Attention à ces publications accusant Emmanuel Macron d'avoir "triplé" le nombre des membres de sa sécurité

Emmanuel Macron est régulièrement la cible de désinformation sur les réseaux sociaux. Début janvier 2026, des internautes affirment qu'il aurait triplé le nombre des membres du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), qui assure sa sécurité personnelle. Mais leurs posts n'apportent aucune preuve pouvant accréditer cette thèse, et une vidéo relayant ces allégations a été très probablement générée par intelligence artificielle. De plus, les effectifs du GSPR sont restés globalement stables ces dernières années, selon les derniers documents officiels disponibles.

"Macron vient de tripler ces [sic] gardes du corps personnels, passant de 60 agents à 180 membres de sécurités [sic] de la présidence de la république !", lance un internaute dans une publication diffusée le 3 janvier 2026 sur X et partagée plus de 3.000 fois.

Elle est accompagnée d'une vidéo en noir et blanc de 1 minute 11, où l'on voit le président français lors de divers déplacements officiels. Une voix off affirme notamment : "Macron terrifié, triple sa sécurité car il a peur du peuple". "Un leader qui se cache de ses citoyens mérite-t-il encore de gouverner ?", conclut-elle.

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Capture d'écran, réalisée le 7 janvier 2026, d'une publication sur X. Croix rouge ajoutée par l'AFP

Cette vidéo est depuis très relayée, par exemple plus de 1.000 fois pour cette publication sur X, plus de 1.300 fois pour celle-ci sur Facebook, ainsi que sur YouTube.

Des recherches montrent qu'elle était déjà virale fin octobre 2025, partagée en particulier par des comptes sur X qui relaient régulièrement de la désinformation (1 , 2).

Mais le chiffre du supposé triplement des agents assurant la sécurité personnelle d'Emmanuel Macron n'est corroboré par aucun document officiel.

Effectifs globalement constants

Les personnels assurant la sécurité du chef de l'Etat sont membres du GSPR, créé en 1982 par Christian Prouteau, par ailleurs fondateur du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Composé à parité de gendarmes et policiers, le GSPR assure la protection du président, dans l'exercice de ses fonctions comme dans sa vie privée, ainsi que de sa famille.

Nous n'avons pas été en mesure de retrouver l'origine de la vidéo en noir et blanc virale en octobre 2025 et janvier 2026. Mais il est très probable qu'elle ait été générée par IA : une analyse via le site deepfake-total.com a établi une probabilité de 100%, tandis que l'outil InVID WeVerify co-développé par l'AFP a abouti à une probabilité de 51%.

On peut par ailleurs retrouver le niveau des effectifs du GSPR dans les rapports annuels de la Cour des Comptes sur "la gestion des services de la présidence". Publié en juillet 2025, le dernier recensait pour 2024 un total de "81 policiers et gendarmes du GSPR" - donc plus de deux fois moins que les "180" évoqués sur les réseaux sociaux (lien archivé ici).

Un effectif globalement constant depuis au moins six ans : les gendarmes et policiers du GSPR étaient 82 en 2023, autant en 2022, 78 en 2021, 76 en 2019, selon les rapports respectifs de la Cour des Comptes sur ces exercices 2023, 2022, 2021 et 2019 (liens archivés ici, ici et ici et ici - non précisé pour 2020).

Sollicité le 5 janvier 2026, l'Elysée n'avait pas commenté au moment de la publication de notre article.

800 emplois à l'Elysée

Le compte relayant la vidéo en noir et blanc a également publié un deuxième clip, marqué du logo du magazine d'actualité people Gala, avec un message qui affirme que le chef de l'Etat "est entouré de 737 agents". 

Une recherche par mots-clés sur Google permet de retrouver la vidéo originelle, qui date en réalité de près de six ans : elle illustrait un article publié en février 2020 sur le site de Gala, intitulé "Emmanuel Macron bien entouré : au total, 737 agents sont au service de l'Elysée" (lien archivé ici).

Mais l'article précisait qu'il s'agit d'"un chiffre constant d'une présidence à l'autre", et qu'il "regroupe notamment les directions des opérations et de la communication, mais aussi les Ressources Humaines et la gestion du patrimoine. On ne parle donc pas ici uniquement de 'gardes du corps' bien sûr, mais aussi bien des personnes en charge de sa protection que de celles gérant son quotidien à l'Elysée et toute la logistique de ses déplacements officiels", soulignait Gala.

Ce chiffre est cohérent avec ceux cités dans le rapport de la Cour des Comptes pour l'exercice 2024, qui évoque un total de 822 agents employés par la présidence de la République, "contre 817 en 2023 et 796 en 2022" (lien archivé ici).

La vidéo de Gala citait par ailleurs comme source "le nouveau numéro du magazine Challenge" - où l'on retrouve trace des effectifs du GSPR. Publié sur le site du magazine le 29 février 2020, un article évoquant la "remise à plat" de l'organisation de la sécurité à l'Elysée après l'affaire Benalla indiquait que leur nombre avait "grimpé de 62 à 75 agents avec Emmanuel Macron(liens archivés ici et ici).

De manière générale,  la Cour des Comptes avait épinglé dans son rapport sur l'exercice 2023 la gestion de l'Elysée et ses comptes dans le rouge, avant de constater un résultat comptable excédentaire de 6,7 millions d'euros un an plus tard (lien archivés ici et ici).

Infox sur le budget de l'Elysée

Du train de vie à l'Elysée aux dossiers diplomatiques, le chef de l'Etat français est la cible régulière d'infox, comme l'AFP l'a vérifié à plusieurs reprises (1, 2 - archive -, 3, 4). Parmi les dernières en date, des publications usurpant l'identité visuelle de la chaîne d'information en continu BFMTV ont affirmé fin décembre 2025 que les dépenses de l'Elysée avaient atteint en 2024 "la somme astronomique de 854 millions d'euros" - quand elles étaient en réalité près de sept fois moindre (127,7 millions d'euros selon le dernier rapport de la Cour des Comptes).

L'épouse d'Emmanuel Macron, Brigitte, est aussi visée par de multiples allégations, dont une, récurrente depuis des années, affirmant qu'elle serait née homme. Dans ce dossier, des cyberharceleurs accusés d'avoir diffusé ou relayé insultes et rumeurs liées à son genre et à son écart d'âge avec le président ont été condamnés le 5 janvier 2026 à Paris à des peines allant jusqu'à six mois de prison ferme, la plupart écopant de sursis (lien archivé ici).

Sans coquille dans le titre : Emmanuel Macron accusé d'avoir triplé "le nombre des membres de sa sécurité", et non "le nombre de ses membres de la sécurité"
7 janvier 2026 Sans coquille dans le titre : Emmanuel Macron accusé d'avoir triplé "le nombre des membres de sa sécurité", et non "le nombre de ses membres de la sécurité"

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