Fioles de vaccin anti-Covid Cominarty de Pfizer/BioNTech (AFP / Christof Stache)

Non, les personnes qui ont reçu le vaccin anti-Covid de Pfizer ne peuvent pas excréter des protéines virales

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Des publications très partagées en anglais, en français ou en croate, affirment que les personnes ayant reçu le vaccin anti-Covid de Pfizer peuvent excréter la protéine "spike" du Sars-CoV-2 et être dangereuses pour les non-vaccinés. Comme l'ont expliqué de nombreux experts, c'est impossible.

On trouve cette allégation - parmi plusieurs autres - dans ce texte en français. Cette version a été partagée au moins 479 fois sur des groupes et pages Facebook depuis le 6 mai, selon le logiciel de mesure d'audience des réseaux sociaux Crowdtangle.

Le même texte est lisible sur cet autre site, une publication partagée au moins 740 fois sur Facebook depuis le 13 mai.

Ces articles sont des traductions d'un article en anglais du site canadien anti-avortement "Lifesite News" (relais régulier de désinformation), qui lui-même reprend les éléments de ce texte, provenant du site du groupe de médecins américains America's Fronline Doctors.

Ces médecins ont plusieurs fois relayé des allégations trompeuses autour de supposés remèdes au Covid-19, comme expliqué dans ces articles (1, 2) de l'AFP Factuel. 

La théorie - infondée - selon laquelle les vaccinés pourraient excréter des particules virales ou vaccinales, a déjà fait l'objet d'articles de vérification de l'AFP en serbe et en anglais.

Captures d'écran des sites France Médias Numérique et Actuintel, faites le 18 mai 2021

S'appuyant sur cette fausse théorie, une école privée américaine, en Floride, a interdit aux enseignants vaccinés de côtoyer les élèves, comme le raconte cette dépêche AFP (en anglais) de fin avril. 

Les personnes vaccinées ne peuvent pas excréter des protéines "spike" ni contaminer autrui

Les articles en français affirment que "les personnes vaccinées contre le COVID peuvent transmettre des protéines de pointe et nuire aux personnes non vaccinées" et "provoqu(er) ainsi la maladie chez eux".

Mais comme l'ont expliqué plusieurs experts, ce n'est pas possible. 

La protéine de pointe (ou "spike" en anglais), située à la surface du Sars-CoV-2, est celle qui lui permet de s'arrimer aux cellules humaines et d'y pénétrer pour l'infecter. Les vaccins visent à faire produire au corps humain cette protéine - qui isolément est inoffensive - pour déclencher une réponse immunitaire.

Ainsi, l'organisme est "entraîné" à combattre efficacement et immédiatement le Sars-Cov-2 s'il venait à être réellement infecté. 

Le terme d'"excrétion virale" ("viral shedding" en anglais) est utilisé pour décrire le fait que les personnes infectées expulsent des particules virales, par exemple en toussant, en éternuant, en parlant. Ce sont ces particules de virus qui peuvent infecter d'autres personnes, par contagion.

Mais ce qui se passe dans le cas d'une personne infectée par le Sars-CoV-2 n'est pas transposable à ce qui se produit chez une personne vaccinée, expliquent les experts.

Les vaccins à ARN messager - comme ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna - envoient dans la cellule du vacciné une instruction génétique (d'où le terme "messager") lui indiquant de produire - sur une durée limitée - la protéine "spike", à l'intérieur du corps.

Dasantila Golemi-Kotra, microbiologiste à la York University au Canada, a expliqué dans un mail à AFP en avril 2021, qu'"aucune protéine +spike+ n'est excrétée quand on est vacciné".

Et "quand bien même la protéine +spike+ serait excrétée - ce qui est impossible- cette protéine ne peut pas infecter quelqu'un d'autre", dit-elle.

"Les protéines sont des molécules (...) hautement instables (...). Si une protéine est digérée, elle va être détruite par le pH faible et les enzymes dans notre estomac, et si elle est sur notre peau ou entre par la bouche, les yeux ou le nez, il est fort probable qu'elle soit digérée par les enzymes sécrétées par nos cellules", poursuit-elle.

"Il n'y a absolument aucune preuve d'excrétion de la protéine de pointe chez les personnes vaccinées, et ce n'est de toute façon pas possible", a aussi expliqué à l'AFP Barry Pakes, enseignant à l'école de Santé publique de l'Université de Toronto.

"Impossible", dit aussi Jamie Scott, professeur émérite de la Simon Fraser University au Canada, "car les vaccins ne font produire aux cellules que la protéine +spike+ et aucun autre composant du virus. Le virus ne peut pas être produit par le vaccin".

Pour appuyer leurs allégations, certains articles affirment que Pfizer "a confirmé la possibilité d'une excrétion de protéines +spike+", citant le tweet du "Dr Simone Gold", co-fondatrice d'America’s Frontline Doctors.

