Attention à ces photos, qui ne montrent pas le visage du militant nationaliste Quentin Deranque, tué à Lyon
- Publié le 19 février 2026 à 18:15
- Lecture : 4 min
- Par : Ambre DEPRES, AFP France
Quentin Deranque, 23 ans, a été roué de coups jeudi 12 février, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, avant de succomber à ses blessures deux jours plus tard. Depuis, une multitude de publications lui rendant hommage ont été partagées sur les réseaux sociaux, accompagnées pour certaines de visuels censés montrer le visage du jeune homme. Mais attention, certaines utilisent le visage d'un responsable local du Rassemblement national sans lien avec les faits survenus à Lyon.
Le décès du militant nationaliste a suscité de très nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, dont de multiples hommages. "Pour que sa mémoire ne soit pas effacée. Pour qu'il ne soit pas une victime de plus vouée à l'oubli. [...] Justice pour Quentin", écrit ainsi sur X un internaute, le 14 février, dans une publication cumulant plus de 202.000 vues et partagée 5.000 fois.
A l'appui de ce message, une illustration montre le visage d'un jeune homme devant un ciel bleu, surplombé par l'inscription "Hommage à Quentin". Le visuel se compose également de personnes de dos, certaines brandissant des drapeaux français. On y retrouve les années de naissance et de mort de Quentin Deranque "2003 - 2026", et l'inscription "Militant engagé, parti trop tôt" et "Repose en paix".
La même image a été partagée sur Facebook, Instagram, TikTok, et circule dans plusieurs langues telles que l'anglais et le néerlandais.
Mais le visage figurant sur ce montage devenu viral n'est pas celui du militant d'ultradroite tué à Lyon, Quentin Deranque: il s'agit de celui de Dylan Guichaoua, un délégué départemental du Rassemblement national de la jeunesse dans les Pyrénées-Atlantiques.
Sur son compte Facebook, retrouvé par nos confrères de Checknews, la cellule de fact-checking du journal Libération, le jeune homme dénonce l'utilisation de son image (liens archivés ici et ici). "Depuis quelques heures/jours, une photo me concernant prise pendant la campagne des élections européennes a été détournée et manipulée par IA. Elle circule massivement sur les réseaux sociaux et véhicule une fausse information", assure Dylan Guichaoua.
"Je le dis clairement : je n'ai aucun lien avec les faits évoqués, et encore moins avec l'agression et la mort de Quentin. Utiliser mon image dans ce contexte est indigne et constitue une tentative de manipulation et de mise en cause publique", ajoute-t-il.
La photographie utilisée ressemble à celle d'une publication du compte Instragram du Rassemblement national de la jeunesse des Pyrénées-Atlantiques, datant du 20 avril 2024 (lien archivé ici). On y voit Dylan Guichaoua, un tract du président du Rassemblement national Jordan Bardella à la main, entouré de trois autres jeunes militants.
Le visage du jeune homme a également été imprimé sur des drapeaux français destinés à rendre hommage à Quentin Deranque, utilisés lors de rassemblements.
"MORT POUR NOS SOEURS", "MORT POUR LA FRANCE" et "JUSTICE POUR QUENTIN", peut-on lire sur les drapeaux où figure le visage du délégué du Rassemblement national de la jeunesse, entouré des années de naissance et de décès de Quentin Deranque.
Le visage d'un autre homme, décédé en 2024
D'autres publications, moins virales, ont détourné le visage d'un autre jeune homme pour illustrer des publications dédiées à Quentin Deranque.
"Triste d'apprendre le décès du jeune Quentin pour avoir défendu ses convictions. Nous ne devrions pas mourir pour des idées en France [...]", écrit un internaute sur X, le 13 février 2026, la veille de l'annonce de la mort du militant d'ultradroite, dans une publication visionnée près de 13.000 fois, incluant la photographie d'un jeune homme brun, avec l'inscription "QUENTIN 2003 - 2026". Elle a aussi été partagée sur Facebook et TikTok, ainsi que dans plusieurs langues, comme le polonais.
Il s'agit cependant d'un jeune homme de 23 ans tué en 2024 dans un accident de la route en Belgique, comme l'avait rapporté la presse locale belge (lien archivé ici).
Enquête ouverte pour "homicide volontaire"
Quelques jours après la diffusion de ces illustrations erronées, le 17 février 2026, l'avocat de la famille de Quentin Deranque a fourni à l'AFP le réel portrait du défunt militant nationaliste.
Un visuel, composé d'un dessin de son visage et des couleurs du drapeau français, est désormais largement utilisé à l'appui des messages d'hommages publiés sur les réseaux sociaux, comme sur cette publication X (lien archivé ici).
Le jeune homme de 23 ans avait été agressé par des militants liés à l'ultragauche, en marge d'une conférence de l'eurodéputée de La France Insoumise (LFI) Rima Hassan à Sciences Po Lyon, où il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis.
Au moment de la publication de cet article, jeudi 19 février, le parquet venait de demander la mise en examen de sept suspects pour "homicide volontaire", tandis que quatre des onze personnes interpellées dans le cadre de l'enquête étaient remise en liberté.
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