(Armend Nimani / AFP)

Covid-19 : non, le port "trop fréquent" du masque n'entraîne pas un "affaiblissement immunitaire"

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Des publications Facebook partagées plus d'un millier de fois depuis le 9 juillet affirment que "le port trop fréquent du masque place l'organisme en insuffisance d'oxygène" et entraîne un "affaiblissement immunitaire" qui rend vulnérable face au Covid-19. Faux, selon plusieurs experts contactés par l'AFP.

"La seule deuxième vague qui existera n'aura rien à voir avec le covid mais tout à voir avec une immunité détériorée (...) Les premiers touchés par tous les virus qui traineront ainsi que par d'autres pathologies non virales, le seront par l'affaiblissement immunitaire déclenché par le port trop fréquent du masque qui place l'organisme en insuffisance d'oxygène et oblige son porteur à inhaler les miasmes et le dioxyde de carbonne qu'il est sensé extraire de son corps en expirant", expliquent ces publications.

Capture d'écran Facebook prise le 16/07/2020

Ces posts contiennent en réalité plusieurs fausses informations.

Premièrement, le masque ne provoque pas d’insuffisance en oxygène. Un masque chirurgical ou en tissu n'est pas hermétique et laisse donc l’oxygène circuler librement, explique à l’AFP Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

"Le masque peut éventuellement gêner la respiration d’une personne avec des problèmes cardiaques ou respiratoires ou en cas de grand effort physique comme un jogging, parce que la ventilation est plus faible. Il peut aussi y avoir une sensation d’inconfort qui provoque une impression d’étouffer, mais c’est psychologique. Mais dans le cas d’une personne en bonne santé, il n’empêche pas du tout d’effectuer des activités quotidiennes normalement. Le masque n’est pas un circuit clos, il laisse passer l’oxygène", souligne le Pr Coppieters. 

L’AFP avait déjà expliqué cela dans plusieurs articles (voir ici et ici).

Deuxièmement, le masque ne favorise pas l’inhalation de dioxyde de carbone. Cette théorie a beaucoup circulé depuis le début de l’épidémie, mais elle est fausse, explique Jean-Luc Gala, chef de clinique à la clinique universitaire Saint-Luc à Bruxelles.

"Le masque filtre le virus, mais pas les molécules. Un virus est beaucoup plus gros qu’une molécule d’oxygène ou de dioxyde de carbone. A la limite ce qui peut se retrouver coincé dans le masque, ce sont les bactéries. C’est pour ça qu’on recommande de changer son masque toutes les trois, quatre heures", explique le spécialiste des maladies infectieuses.

"L'utilisation prolongée du masque de protection, y compris le N95 [équivalent du FFP2 en France] n'a pas été reliée à des cas d'empoisonnement au dioxyde de carbone chez les personnes en bonne santé. Si du CO2 s'accumule dans le masque, c'est dans de petites quantités tolérables", affirmait en juin à l'AFP Vinita Dubey, médecin hygiéniste à l'agence de santé publique de Toronto au Canada.

"Un masque n'est pas un circuit fermé. Presque tout l'air expiré s'échappe du masque (...) Il n'existe aucune preuve que l'utilisation prolongée du masque entraîne une hausse du niveau de CO2", avait également indiqué à l'AFP le docteur Shane Shapera, directeur du programme des maladies pulmonaires de l'hôpital public de Toronto. 

Le masque ne gênant pas l’apport d’oxygène ou l’expiration de dioxyde de carbone, il n’affaiblit donc pas le système immunitaire, contrairement à ce qu’affirment les publications Facebook susmentionnées. "Il faut être conscient que ce genre de masque est porté par des spécialistes de santé toute la journée et qu’il n’ont pas d’infections secondaires ni de problèmes de santé", rappelle Yves Coppieters. 

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