“Institut Pasteur & Microsoft ont les brevets du Covid-19”: attention à cette vidéo contenant de multiples fausses informations

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Une vidéo diffusée le 20 août sur les réseaux sociaux, et vue près d'1 million de fois en 48 heures, avance que “l’institut Pasteur et Microsoft ont les brevets du Covid-19”. C'est faux. Elle contient également de nombreuses fausses informations, des extrapolations et des éléments infondés.

Voici la vérité sur le vaccin que le nouvel ordre mondial veut nous imposer à tous. Tout ce que vous allez voir et entendre a fait l’objet de recherches très poussées”, affirme le présentateur de la vidéo, largement diffusée sur Facebook et Youtube depuis le 20 août.
 

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 21 août 2020)

Revenons sur les principales affirmations que contient cette vidéo virale de 8m51.

1)”Les nanoparticules présent dans les vaccins vont permettre de vous localiser” grâce à "la 5G". Faux

Le présentateur affirme d'entrée que le brevet W0 2020/060606 A1 déposé par Microsoft le 26 mars 2020, société “créée entre autres par Bill Gates” permettra d’intégrer des nanoparticules à un éventuel vaccin contre le Covid-19. 

Mais ce fameux brevet déposé par Microsoft le 26 mars 2020, qui est disponible ici, ne traite ni de la 5G, ni des vaccins, ni des nanoparticules.

Son titre en français ? “Système de cryptomonnaie utilisant des données d'activité corporelle”. Le brevet schématise un système de production de cryptomonnaie qui n'a aucun lien avec la vaccination ou le nouveau coronavirus.

Le présentateur de la vidéo affirme ensuite que les nanoparticules prétendument contenues dans le vaccin rendront la population “localisable par les autorités à tout moment du jour et de la nuit” par l’intermédiaire des téléphones et "du réseau 5G”.

Cette théorie selon laquelle Bill Gates et/ou Microsoft souhaite implanter des traceurs via des vaccins pour géolocaliser la population et la contrôler circule sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois. Nous avions déjà réalisé un article de vérification sur le sujet.

Dans cette étude de fin 2019, des chercheurs affirment effectivement avoir inventé des nanoparticules injectables sous la peau, créant comme une sorte de "tatouage" qui est "invisible à l'oeil nu mais lisible avec des smartphones spéciaux" et une lumière proche de l'infra-rouge.

Ils proposent ainsi une manière "d'encoder son historique médical sur un patient en utilisant (...) des +quantum-dots+ ("boîtes" ou "points" quantiques en français, NDLR) dans le derme".

"Après avoir été appliquées sur la peau pendant deux minutes, les microaiguilles se dissolvent et laissent sous la peau les petits points, répartis par exemple en forme de cercle ou bien d'une croix. Ces petits points sont excités par une partie du spectre lumineux invisible pour nous, proche de l'infrarouge", explique cette dépêche de l'AFP.

Et c'est cette forme - cercle ou croix - qui serait lue par le smartphone. Il est possible ou non d'injecter un vaccin par la même occasion, expliquent les chercheurs, de l'Université américaine de Rice et du MIT.

Le but de cette technologie est potentiellement de permettre la tenue de registres de vaccination, par exemple dans les pays en développement où ce type de données peut manquer et/ou d'améliorer les campagnes de vaccination.

Mais l’'un des auteurs, Kevin McHugh, de Rice University, a indiqué au site américain de vérification Factcheck.org, qu'il n'y "a aucune possibilité de tracer les mouvements de quelqu'un" avec.

"Cette technologie est seulement capable de fournir des données très limitées de façon locale. Ces marques exigent d'être lues à une distance de moins de 30 cm", ajoute le chercheur.

Cette technologie n'est pour le moment qu'à l'état de recherches. Mais quel est son lien avec Bill Gates et Microsoft ?

On le trouve ici sur le site de l'Université Rice. Kevin Mc Hugh y explique que "la Fondation Bill et Melinda Gates a approché" l'équipe de chercheurs pour qu'ils trouvent quelque-chose qui aiderait à savoir aisément qui a été vacciné ou non lors de campagnes de vaccination.

Dans le résumé de l'étude, M. McHugh confirme que les particules en question “ne contiennent que des informations sur le vaccin reçu" et "rien d'autre sur la personne". Il affirme aussi que les personnes pourraient refuser et que leurs données seraient protégées.

