Non, Emmanuel Macron n'a pas annoncé sur Twitter la vaccination obligatoire contre le Covid-19 à l'école "dès septembre"

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des publications partagées plus d'un millier de fois sur les réseaux sociaux depuis le 29 mai attribuent à Emmanuel Macron un tweet annonçant la vaccination obligatoire contre le Covid-19 de "tous les enfants scolarisés" en septembre. Ce tweet est un faux, a indiqué à l'AFP l'Elysée. De nombreux indices laissent à penser qu'il n'a de plus pas "été supprimé" après une levée de boucliers comme l'affirment certains internautes, mais qu'il n'a tout simplement jamais existé.

"Nous réfléchissons en coordination avec l'UE à étendre l'obligation vaccinale pour la covid dès la rentrée de Septembre (sic), tous les enfants scolarisés seront vaccinés", peut-on lire dans une capture d'écran abondamment relayée sur Facebook et Twitter (1,2) depuis le 29 mai.

Captures d'écran réalisée sur Twitter et Facebook le 1er juin 2021

Dans les commentaires, un internaute déplore "une mesure liberticide" annoncée par le président de la République. Un autre fustige "l'obsession" du gouvernement pour "les vaccins expérimentaux sur les jeunes".

Si l'on en croit la capture d'écran, il s'agit d'une annonce effectuée par le compte officiel d'Emmanuel Macron, le 27 mai 2021 à 10h35 du matin.

Selon nos recherches, cette capture d'écran a commencé à circuler sur les réseaux sociaux le 29 mai. La veille, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a approuvé l'utilisation du vaccin anti-Covid Pfizer/BioNTech pour les 12-15 ans, premier vaccin à être autorisé pour les adolescents au sein des 27 pays de l'Union européenne. 

Un tweet introuvable

Contacté le 1er juin, l'Elysée a indiqué à l'AFP ne jamais avoir publié un tel tweet.

Il n'apparaît pas sur le compte Twitter officiel du président de la République. Selon la publication Facebook de Denis Agret, médecin aux 10.000 abonnés -dont certains propos sur la pandémie ont déjà été vérifiés par l'AFP-, cette annonce aurait été "supprimée" car il y aurait eu "trop de réactions" d'internautes.

Mais de nombreuses éléments laissent à penser que le tweet n'a tout simplement jamais existé.

A ce sujet lire notre article Attention aux faussaires de Twitter

Il n'est pas présent sur une version archivée du compte Twitter de M. Macron, sauvegardée le 27 mai à 21h sur le site Wayback Machine, neuf heures après le supposé tweet.

Une faute d'orthographe s'est également glissée dans le tweet (S majuscule à septembre), une erreur peu crédible sur le compte Twitter d'un chef d'Etat.

De plus, le 27 mai, Emmanuel Macron était en déplacement au Rwanda pour évoquer le génocide des Tutsis. Toute la journée, il a diffusé des tweets à ce sujet (1,2,3) mais n'a pas évoqué la pandémie de Covid-19.

Enfin, à ce stade, la vaccination contre le Covid-19 n'est pas obligatoire en France ni pour les adultes, ni pour les enfants. Et elle "ne le sera pas", selon cette annonce du Président, qui elle se trouve bien sur le compte Twitter officiel :

Vaccination des enfants et des adolescents : où en est-on ? 

Avec la décision de l'EMA, le vaccin Pfizer est désormais autorisée à l'utilisation pour les adolescents dans les pays de l'Union Européenne, mais il revient à chaque pays de décider s'il intègre les mineurs dans son calendrier vaccinal.

En France, cela semble imminent. Alain Fischer, le "monsieur vaccins" du gouvernement a dit sur LCI lundi 31 mai que pour la tranche 16-18 ans, il s'agissait d'une "affaire de jours".

La Haute autorité de santé (HAS) a préconisé jeudi 3 juin une ouverture par étapes de la vaccination des adolescents contre le Covid-19, au lendemain de l'annonce d'Emmanuel Macron indiquant qu'ils seraient tous éligibles dès la mi-juin.

La question de l'efficacité sur les mineurs des vaccins, jusqu'ici testés chez les adultes, fait peu de doute: "en général, les enfants ont une bien meilleure réponse immunitaire que les adultes", avait déjà expliqué  Odile Launay, infectiologue et membre du comité sur les vaccins Covid en France, dans cette dépêche.

Les demandes déposées par Pfizer/BioNTech se basent sur les résultats d'une étude clinique de phase 3 sur les 12-15 ans, annoncés fin mars, montrant selon les laboratoires "une efficacité de 100%" du vaccin pour prévenir la maladie.

Le vaccin a également été "bien toléré et les effets secondaires étaient généralement cohérents avec ceux observés" chez les 16-25 ans, assurent-ils.

Les autres études sur des mineurs sont en cours, et il n'y a pas encore de données disponibles sur l'utilisation de vaccins contre le Covid en-dessous de 12 ans.

Les enfants et les adolescents sont moins exposés aux formes graves de la maladie. Mais "certains enfants peuvent faire des formes graves", comme ceux atteints de leucémie ou qui ont des déficits immunitaires, avait observé Odile Launay. 

Mais l'enjeu de la vaccination des plus jeunes est avant tout la protection du reste de la population.

On dispose maintenant de données montrant que "la vaccination par le vaccin Pfizer réduit très probablement la transmission", et "on peut faire l'hypothèse qu'il en est de même pour tous les vaccins à ARN" comme celui de Moderna, avait indiqué Alain Fischer.

Edit du 3/06/21 : Ajoute avis de la HAS sur la vaccination des adolescents au 14e paragraphe
François D'Astier
Covid-19