Non, le Covid-19 n'a (toujours) pas été créé en France par l'Institut Pasteur

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Une vidéo partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 10 avril 2021 affirme que le virus responsable du Covid-19 a été créé en France par des scientifiques de l'Institut Pasteur. Elle reprend largement les arguments sans fondement d'une vidéo quasiment identique publiée par la même personne en août 2020. Déjà vérifiée par l'AFP l'année dernière, cette affirmation est toujours fausse au 15 avril 2021.

"Nous connaissons maintenant l'origine de la pandémie. Le virus Covid-19 est artificiel, il a été fabriqué par l'Institut Pasteur", peut-on lire en préambule de la vidéo, visionnée au moins 30.000 fois sur la plateforme Odysée et partagée au moins mille fois sur Facebook.

Créé par Frédéric Chaumont, animateur pour plusieurs chaînes conspirationnistes comme Agora TV, cette vidéo reprend l'identité visuelle, ainsi qu'un grand nombre d'arguments, d'une précédente publication du même homme, vérifiée par l'AFP dans cet article.

Il se décrit lui même, dans cet extrait de plus de douze minutes, comme un "complotiste" et multiplie les accusations sans fondement ou invérifiables au sujet du virus.

Revenons sur les principales affirmations de cette vidéo

"Nous avons révélé au monde entier que le virus est artificiel et a été fabriqué en France par l'Institut Pasteur", assure M. Chaumont dans le préambule de sa vidéo.

Il s'agit d'une fausse information vérifiée par l'AFP à plusieurs reprises.

Cette infox repose sur un brevet déposé par l'Institut en 2004, or celui-ci porte sur le code génétique d'un virus cousin mais différent du SARS-CoV-2. Début novembre, la justice a condamné un internaute ayant diffusé une fausse information similaire pour "diffamation".

Un rapport publié fin mars 2021 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a pas percé définitivement le mystère de l'origine du virus responsable du Covid-19.

Les experts de l'OMS, missionnés du 14 janvier au 9 février en Chine, où sont apparus les premiers cas de la maladie en décembre 2019, ont pourtant estimé que l'hypothèse d'une fuite d'un laboratoire était la moins probable.

(AFP Graphics)

Cette hypothèse a été défendue avec force par l'administration américaine sous la présidence de Donald Trump. La Chine a toujours nié cette possibilité.

Le rapport de l'OMS est "un premier pas utile" mais des "investigations supplémentaires devront être poursuivies", a réagi de son côté l'Union européenne.

Des vaccins en guise de leurre ?

Selon M. Chaumont, "un seul vaccin a été développé", le vaccin ChAdOx1 nCoV-19, mis au point par l'Université d'Oxford et le laboratoire britannique AstraZeneca.

Les autres vaccins seraient "des leurres" inutiles pour lutter contre le virus. C'est faux.

En France, les quatre vaccins contre le Covid-19 autorisés à ce jour, ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Johnson & Johnson, qui ont suivi les étapes imposées avant une mise sur le marché européen et français et dont l'efficacité oscille entre 67% et 95%.

(AFP Graphics)

Israël, l'un des leader mondiaux de la vaccination, utilise principalement le vaccin Pfizer et a vu le taux d'incidence de l'épidémie fortement diminuer lors du premier trimestre.

Des fragments du VIH dans le virus ?

L'animateur de la vidéo affirme ensuite que l'Institut Pasteur a inséré
4 séquences d'ARN du virus du Sida dans "le génome du Sars-CoV2".

Comme expliqué dans cet article de l'AFP,  cette théorie émane d'un texte rendu public en janvier sur la plateforme de "prépublications" BioRxiv, où des scientifiques peuvent déposer leurs travaux avant leur relecture et validation par leurs "pairs", c'est-à-dire avant leur publication dans une revue.

Cet article - qui évoque des similitudes entre le virus du sida, le VIH , et le SARS-Cov-2 - a fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté scientifique, au point qu’il a ensuite été dépublié par ses auteurs.

Cet autre article scientifique publié en février 2020 dans la revue "Emerging Microbes & Infections" vient d'ailleurs expliquer que le VIH n'a pas "contribué" au génome du SARS-CoV-2.

L'ONG Science Feedback, spécialisée dans la lutte contre la désinformation scientifique, a aussi démonté cette idée ici en février 2020.

"Les séquences génétiques sont constituées par une suite de lettres. Si on examine une très courte série de lettres prises au hasard dans une séquence, elles peuvent ressembler à un petit fragment d’une autre séquence sans qu’il y ait un lien direct. De manière imagée, si on choisit un mot dans un livre et que ce mot est aussi trouvé dans un autre livre, cela ne veut pas dire que le premier livre a copié le second", a expliqué Etienne Simon-Lorière, responsable du groupe Génomique évolutive des virus à ARN à l’Institut Pasteur.

Des brevets de "tests Covid" dès 2015 ?

Ultime preuve que la pandémie était planifiée, selon Frédéric Chaumont, "un brevet déposé en 2015" par la famille Rothschild servant à réaliser "des tests pour détecter le Covid-19".

Comme nous l'avions écrit dans ce fact-check, le brevet existe bien : il décrit des techniques d'analyse de données biométriques.

Mais la partie consacrée au nouveau coronavirus a été ajoutée lors d'une procédure de mise à jour de cette invention en septembre 2020 après l'apparition du virus. De plus, la famille Rothschild n'a rien à voir avec le document, a affirmé une porte-parole à l'AFP.

Capture d'écran réalisée sur Google Patent le 12 octobre 2020

Frédéric Chaumont regrette enfin qu'"aucun démenti à (ces) accusations n'a été apporté par l'Institut Pasteur".

C'est également faux, puisque l'institution a consacré, dès mars 2020, une page de son site internet à des affirmations similaires à celle de la vidéo.

Capture d'écran réalisée sur le site de l'Institut Pasteur le 16 avril 2020
Covid-19