Capture d'écran de Twitter faite le 18 mai 2021

Elle y publie la photo d'un document de l'entreprise pharmaceutique américaine. Pour elle, cet extrait du protocole d'essais cliniques rédigé par le laboratoire montre que la société "sait" qu'il peut y avoir "excrétion" par les vaccinés. 

Regardons de plus près ce passage.

Page 67 et suivantes, sont détaillées, dans un langage médico-juridique complexe, les notions d'"exposition pendant la grossesse, l'allaitement" et d'"exposition dans le cadre professionnel" ("Exposure During Pregnancy or Breastfeeding, and Occupational Exposure").

Le document indique que toute exposition à l'"intervention étudiée" ("intervention under study") - c'est-à-dire au vaccin - pendant la grossesse ou l'allaitement ou dans le cadre professionnel "doit être signalée au département sécurité de Pfizer dans les 24 heures". 

Dit autrement, la grossesse d'une participante à l'essai ou d'une femme ayant été "exposée" d'une façon ou d'une autre au vaccin doit par précaution être portée à la connaissance du laboratoire.

D'ailleurs, comme indiqué page 42 du document de la FDA sur les essais cliniques de ce vaccin, "23 grossesses" ont été déclarées parmi les participantes (12 dans le groupe ayant reçu l'injection, 11 dans le groupe placebo).

Parmi les exemples d'"exposition" (hors injection), le document mentionne l'"inhalation ou contact cutané", c'est-à-dire si par exemple du vaccin a été renversé quelque part, sur la peau par exemple. 

(AFP / Joel Saget)

Mais à cet endroit, pas plus qu'ailleurs dans ce document, ne figure pas le terme "shedding" ("excrétion").  Pfizer ne parle pas de transmission quelconque ou de diffusion de particules par une personne vaccinée mais seulement d'un cas théorique et générique d'exposition à un produit.

"Quiconque a déjà lu des protocoles d'essais cliniques verra qu'il s'agit de formulations techniques assez génériques" dans ce type de document, explique ici le médecin David Gorski, auteur de nombreux articles de démystification de fausses allégations autour du Covid.

Cet encadrement précis des déclarations d'exposition pour les femmes enceintes "relève d'une extrême prudence et ne constitue pas la preuve 'ultime' que Pfizer 'savait' que le vaccin pouvait 'excréter' la protéine de pointe, comme le pensent les anti-vaccins", poursuit le chirurgien oncologue de la Wayne State University School of Medicine aux Etats-Unis.

"Le vaccin ne peut pas être inhalé via une excrétion et ne peut entrer dans le corps humain que via la dose administrée (injection intramusculaire)", a confirmé dans un mail à l'AFP une porte-parole de Pfizer le 10 mai 2021.

Même pour les femmes qui avaient reçu le vaccin au cours de l'essai avant de se découvrir enceinte, aucun signe inquiétant n'a été signalé, que ce soit pour Moderna ou Pfizer, comme le résume page 20 ce Questions-Réponses sur le Covid-19, réalisé par la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) et daté du 15 février 2021.

"Aucun événement indésirable n’est survenu chez les femmes enceintes. Compte tenu des données disponibles, le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) en France et l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) considèrent que la vaccination par les vaccins à ARNm est possible en cours de grossesse, a fortiori s’il existe des facteurs de risque exposant la femme enceinte à une forme sévère de la maladie", écrit la SPILF.

Une femme enceinte vaccinée au Pfizer/BioNTech en Israël en janvier 2021 (AFP / Jack Guez)

Ce qui explique que les femmes enceintes sont autorisées à se faire vacciner dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis et la France.

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rappelle sur son site qu'aux "Etats-Unis, à la date du 30 mars 2021, plus de 35.000 femmes enceintes avaient déjà reçu une première injection d'un vaccin à ARNm contre la COVID-19 (Pfizer/BioNtech 53,9 % et Moderna 46,1 %) au cours de leur grossesse".

"La fréquence des effets indésirables locaux et systémiques chez les futures mères est similaire à ce qui est observée dans la population générale", indique l'ANSM, insistant sur le fait qu' "à ce jour,  les données ne mettent pas en évidence de risque pour la femme enceinte et le futur enfant", comme indiqué dans cette étude publiée en avril.

La protéine de pointe du vaccin ne peut pas traverser la barrière "hémato-encéphalique"

La théorie qui voudrait que la protéine de pointe du vaccin ait cette capacité, "c'est une +fake-news+ totale", a indiqué dans un mail à l'AFP le 11 mai Daniel Dunia, directeur de recherche au CNRS.

"Le vaccin à ARN messager est injecté localement dans le muscle et l'expression de la protéine de pointe sera limitée aux cellules initialement visées pour déclencher la réponse immunitaire. L'ARN messager est instable et va être dégradé rapidement", a -t-il expliqué.