2) Dans le vaccin contre le Covid-19, "il y a 4 fragments du VIH". Faux

Des recherches sur des vaccins contre le Covid-19 sont en cours dans de nombreux pays du monde.  

Dans son dernier point daté du 31 juillet, l'OMS recense 26 "candidats vaccins" dans le monde évalués dans des essais cliniques sur l'homme (contre 11 à la mi-juin).

La plupart de ces essais en sont encore au stade de "phase 1" (qui vise avant tout à évaluer la sécurité du produit), ou de "phase 2" (où on explore déjà la question de l'efficacité).

Seuls cinq sont au stade le plus avancé de "phase 3", où l'efficacité est mesurée sur des milliers de volontaires : celui développé par l'Allemand BioNTech et l'Américain Pfizer, ceux de la biotech américaine Moderna, des laboratoires chinois Sinopharm et Sinovac, et le projet mené par l'Université d'Oxford en coopération avec le Britannique AstraZeneca.

Il n’y a à ce jour aucun vaccin homologué. A ce stade de la vidéo, le présentateur ne dit pas quel est le vaccin qui, selon lui, sera administré "à la population mondiale".

Mais pour prouver sa théorie, il redirige dans la description de la vidéo vers un article publié par des chercheurs indiens sur un site ouvert d’open science, appelé BioRxiv, et qui a été dépublié depuis pour ses imprécisions.

Cette soi-disant preuve présente en effet plusieurs problèmes. D’abord, il ne s’agit pas d’un article sur la composition d’un vaccin, mais sur la composition génomique d'une protéine du virus.

Ensuite, cet article est une "pré-publication", c’est-à-dire qu’il a été diffusé par ses auteurs sans relecture par des pairs.

Depuis le début de l’épidémie, "il y a eu une explosion de pré-publications de très mauvaise qualité, souvent avec de gros problèmes méthodologiques, publiés très vite juste pour pouvoir évoquer le coronavirus", avait regretté le chercheur en biochimie Mathieu Rebeaud, de l'Université de Lausanne en Suisse, interrogé par l'AFP à l’occasion d’un précedent article.

Enfin, cet article a fait l’objet de vive critiques de la part de la communauté scientifique pour ses imprécisions, a tel point qu’il a depuis été retirée de la plateforme, d’où la mention "Withdrawn" en filigrane sur le document.

(capture d'écran de l'article réalisée le 21 août 2020)

Selon l’Institut Pasteur, "les homologies qui peuvent exister entre le génome du VIH et celui du SARS-CoV-2 n’ont aucune signification"

3) Dans le vaccin contre le Covid-19, il y a "des séquences d'ADN du germe de la malaria". Infondé

Encore une fois, la source utilisée par le présentateur, ce brevet déposé en 2013 par l’Institut Pasteur, ne concerne pas un vaccin mais étudie le génome d’une souche du Sars-Cov - qui n’est pas le même virus que le Sars-Cov 2. A ce sujet, voir notre article.

Il n’est pas fait état dans le document d’un lien quelconque entre le génome du Sars-Cov et le génome du parasite responsable de la malaria. 

Enfin, même s'il y avait des similarités dans les séquences génétiques, cela ne prouverait rien.

"Les séquences génétiques sont constituées par une suite de lettres. Si on examine une très courte série de lettres prises au hasard dans une séquence, elles peuvent ressembler à un petit fragment d’une autre séquence sans qu’il y ait un lien direct. De manière imagée, si on choisit un mot dans un livre et que ce mot est aussi trouvé dans un autre livre, cela ne veut pas dire que le premier livre a copié le second", a expliqué Etienne Simon-Lorière, responsable du groupe Génomique évolutive des virus à ARN à l’Institut Pasteur.

4) Le vaccin ChAdOx1 nCoV-19 "qu'ils souhaitent injecter dans votre corps" contient "les nanoparticules décrites dans le brevet Microsoft". Faux

Le vaccin ChAdOx1 nCoV-19, mis au point par l'Université d'Oxford et le laboratoire britannique AstraZeneca, fait partie des vaccins ayant atteint la phase 3, selon l’OMS, c’est à dire la dernière phase de test avant homologation. 

Le vaccin que développent les chercheurs d'Oxford est basé sur un adénovirus : on utilise comme support un autre virus qu'on transforme et adapte pour combattre le Covid-19.

