Non, il n'y a pas eu d'"explosion" des fausses couches chez les femmes vaccinées au Royaume-Uni

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des publications partagées plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 31 mars affirment que les fausses couches ont "explosé de 366%" en six semaines au Royaume-Uni "après les vaccinations Covid". Mais ce chiffre, qui correspond à un pourcentage d'augmentation entre deux dates, est infondé car il ne prend pas en compte le fait qu'un nombre beaucoup plus élevé de femmes ont été vaccinées lors de la seconde période. Rien ne permet d'affirmer qu'il existe un "risque accru de fausses couches lié aux vaccins anti-Covid", assure l'agence britannique du médicament.

"TOUT VA BIEN ! Au Royaume-Uni, le chiffre est absolument effroyable après les vaccinations Covid, les fausses couches explosent de 366% en six semaines...", écrit sur Twitter l'auteure de l'une de ces publications.

Capture d'écran Twitter prise le 01/04/2021

La même affirmation circule sur Facebook et sur la messagerie Telegram. En français mais aussi en anglais, en allemand et en italien. A chaque fois, le chiffre est présenté comme provenant de l'agence britannique du médicament (MHRA).

Captures d'écran Facebook prises le 01/04/2021

Les auteurs de ces publications soulignent que, selon les données de pharmacovigilance de la MHRA*, le nombre de femmes ayant reçu au moins une dose du vaccin et ayant subi une fausse couche est passé de 6 sur la période 1 (allant du 9 décembre, début de la campagne de vaccination, au 24 janvier), à 22 sur la période 2 (24 janvier-7 mars).

Soit un total de 28 fausses couches au 7 mars et une "explosion de 366%" par rapport au 24 janvier, selon les auteurs des publications antivaccins.

Les périodes (six semaines et demie pour la première, six pour la seconde) peuvent sembler comparables. Pour autant, le nombre de femmes en âge de procréer vaccinées au cours de chacune de ces deux périodes ne l'est pas.

"Le nombre de femmes [âgées de 18 à 45 ans] ayant reçu un vaccin est, selon nos estimations, passé de 665.424 à 2.146.866 " entre le 24 janvier et le 7 mars, a expliqué jeudi 1er avril à l'AFP la MHRA.

Une femme se fait vacciner à St Albans, au nord de Londres, le 8 février 2021 (Daniel Leal-Olivas)

Plus de deux fois plus de femmes de 18 à 45 ans ont ainsi été vaccinées entre le 24 janvier et le 7 mars (1.481.442) qu'entre le 9 décembre et le 24 janvier (665.424), selon les estimations de la MHRA.

Par ailleurs, des femmes vaccinées lors de la période 1 (9 décembre-24 janvier) peuvent avoir été victimes d'une fausse couche au cours de la période 2 (24 janvier-7 mars) – rendant l'affirmation selon laquelle "les fausses couches ont explosé de 366% en six semaines" totalement erronée.

"Il n'existe aucun élément suggérant un risque accru de fausses couches lié aux vaccins anti-Covid", conclut de son côté l'agence sanitaire britannique, selon laquelle "des fausses couches surviennent lors d'une grossesse sur quatre en moyenne au Royaume-Uni", la plupart du temps "au cours des 12 premières semaines".

Enfin, rien n'indique, dans les publications virales, que la fréquence des fausses couches est plus élevée chez les femmes ayant été vaccinées que chez celles ne l'ayant pas été (voir à ce sujet notre article : "Selon une étude...": comment faire pour s'y retrouver ?)

Vaccination contre le Covid-19 et grossesse

L'agence britannique du médicament dit ne pas recommander les vaccins anti-Covid aux femmes enceintes, "car bien que les données disponibles ne soulèvent aucune inquiétude, les données sur cette population sont insuffisantes pour recommander leur utilisation systématique".

"Toutefois, les bénéfices potentiels de la vaccination peuvent être importants chez les personnes ayant un fort risque d'être infectées ou chez celles qui, du fait de leur état de santé, ont une probabilité élevée de souffrir de graves séquelles" en cas d'infection, souligne la MHRA. 

Une femme reçoit une dose du vaccin du vaccin AstraZeneca à Mumbai (Inde), le 1er avril 2021 (AFP / Punit Paranjpe)

L'OMS note (1 ,2) que les femmes enceintes ont "davantage de risques" de "présenter une forme grave du Covid-19" en cas d'infection. L'organisation ne recommande pas la vaccination pour elles "pour le moment", au motif que les données sur le sujet demeurent insuffisantes.

L'OMS précise cependant que "la vaccination peut être envisagée en concertation avec le prestataire de soins", "lorsqu'une femme enceinte" présente un "risque d'exposition qui ne peut être évité (par exemple si elle travaille comme soignante)".

Les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américains indiquent sur leur site que se faire vacciner est "un choix personnel pour les femmes enceintes" qui font partie des publics prioritaires pour recevoir une injection (comme les soignantes). S'ils soulignent également qu'il existe peu de données sur les effets des vaccins contre le Covid-19 dans le cas spécifique d'une grossesse, ils précisent que rien n'indique que leurs effets secondaires soient différents des autres.

En France, la Haute autorité de santé (HAS) a rendu un avis le 2 mars, rappelant "que l'administration des vaccins contre la Covid-19 chez la femme enceinte n'est pas contre-indiquée".

La HAS recommande la vaccination contre le Covid-19 aux femmes enceintes sujettes à certains facteurs de risques, "en particulier les femmes enceintes de plus de 35 ans ou celles présentant d’autres comorbidités comme l’obésité, le diabète ou les maladies cardiovasculaires" ou celles "susceptibles d’être en contact avec des personnes infectées du fait de leur activité professionnelle".

Voici les données de pharmacovigilance de la MHRA concernant les vaccins Pfizer-BioNTech et AstraZeneca, dans lesquelles figurent les chiffres des fausses couches : ici (p.34) et  (p.23) pour la période 9 décembre-24 janvier, et ici (p.46) et  (p.45) pour la période 9 décembre-7 mars.
Rémi Banet
CORONAVIRUS