"Même pendant un covid naturel, quand l'infection est importante, il n'y pas de preuve directe de dommage à la barrière hémato-encéphalique directement lié au virus", dit-il encore.

Par ailleurs, contrairement à ce qu'avancent les publications examinées ici, il n'y a aucune base scientifique permettant d'affirmer que les vaccins à ARN messager seraient à l'origine de maladies neurodégénératives, comme expliqué dans cet article d'AFP Factuel du 7 mai dernier.

Vaccination au Pfizer-BioNtech Covid-19 le 11 mai 2021 en France (AFP / Fred Tanneau)

Pas d'indice disant que les vaccins altèrent la santé reproductive

Les publications affirment aussi que les vaccins à ARN messager entraînent des "problèmes de (santé) reproductive", comme des fausses couches, des perturbations des cycles menstruels ou des saignements vaginaux post-ménopause.

Comme on l'a vu plus haut, à ce jour, et malgré une surveillance étroite de tous les possibles effets indésirables des campagnes de vaccination dans le monde, il n'y a pas d'effets négatifs sur la santé reproductive des femmes qui aient été recensés, comme l'expliquent de nombreux experts et institutions sanitaires. 

Au moins 1,527 milliard de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans au moins 210 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir de sources officielles le 19 mai à 10h22 GMT.

Les CDC américains indiquent qu'il "n'y a actuellement aucune preuve que les vaccins, y compris les vaccins contre le Covid-19, entraînent des problèmes de fertilité".

Dans un communiqué commun du 4 février dernier, le Collège américain des obstétriciens et gynécologues, la société américaine de médecine reproductive et la Société de médecine foeto-maternelle, ont aussi indiqué qu'il n'y a "pas de preuve que le vaccin puisse causer une perte de fertilité".

Aucun signal en ce sens n'a été repéré pendant les essais cliniques, parmi les personnes vaccinées depuis le début des campagnes de vaccination ni au cours des essais animaux, insistent ces sociétés savantes.

Avec le nombre de gens aujourd'hui vaccinés, "si tout cela était plausible, on verrait une épidémie de (...) morts intra-utérines ou de femmes aménorrhéiques (qui n'ont pas de règles, NDLR). On ne voit rien de tout cela", abonde Barry Pakes, de l'Université de Toronto.

Les fausses allégations autour des vaccins et de la reproduction sont récurrentes et l'AFP Factuel a déjà publié plusieurs articles sur le sujet:  "Non, un article paru dans le New England Journal of Medicine ne conclut pas à un risque accru de fausses couches chez les femmes vaccinées""Non, il n'y a pas eu d'''explosion' des fausses couches chez les femmes vaccinées au Royaume-Uni" ou encore "Un vaccin contre le Covid qui rendrait les femmes stériles ? Non, répondent des experts".

Cette dépêche AFP (en anglais) du 14 mai fait le point sur la viralité de la désinformation autour des vaccins et de la santé reproductive. 

Dans cette vidéo sur le site des autorités sanitaires suisses, le Pr Claire-Anne Siegrist, experte en maladies infectieuses, revient sur les mythes qui entourent vaccins et fertilité.

Autre affirmation des publications que nous examinons : les vaccins contre le Covid-19 pourraient influer sur les cycles menstruels.

La presse, aux Etats-Unis en particulier, a consacré plusieurs articles au sujet, comme le Los Angeles Times ici après le signalement par des femmes vaccinées de troubles de leurs cycles.

De nombreux phénomènes physiologiques ou psychologiques peuvent influer sur les cycles menstruels et comme indiqué ici par le dictionnaire médical, Vidal, "les troubles des règles sont un problème de santé fréquemment observé". 

Certains experts estiment par ailleurs que le stress causé par la pandémie elle-même pourrait jouer un rôle dans les troubles des cycles menstruels de certaines femmes.

Les scientifiques tentent néanmoins de savoir s'il pourrait y avoir un lien et de quelle nature, entre vaccin et cycles menstruels.

Kathryn Clancy, enseignante au département d'anthropologie de l'université américaine University of Illinois Urbana-Champaign, dirige un projet de recherche sur un lien possible entre ces vaccins et des changements de cycles menstruels.

De nombreux mécanismes biologiques pourraient expliquer un lien entre vaccination et changements dans les cycles menstruels, dit-elle, comme "une modification des plaquettes, des processus inflammatoires ou la vasodilatation (dilatation des vaisseaux sanguins, NDLR), autant de réponses d'activation immunitaire normale attendues avec une vaccination".

Quand bien même ces troubles pourraient être liés à la vaccination, "les changements menstruels ne sont pas inquiétants, mais plutôt des effets à court-terme, similaires à la douleur au bras, la fatigue ou la fièvre", effets fréquemment rapportés des injections, ajoute-t-elle.

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