L'adénovirus permet de "générer une forte réponse immunitaire avec une seule dose et il ne s'agit pas d'un virus qui se réplique", si bien qu'il "ne peut pas causer d'infection continue chez l'individu vacciné", selon l'université, citée dans une dépêche AFP.

Le site de l’Université d’Oxford tient une page à jour avec l’avancée de ses recherches sur ce vaccin.

Comme expliqué au début de cet article le brevet Microsoft PCT/US2019/03808 ne parle pas de la 5G ou des nanoparticules, mais d’un système de production de cryptomonnaie. Il n’y a aucun lien fondé entre le ChAdOx1 nCoV-19 et la 5G ou les nanoparticules, contrairement à ce qu'affirme le présentateur.

5) Le vaccin injecté "dans votre corps contient des antibiotiques et des désinfectants conservateurs" Exagéré

Comme nous l’avons expliqué dans ce précédent article de vérification, ces différentes substances sont parfois présentes au cours de la fabrication de certains vaccins.

Elles ne présentent en revanche aucune toxicité pour l’homme aux dosages utilisés et sont éliminées rapidement par l’organisme. 

Aux doses utilisées, la formaldéhyde n’est pas dangereuse, elle est justement utilisée pour neutraliser "la toxicité" d'une substance présente dans un vaccin au moment de sa fabrication, expliquait à l'AFP le 30 avril le professeur François Chast, président honoraire de l'Académie de Pharmacie.

Même chose pour les antibiotiques : ils sont employés au moment de la production du vaccin "pour éviter la contamination par des bactéries. Au moment de l'injection, il en reste mais ce ne sont que des traces", expliquait le 4 mai le professeur Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la Haute autorité de la santé.

Nous l’expliquions ici : le thiomersal - un dérivé d’éthylmercure - est encore utilisé aujourd’hui dans des vaccins multidoses pour ses propriétés antibactériennes et de conservation, dans des pays où la culture des campagnes de vaccination de masse ou le manque de moyen écartent l’utilisation de vaccins unidoses.

Pour l’OMS, qui se base sur plus "de 10 ans de données scientifiques" : "il n'existe pas d'élément laissant à penser que la quantité de thiomersal employée dans les vaccins présente un risque pour la santé".

Tous ces produits sont des excipients. Ils servent à assurer la conservation des médicaments ou des vaccins et à faciliter leur administration.

Ces excipients sont éliminés très rapidement par l'organisme après l'injection, selon le professeur Bouvet. Ils ne peuvent donc pas se cumuler dans l'organisme.

6) Le Covid-19 est "un coronavirus artificiel fabriqué en France par l'Institut Pasteur à partir du coronavirus naturel SARS-CoV". Faux

Pour appuyer ses propos, le présentateur redirige vers un brevet déposé en 2003 par l’Institut Pasteur portant sur une souche du SRAS ("SARS-CoV" de son nom scientifique complet), un autre coronavirus qui toucha 8.000 personnes dans 30 pays en 2002-2003 et fit plus de 700 morts, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Il s’agit d’une théorie déjà avancée dans d’autres vidéos complotistes au début de l’épidémie que nous avions démontée dans cet article.

Les théories sur la fabrication du virus par l'homme sont nombreuses. Nous avons déjà vérifié des publications très virales et fausses, qui affirmaient qu'il avait été fabriqué dans des laboratoires.

Pour tenter de mettre fin à ces théories, 27 chercheurs ont publié en février une tribune dans la revue scientifique The Lancet, démontrant l'origine naturelle du virus.

"Des scientifiques de plusieurs pays ont publié et analysé les génomes de l'agent causal, le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2 (SARS-CoV-2), et ils concluent massivement que ce coronavirus est originaire de la faune sauvage", est-il écrit dans cette tribune qui renvoie vers neuf études publiées.

"La plupart des virus émergents viennent d'un réservoir animal", a expliqué de son côté à l'AFP le chercheur en virologie Etienne Simon-Lorière, de l'Institut Pasteur. Et "l’examen de chaque élément du génome (du nouveau coronavirus) suggère clairement qu'il a évolué naturellement", a-t-il insisté.

"Si un scientifique, aussi génial soit-il, cherchait à 'créer' un virus, ce serait infiniment trop complexe car il s'agirait de créer quelquechose d'entièrement nouveau", a ajouté le virologue.

Edit du 22/08/2020 : actualise le nombre de vues et corrige la date de diffusion
 
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