Attention à ces affirmations sur la présence de glyphosate dans les vaccins infantiles
- Publié le 22 janvier 2026 à 18:10
- Lecture : 8 min
- Par : Jean-David TEISSIER, AFP France
Les vaccins font régulièrement l'objet d'informations fausses ou trompeuses, qui nourrissent la défiance face aux politiques vaccinales. Des publications largement relayées sur les réseaux sociaux début janvier affirment que du glyphosate, substance active de plusieurs herbicides classée comme "cancérogène probable" par un centre de recherche de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a été détecté dans des vaccins destinés aux enfants, citant des analyses réalisées en 2016. Mais le rapport invoqué présente des lacunes méthodologiques et n'est pas corroboré par la littérature scientifique.
"Cinq vaccins infantiles contiennent du glyphosate", affirme sur X Silvano Trotta, figure vaccinosceptique et complotiste francophone, le 4 janvier 2026. "Les niveaux dans le vaccin ROR [Rougeole, oreillons, rubéole] étaient 25 supérieurs à ceux des autres vaccins" analysés, ajoute l’entrepreneur strasbourgeois, reprenant des affirmations relayées depuis près de dix ans.
Le glyphosate est la substance active de plusieurs herbicides, permettant d'éliminer la plupart des plantes, sans distinction d'espèces. D'abord commercialisé exclusivement par Monsanto sous la marque Roundup jusqu’aux années 2000, l’herbicide à base de glyphosate (HGB) est aujourd’hui le plus utilisé dans le monde.
Dans les commentaires des publications évoquant une présence dans des vaccins, des internautes s'inquiètent des conséquences pour la santé humaine. "Quelle horreur… Depuis combien de temps ces *** nous injectent-ils la mort ?", questionne l'un d'entre eux. "Ce sont des assassins !!!", lance un autre.
A l’origine de ce regain d’intérêt, une publication de l’ancien député britannique du parti conservateur Andrew Bridgen publiée le 4 janvier 2026 et partagée des milliers de fois. Devenu un farouche opposant à la vaccination, il avait affirmé trois ans plus tôt que les vaccins anti-Covid constituaient "le plus grand crime contre l’humanité depuis l’Holocauste", avant d’être écarté du Parlement (lien archivé ici).
Les affirmations concernant la présence de glyphosate dans des vaccins s'appuient sur des analyses réalisées en 2016, mais leur méthodologie est très critiquée et leurs conclusions sont réfutées par les scientifiques et les autorités sanitaires.
Un rapport issu de la mouvance anti-vaccin
Les publications s’appuient sur un entretien en ligne diffusé le 11 mai 2025 par Children’s Health Defense, une fondation déjà mise en cause à plusieurs reprises pour la diffusion d’informations erronées sur la vaccination (1,2,3) et cofondée par Robert F. Kennedy Jr., le ministre américain de la Santé. L’invitée, Zen Honeycutt, est la directrice de Moms Across America (MAA), un groupe de pression connu pour diffuser régulièrement de fausses informations sur la vaccination.
Lors de l’émission, elle présente son rapport de septembre 2016 basé sur des analyses du laboratoire Microbe Inotech au Missouri avec la méthode de détection appelée ELISA. Sur les cinq vaccins testés, quatre présenteraient, selon les résultats de ces tests, des concentrations de glyphosate comprises entre 0,1 et 0,3 partie par milliard (ppb). Ce taux serait de 2,7 ppb pour le ROR, commercialisé par Merck (MSD) (lien archivé ici).
Ces analyses se fondent en grande partie sur des études réalisées par Anthony Samsel et Stephanie Seneff, respectivement dirigeant d’une société de services, Samsel Environmental and Public Health Services, et informaticienne du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ces deux personnalités anti-vaccins conduisent depuis 2012 une série d’articles à charge, intitulé "Glyphosate, mécanismes vers les maladies modernes".
