Un homme qui porte le masque se promène près du Carnavalovirus, une sculpture exposée sur la place Massena à Nice, le 16 février 2021 avant d'être brûlée. (AFP / Valery Hache)

Non, il n'existe pas de lien établi entre le port du masque et le cancer du poumon

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Un visuel, relayé plus de 500 fois sur Facebook depuis le 23 février, laisse entendre que le port du masque de manière prolongée pourrait, à long terme, causer un cancer du poumon en raison de substances toxiques qu'il contiendrait. Mais ces allégations sont infondées si l'on achète un masque aux normes, car la réglementation européenne sur les dispositifs médicaux "interdit toutes substances dangereuses", rappelle l'Afnor. De plus, aucune étude scientifique ne corrobore cette allégation, et des professionnels de santé portent ces masques depuis des dizaines d'années sans qu'aucune hausse de cette maladie n'ait été enregistrée chez eux, pointent des spécialistes interrogés par l'AFP.

Le visuel se présente sous la forme d'une discussion entre deux femmes. "Désolé vous avez un cancer du poumon", explique la première. "Mais je n'ai jamais fumé !", rétorque son interlocutrice, qui se voit répondre qu'elle a "porté un masque plein de formaldéhyde et autres cov [composé organique volatil], 9 heures pas jour, pendant 1 an".

Capture d'écran prise sur Facebook le 01/03/2021

Cette image, relayée des centaines de fois sur Facebook, Twitter ou encore Telegram a suscité l'indignation de plusieurs internautes. "Le port du masque à long terme exerce non seulement une pression sur le cœur et les poumons, mais cultive également un environnement microbien qui est plus susceptible d'infiltrer les poumons et de créer un environnement cancéreux", croit ainsi savoir un utilisateur de Facebook. "On est au bord du suicide collectif", affirme un autre, qui  appelle à porter le masque "le moins possible".

Pourtant, il n'existe pas de risque avéré si un masque répond aux normes européennes, a expliqué à l'AFP Rim Chaouy, responsable du pôle Sécurité et santé au travail de l'Association française de normalisation (Afnor) qui garantit la conformité des masques distribués en France.

En effet, "dans le cadre de la réglementation européenne sur la directive sur les dispositifs médicaux, il est question aussi des matériaux, cela interdit toutes substances dangereuses pour les masques chirurgicaux", rappelait Rim Chaouy dans cet article du 25 février. "C'est donc prévu qu'il n'y ait pas de contenus toxiques".

Le règlement européen de 2017, qui reprend une directive de 1993, détaille ainsi plusieurs conditions à respecter pour commercialiser des dispositifs médicaux au sein de l'UE. 

Ainsi, même si un masque contenait du formaldéhyde, agent pouvant se révéler cancérogène et cité dans la publication, il ne pourrait pas être présent en quantité susceptible de provoquer un risque pour la santé, comme l'a déjà expliqué l'AFP dans cet article.

Pour s'assurer qu'un masque chirurgical est "normalisé", c'est-à-dire qu'il respecte la législation européenne, il faut que l'emballage comporte "le marquage CE, la référence datée de la norme EN 14683" et "le type du masque (type 1, 2, 2R)", précise l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) sur son site.

Choisir un masque chirurgical aux normes permet d'éviter d'acheter un dispositif médical dont on ignorerait l'origine et qui pourrait se révéler dangereux, abonde Bernard Bégaud, pharmacologue ancien président de la commission sur les essais cliniques de l'Agence nationale du médicament (ANSM).

"Si vous achetez des masques officiels en pharmacie, ou qu'ils sont livrés dans les hôpitaux, vous êtes certains que c'est passé par le canal régulier d'information et qu'il y a eu le label d'importation après vérification de leur conformité. Mais si vous achetez un masque sur internet, sans savoir précisément d’où il vient ni de qui, vous vous exposez éventuellement à un risque", met ainsi en garde l'expert.

"Pas de preuve scientifique"

L'image utilisée dans les publications relayées sur les réseaux sociaux est la photo d'illustration de la page du programme de lutte contre le cancer génito-urinaire des Centres pour le traitement du cancer américains.

Capture d'écran prise sur le site des Centres du traitement du cancer des Etats-Unis, le 27/02/2021

Contacté, l'établissement dit ne pas être au courant de cette réutilisation de sa photo et réfute l'allégation avancée par le visuel. "Il n'y a certainement pas de preuve scientifique valable pour, ne serait-ce que suggérer, que le port d'un masque augmente le risque de cancer du poumon", affirme Maurie Markman président du centre de médecine et de science des Centres de traitement des cancers américains, interrogé par l'AFP le 26 février. 

Le professeur Fabrice Barlesi, directeur médical et de la recherche du centre de lutte français contre le cancer Gustave Roussy abonde, et regrette auprès de l'AFP que l'auteur de la publication ait "renversé la charge de la preuve". Ce procédé, selon lui "courant" sur les réseaux sociaux, consiste à avancer une théorie, et à attendre qu'une personne qui n'est pas d'accord puisse apporter des éléments pour réfuter cette thèse, alors que c'est normalement à l'auteur d'une thèse et non à son contradicteur de prouver ses dires.

"Avant de promouvoir des informations, il faut étayer ses hypothèses par des données scientifiques et il faut regarder dans notre environnement, les exemples dont on peut s'inspirer", explique Fabrice Barlesi. "Or, aujourd'hui, aucune donnée ne permet d'étayer cette théorie".

En effet, les experts interrogés par l'AFP soulignent tous que, si l'usage des masques chirurgicaux au sein du grand public a été généralisé pendant la pandémie, ces dispositifs médicaux sont utilisés depuis très longtemps dans le domaine médical et paramédical. "Il faut souligner qu'au cours de leur carrière, les chirurgiens et les infirmières portent ces masques en toute sécurité dans la salle d'opération de nombreuses heures par jour pendant de nombreuses années", explique ainsi  le professeur Maurie Markman. 

Un dentiste, qui porte un masque chirurgical, examine un patient dans une province chinoise, le 25 novembre 2006. (AFP / Afp)

"Si jamais il y avait effectivement une toxicité potentielle de ces masques, on aurait des hécatombes de cancer du poumon parmi tous ces gens, or on voit bien qu'il y a aucun signal de ces pathologies chez ces professionnels", pointe le directeur de l'Institut Gustave Roussy Fabrice Barlesi. 

Unanimes, les spécialistes appellent à continuer à porter le masque, qui est considéré par l'OMS et les autorités sanitaires comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus du Covid-19, en plus de la distance physique et du lavage de mains. Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement.

"Entre un risque fantaisiste et disons au mieux hypothétique, et le risque d'attraper le Covid, pour lequel on a des certitudes absolument fondées sur des milliers d'études épidémiologiques, toxicologiques et immunologiques indubitables, il n'y a pas photo : il faut absolument porter le masque", conseille l'épidémiologiste Marcel Goldberg, professeur émérite de santé publique à l’Université Paris Descartes qui a notamment travaillé sur les cancers d'origine professionnelle.

Audrey Rabeau, pneumologue spécialisée en oncologie thoracique au CHU de Toulouse interrogée par l'AFP le 26 février recommande de se tourner vers les masques chirurgicaux, "meilleurs pour filtrer les particules et éviter les variants du Covid qui sont plus contagieux, notamment le variant anglais".

L'AFP a réfuté de nombreuses allégations sur le port du masque depuis le début de la pandémie comme ici ou ici.

Juliette Mansour
Covid-19 CORONAVIRUS