Non, l'utilisation du masque de protection n'entraîne pas un manque d'oxygène

"L'utilisation prolongée du masque produit de l'hypoxie", un manque d'oxygène nécessaire au fonctionnement de l'organisme, affirment de nombreuses publications en plusieurs langues, partagées des dizaines de milliers de fois en quelques jours. C'est faux. S'ils sont utilisés correctement, ils ne bloquent pas le passage de l'oxygène dans l'organisme, expliquent des experts.

"Respiré encore et encore, l'air devient du dioxyde de carbone, c'est pourquoi nous sentons (des) étourdissements (...) C'est contre-productif pour les personnes qui s'occupent 8 heures du public car ils s'intoxiquent sans le savoir", affirme le texte diffusé en français sur Facebook et Twitter.

(capture d'écran réalisée sur Facebook le 6 mai 2020)

On retrouve une affirmation identique sur les réseaux sociaux en anglais (1,2), en espagnol (1, 2, 3, 4) et en portugais (1, 2).

"Ce qui est recommandé est de l'utiliser seulement si vous avez quelqu'un en face ou très proche, et il est important de se souvenir de le lever toutes les 10 minutes pour continuer à vous sentir en bonne santé", affirme ce message viral.

Qu'est-ce que l'hypoxie ?

"Le terme hypoxie désigne une situation où la disponibilité en oxygène est réduite", peut-on lire sur le site du laboratoire hypoxie-physiopathologie de l'université Grenoble-Alpes (UGA)

"L'organisme dans son ensemble ou une partie du corps seulement (hypoxie tissulaire) peuvent être privés de l'approvisionnement nécessaire en oxygène (...) L’hypoxie survient lorsque l'apport en oxygène est trop faible par rapport à la demande au niveau cellulaire", est-il également expliqué.

Cet état peut causer de nombreux effets déléteres pour l'organisme (évanouissement, désorientation, problèmes de coordination, troubles cardiaques, etc.).

Contacté par l'AFP, le docteur Emilio Herrera, professeur de physiopathologie et expert en hypoxie à l'université du Chili à Santiago, a exclu que les masques de protection puissent entraîner un manque d'oxygène, susceptible de déclencher une hypoxie.

"Ils ne peuvent pas générer une hypoxie. Pour cela, il faudrait que le masque soit hermétiquement collé à notre peau. Ce que limite les masques de protection, c'est l'entrée de molécules plus grandes", qui pourraient contenir des traces de virus, a-t-il expliqué.

Le médecin a ajouté que les masques de protection utilisés contre le nouveau coronavirus permettent l'échange d'air et que le dioxyde de carbone ne s'accumule pas dans l'espace entre le masque facial et le visage.

Un avis partagé par le docteur Shelley Paine, directrice du centre de recherches sur les maladies infectieuses LaMontagne au Texas (Etats-Unis). "Un masque porté correctement ne causera pas d'hypoxie", a-t-elle assuré dans un email à l'AFP. 

"Si une personne utilisant un masque souffre d'hypoxie, alors c'est qu'il est mis de manière trop restrictive ou que cette personne a des antécédents médicaux la rendant plus vulnérable", a expliqué le Dr. John Criscione, professeur d'ingénierie biomédicale à l'université du Texas dans un mail à l'AFP.

Interrogé par le journal 20 Minutes, Jean-Philippe Santoni, pneumologue et bénévole à la Fondation du Souffle, a assuré qu'à ce stade "aucune étude scientifique valable, c’est-à-dire validée par les pairs, n’a parlé d’hypoxie liée au port du masque".

"Un masque chirurgical ou en tissu laisse passer l’oxygène. Les équipes soignantes, qui portent des FFP2 durant plusieurs heures, s’en seraient rendu compte, s’il y avait un souci à ce niveau-là", a-t-il ajouté auprès du quotidien.

Contacté par l'AFP, Claudio Méndez, professeur de santé publique à l'université australe du Chili, a également exclu que l'utilisation d'un masque puisse générer une hypoxie, tant que le matériau permet à l'air de passer. 

"Jusqu'à présent, les masques N95 (équivalents des FFP2, ndlr) - ou les masques en tissus - ont été testés pour ne pas altérer les fonctions physiologiques des personnes", a ajouté M. Méndez.

Les masques FFP2 utilisés par les professionnels de santé "ne sont généralement pas portés plus de sept heures", selon lui. "C'est encore moins pour les masques chirurgicaux. Aucun de ces deux cas n'est susceptible de générer une hypoxie", affirme le Pr Mendez.

Les types de masques de protection les plus utilisés face à l'épidémie du nouveau coronavirus

Le Dr Méndez a expliqué que le personnel de santé ne devrait pas utiliser des masques pendant plus de sept heures, mais pour une raison qui n'est pas liée à l'hypoxie : "La durée de vie d'un masque ne dure pas plus de sept heures car il est déjà exposé depuis longtemps au virus et perd son efficacité".

L'enlever toutes les 10 minutes ?

La publication diffusée sur les réseaux sociaux recommande aussi d'ôter son masque toutes les dix minutes pour "continuer à sentir en bonne santé".

Dans le contexte de la pandémie due au nouveau coronavirus, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande, au contraire, de ne pas y toucher : "Si vous le faites, lavez-vous les mains avec un désinfectant à base d'alcool ou du savon et de l'eau".

Claudio Méndez encourage aussi ce comportement : "Plus vous enlevez votre masque, plus il y a de risque de contamination".

Depuis des dizaines d'années, "il y a de très longues interventions chirurgicales et le médecin n'a pas besoin de retirer le masque", relève de son côté le Dr Emilio Herrera, de l'Université du Chili.

L'OMS ne mentionne pas l'hypoxie comme effet possible du port de masque, les autorités sanitaires américaines (CDC) non plus.

Il est faux d'affirmer que l'utilisation du masque de protection contre le coronavirus peut causer une hypoxie. Son utilisation prolongée doit être évitée dans les établissements de santé car ils perdent leur efficacité face au virus, non pas par manque d'oxygène, ont expliqué les experts.

Traduit de l'espagnol par François D'Astier


EDIT 14/05 à 16h : Ajoute citations d'experts américains et français
Valentina De Marval