En 2017, le sixième papier, paru dans une revue qui ne fait pas partie de la liste des revues recommandables du Conseil national des Universités, affirme avoir "confirmé la présence de contamination par le glyphosate dans le vaccin ROR et dans de nombreux autres vaccins [19 au total, NDLR]" (liens archivés ici et ici). Les analyses, réalisées par la société d'Anthony Samsel, reposent, elles aussi, sur le test ELISA.
Le vaccin ROR est par ailleurs régulièrement faussement accusé de causer l'autisme depuis la publication d'une étude erronée publiée en 1998, qui a ensuite été retirée, comme détaillé dans cet article de l'AFP. Mais ni le démenti officiel de la revue, ni les multiples travaux postérieurs démontrant l'absence de lien, n'ont fait cesser la désinformation autour de ce vaccin.
Un rapport aux fondements scientifiques douteux
Utilisé par Samsel et la MAA pour détecter la présence du glyphosate dans les vaccins infantiles, le test ELISA est une technique largement utilisée en pratique clinique pour détecter et quantifier des anticorps. Peu coûteux et fiable pour mesurer des concentrations élevées, il est couramment employé dans ce contexte (lien archivé ici).
En revanche, pour la détection de faibles concentrations de résidus chimiques complexes, comme le glyphosate, la littérature scientifique souligne que cette méthode présente des limites, notamment en termes de spécificité, avec un risque accru de réactions croisées et de faux positifs (liens archivés ici et ici).
"Elle reste une méthode grossière pas adaptée pour la détection de résidus", commente Michel Cogné, immunologiste et professeur à l’Université de Rennes (lien archivé ici). Pour le scientifique, "l’analyse est douteuse" et doit faire l'objet d'une vérification par une méthode plus précise et adaptée comme "la chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS)".
L’association de Zen Honeycutt reconnaît d’ailleurs que "la méthode ELISA est considérée par la communauté scientifique comme une méthode de dépistage uniquement, moins précise que la spectrométrie de masse HPLC [Chromatographie en phase liquide à haute performance, Ndlr]".
Cette dernière et son corollaire en phase gazeuse (LG-MS/MS) constituent des méthodes de référence pour les mesures très précises (lien archivé ici). Elles ont été proposées en 2017 par une équipe chinoise pour la détection du glyphosate dans les vaccins, mais elles n’ont jusqu’à présent fait l’objet que d’une très faible couverture dans la littérature scientifique.
À ce jour, une seule étude s’est spécifiquement intéressée à la détection fine de résidus de glyphosate dans les vaccins. Publiée en 2025 dans la revue Biologicals, elle a été menée par une équipe de l’université de Pune, en Inde. Les auteurs concluent que "les vaccins étudiés ne contiennent pas de résidus" de glyphosate (lien archivé ici).
Monsanto dénonçait de son côté dès 2016 "une étude erronée". "Les résultats d'Anthony Samsel ne constituent en aucun cas une preuve fiable de la présence de glyphosate dans les vaccins", se défend l’entreprise américaine.
Des accusations de contamination déjà réfutées
Les autorités sanitaires, ainsi que les scientifiques interrogés par l’AFP, écartent l’hypothèse d’une contamination des vaccins infantiles par le glyphosate.
Selon la présidente de MAA, la présence de glyphosate viendrait de l'utilisation de gélatine dans le stabilisation des vaccins, qui "provient de porc nourris aux grains OGM aspergés de glyphosate".
Cependant, même si la notice du vaccin ROR de Merck (M-M-RVAXPRO) mentionne bien la gélatine hydrolysée - un procédé de découpe par l’eau - comme excipient, la gélatine hydrolysée est tellement transformée et purifiée qu’elle perd même toute trace de sa source animale originelle, d'après l'université d'Oxford (lien archivé ici). Par exemple, dans le cadre du vaccin nasal contre la grippe contenant de la gélatine, "des tests scientifiques très sensibles ont démontré qu'aucune trace d'ADN porcin n'est détectable", indique l'institution.
