l'automne"

"Chaque personne vaccinée a le potentiel de devenir un meurtrier de masse car son corps devient un laboratoire de fabrication de virus mortels (...) Les personnes vaccinées vont menacer l'humanité car les virus qu'ils excrètent sont plus dangereux que le virus original ", explique-t-il ainsi. 

Vernon Coleman cite ici le scientifique flamand Geert Vanden Bossche, qui défend la théorie selon laquelle les campagnes de vaccination actuellement en cours dans le monde seraient potentiellement plus dangereuses que le virus lui-même, car elles pourraient provoquer une "fuite immunitaire adaptative" massive, c'est-à-dire le développement de variants plus résistants aux vaccins et donc, selon lui, plus dangereux. 

Si ce risque théorique existe, il peut être évité par une campagne de vaccination massive et rapide et ne justifie pas un arrêt de la vaccination. Un arrêt total des campagnes de vaccination n'empêchera pas l'apparition de nouveaux variants, dont la plupart sont apparus avant le début de la vaccination.

Au contraire, laisser le virus circuler librement favoriserait les mutations et donc le risque d'apparition de variants plus infectieux (plus facilement transmissibles) ou plus dangereux, comme expliqué dans cet article de l'AFP Factuel, dans lequel les propos de Geert Vanden Bossche, font l'objet d'une vérification.

À ce stade, trois variants sont considérés comme des "variants préoccupants", selon la dénomination officielle de l'OMS : les variants anglais, sud-africain ou brésilien. Ils circulent respectivement dans 125, 75 et 41 pays, selon le dernier point de l'OMS.

C'est un processus naturel, puisque le virus acquiert des mutations au fil du temps, pour assurer sa survie, comme l'explique cette vidéo:

Des études sont en cours notamment pour savoir s'ils peuvent sensiblement diminuer l'efficacité de la vaccination. Toutefois, même si les vaccins sont moins efficaces contre certains variants, cela ne veut pas dire qu'ils ne sont plus efficaces du tout.

"Les vaccins contre le Covid-19 ne fabriquent pas le variant", a expliqué  Olivier Schwartz, responsable de l'unité virus et immunité à l'Institut Pasteur, contacté par l'AFP fin mars. "Le risque, c'est en revanche qu'ils ne soient pas assez efficaces pour empêcher ces mutations."

"Le deuxième problème, est celui du système immunitaire, connu sous le nom d'amorçage pathogène ou tempête de cytokines", explique-t-il, assurant que "le système immunitaire de la personne qui a été vaccinée, sera préparé à réagir de manière dramatique si cette personne entre en contact avec le virus à l'avenir". 

L'affirmation selon laquelle le système immunitaire va attaquer l'organisme qu'il devrait défendre lorsque le vacciné va entrer en contact avec des virus corona de forme naturelle, méconnaît le principe même de la vaccination, qui justement "consiste à protéger un individu contre une maladie en stimulant son système immunitaire", comme l'Inserm l'explique sur son site.

La rumeur très répandue sur les réseaux sociaux selon laquelle les vaccins pourraient "tuer par tempête cytokinique", c'est-à-dire en créant une surréaction du système immunitaire, qui s'attaquerait alors aux organes en confondant les protéines du virus et celles initiées par le vaccin, est hautement improbable comme l'ont déjà expliqué des experts interrogés par l'AFP

Selon Vernon Coleman, les vaccins utilisant la technique de l'ARN messager - ceux de Pfizer BioNTech et Moderna - déclencheraient cette surréaction plusieurs mois après la vaccination, lorsque le système immunitaire des patients réagira "à la présence de nouveaux coronavirus". 

Il est vrai que les vaccins à ARNm peuvent provoquer davantage d'inflammations que les autres vaccins. "Les premières technologies ont été ralenties aux essais cliniques car ils produisaient de fortes inflammations", expliquait en février 2021 à l'AFP, Eric Muraille, biologiste et immunologiste à l’Université libre de Bruxelles et maître de recherche au Fonds de la recherche scientifique, mais les chercheurs ont, en une vingtaine d'années, réussi à "stabiliser l'ARN pour induire une bonne réponse immunitaire".

"Lorsqu'on injecte l'ARN au niveau du muscle des épaules, les cellules dans cette zone là vont se mettre à produire des protéines virales, mais toutes les cellules du corps ne fabriquent pas de protéines virales", a expliqué le professeur de biologie moléculaire à l'Université Libre de Bruxelles Cyril Gueydan. 

Le communiqué de presse de l'Agence européenne des médicaments qui recommande l'autorisation du vaccin à ARN de Moderna dans l'Union européenne, le 6 janvier 2021, explique: "Lorsqu'une personne reçoit le vaccin, certaines de ses cellules lisent les instructions de l'ARN et produisent temporairement la protéine de pointe. Le système immunitaire de la personne reconnaîtra alors cette protéine comme étrangère et produira des anticorps et activera les cellules T pour l'attaquer". 

Si la personne fait de nouveau face au virus Sars-Cov-2, "son système immunitaire le reconnaîtra et sera prêt à défendre l'organisme contre lui", contrairement à ce qu'affirme Vernon Coleman en prétendant que "le vaccin détruit le système immunitaire des personnes vaccinées".

"Les vaccins n'ont aucun impact sur l'immunité naturelle", a réagi le professeur en immunopathologie Michel Moutschen, puisqu'ils s'appuient sur le système immunitaire pour compléter l'immunité innée avec l'immunité acquise, comme expliqué sur ce document du CRISP, centre régional de prévention du sida et pour la santé des jeunes de l'Ile-de-France. 

Par ailleurs,"l'ARN du vaccin ne reste pas dans l'organisme mais est décomposé peu après la vaccination", explique l'EMA. Les anticorps ne peuvent donc pas trouver des protéines virales plusieurs mois après la vaccination dans les cellules ou dans les organes.

L'instruction génétique envoyée par le vaccin à l'organisme disparaît rapidement et n'a pas de possibilité de modifier l'ADN du patient, contrairement à ce qu'affirme Vernon Coleman.

Enfin, Vernon Coleman fustige les mesures d'isolement prises par les différents gouvernement et le port du masque, assurant que celui-ci va affaiblir notre système immunitaire. Mais les masques ne provoquant pas de manque d’oxygène ni d'inhalation dangereuse de dioxyde de carbone, ils n'ont donc aucun impact sur le système immunitaire. "Les personnels de santé passent huit heures par jour avec un masque et ils ne développent pas d’infection secondaire ou de problèmes de santé", a rappelé l'épidémiologiste Yves Coppieters. 

Unanimes, les spécialistes appellent à continuer de porter le masque, qui est considéré par l'OMS et les autorités sanitaires comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus du Covid-19, en plus de la distance physique et du lavage de mains. Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement.

Juliette Mansour
COVID-19 VACCINS