Jean Cimbidhi, directeur médical de MSD Vaccins, affirme ainsi à l’AFP que "le glyphosate ne fait absolument pas partie des éléments actifs ou inactifs des vaccins. Nous ne nous attendons pas à ce qu’il soit présent à l’intérieur."
"Les vaccins sont préparés avec des produits très fortement purifiés et contrôlés", confirme Michel Cogné. "Leur fabrication respecte des protocoles très stricts. Dans ces conditions, vous aurez moins de chance de trouver du glyphosate dans un vaccin quand dans l’eau de mer ou la pluie par exemple."
Ainsi, "les contrôles de qualité représentent environ 70% en moyenne du temps de fabrication des vaccins", détaille Jean Cimbidhi. Ce processus est renforcé dans le cadre des vaccins vivants atténués du fait de la présence d’agents infectieux. "Une mesure spécifique de double contrôle est obligatoire : un en interne, l’autre indépendant par les autorités compétentes [l’ANSM, Ndlr]". Contactée, l’agence française n’avait pas encore répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.
Plusieurs agences nationales étrangères ont déjà réfuté toute présence de glyphosate dans les vaccins infantiles, à l’instar de l’agence régulatrice des produits médicaux et de soins (MHRA) britannique, contactée dès 2019 par l’organisme de fact-checking Full Fact sur ce sujet (liens archivés ici et ici).
"A de si faibles doses, leur toxicité est nulle"
Concernant la toxicité du glyphosate, la dose journalière acceptable -en-dessous de laquelle le glyphosate est considéré comme ne présentant pas de risque appréciable- est fixée à 0,5mg/kg par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), correspondant à une dose de 30 mg pour une personne de 60 kg. Aux Etats-Unis, le département de la Santé fixe, lui, une limite de 1,75 mg/kg, un taux trois fois supérieur aux normes européennes (liens archivés ici et ici).
A titre de comparaison, les concentrations annoncées par la MAA sont 370.000 inférieures à la DJA européenne et "le vaccin ROR ne représente que trois doses sur toute une vie", complète Jean Cimbidhi, soulignant que la potentielle exposition serait donc ponctuelle et non quotidienne.
"A de si faibles doses, même si ces concentrations s’avéraient réelles, leur toxicité est nulle. Il faudrait en ingérer plusieurs milligrammes pour que cela représente un danger pour la santé", ajoute de son côté Michel Cogné.
En décembre 2025, le retrait d’une influente étude, publiée en 2000 et affirmant que le glyphosate ne présentait aucun risque grave pour la santé, a ravivé les craintes autour de l’herbicide du groupe agrochimique américain racheté depuis par le chimiste Bayer (lien archivé ici).
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS a classé en 2015 le glyphosate comme un "cancérogène probable". L'OMS a dit disposer de "preuves limitées" mais les experts les ont considérées comme suffisantes pour alerter sur un effet cancérogène chez l’humain.
Ces conclusions ont été confirmées en 2021 par une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’institut français a conclu à "l’existence d’un risque accru de lymphomes non hodgkiniens" avec "un niveau de présomption moyen". L'expertise a pointé également des "sur-risques" pour le myélome multiple et les leucémies, mais avec un niveau de "présomption faible", du fait de résultats "moins solides".
Une étude de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), publiée en juillet 2023, n'a de son côté "pas identifié de domaine de préoccupation critique" du glyphosate chez les humains, les animaux et l'environnement. Dans la méthodologie scientifique de l'agence, une préoccupation est définie comme "critique" lorsqu'elle affecte tous les usages proposés de la substance active évaluée, empêchant donc son autorisation. Elle relève néanmoins "un risque élevé à long terme chez les mammifères" pour la moitié des usages proposés du glyphosate et reconnaît que le manque de données empêche toute analyse définitive.
Toutes les vérifications de l’AFP sur les vaccins sont à retrouver ici.
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