Non, un membre du conseil scientifique britannique n'a pas dit que "le vaccin sert à donner de faux espoirs de sécurité aux gens"

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Un article partagé plusieurs centaines de fois depuis le 1er juin affirme qu'un microbiologiste britannique, le Pr Ravindra Gupta, a déclaré à la BBC que la vaccination anti-Covid ne sert qu'à donner "de faux espoirs de sécurité" à la population. C'est faux : le Pr Gupta a en réalité mis en garde contre un "faux sentiment de sécurité" possiblement induit par la vaccination, affirmant que celle-ci n'était pas encore en mesure de stopper la diffusion du variant Delta* qui a frappé l'Inde et suscite l'inquiétude au Royaume-Uni.

"Covid : l'incroyable aveu des scientifiques : 'le vaccin sert à donner de faux espoirs de sécurité aux gens'", titre le site internet Le Courrier du soir.

Capture d'écran du site du Courrier du soir prise le 02/06/2021

"Un éminent membre du Conseil Scientifique britannique (...) ne se fait aucun doute que la troisième vague s'est déjà abattue sur le Royaume-Uni avant d'ajouter, dans une interview accordée à la BBC, que la vaccination ne sert qu'à donner 'de faux espoirs de sécurité' aux citoyens", écrit l'auteur de l'article, qui réaffirme trois paragraphes plus bas que "les experts du conseil scientifique britannique sont une nouvelle fois passés aux aveux, en précisant que la vaccination contre le Covid-19 ne fait que donner 'de faux espoirs de sécurité' à la population".

Mais cette affirmation, répétée trois fois dans l'article, est fausse.

Ravindra Gupta, professeur de microbiologie à l'université de Cambridge et membre du Nervtag, le groupe de chercheurs qui conseille le gouvernement britannique sur les virus respiratoires, a bien donné une interview à la radio BBC 4 lundi 31 mai (réécoutable en intégralité ici à partir de 1h09m28s). 

Voici le passage de l'interview auquel Le Courrier du soir dit faire référence (à partir de 1h09m48s), et dans lequel le microbiologiste évoque un "faux sentiment de sécurité" possiblement induit par la vaccination.

Journaliste : "Nous voyons une hausse du nombre de cas à travers le pays de ce que l'on nomme le variant indien. Pensez-vous que nous assistons au début de ce qui pourrait être une troisième vague ?"

Ravindra Gupta : "(...) Ce que nous voyons sont les premiers signes d'une nouvelle vague, qui prendra certainement plus de temps à émerger que les précédentes parce que nous avons un niveau assez élevé de vaccination dans la population, mais il peut y avoir un faux sentiment de sécurité pendant quelque temps, et c'est une préoccupation".

Journaliste : "Est-ce vraiment un faux sentiment de sécurité si nous avons un haut niveau de vaccination ? Même si nous voyons les cas d'infections augmenter, existe-t-il un danger, étant donné que la plupart des personnes les plus vulnérables sont déjà vaccinées ?"

Ravindra Gupta : "Le problème est que la plupart des infections vont probablement être asymptomatiques (...), donc nous n'avons peut-être pas le vrai chiffre des infections (...). Nous avons aussi un nombre important de personnes qui n'ont pas très bien réagi au vaccin, soit en raison de leur âge, soit de leur état de santé, en particulier ceux qui prennent certains médicaments qui inhibent le système immunitaire (...). Donc même si vous êtes vaccinés, cela ne signifie pas que vous êtes complètement protégés et, comme nous l'avons vu, vous avez besoin de deux doses pour avoir un niveau de protection convenable".

Des personnes venues se faire vacciner patientent devant le musée de la Science de Londres, le 18 mai 2021 (AFP / Daniel Leal-olivas)

Le Pr Gupta n'affirme à aucun moment de l'interview que "la vaccination ne sert qu'à donner 'de faux espoirs de sécurité' aux citoyens". Contacté mercredi 2 juin, le microbiologiste a confirmé à l'AFP que l'article du Courrier du soir "est incorrect".

"Les vaccins sauvent évidemment des vies et ils sont cruciaux pour que nous puissions sortir [de la pandémie]", a-t-il souligné. "Cependant, face au nouveau variant, les vaccins vont protéger les gens de la maladie mais cela ne va pas empêcher la transmission du variant et, par conséquent, le virus sera en mesure d'infecter les personnes non vaccinées et celles vulnérables", a-t-il ajouté.

Les services de santé britanniques ont indiqué mardi 1er juin n'avoir enregistré aucun mort supplémentaire du coronavirus en 24 heures, mais le pays a dénombré le même jour 3.165 nouvelles contaminations, un chiffre en hausse par rapport aux semaines précédentes.

"Nous continuerons à évaluer et à surveiller les données quotidiennement", a dit mardi un porte-parole de Downing Street. Selon les dernières données rendues publiques vendredi par le Bureau national des statistiques, le taux de contamination reste "bas" outre-Manche.

Pays le plus durement frappé par la pandémie en Europe avec près de 128.000 morts, le Royaume-Uni a lancé en décembre une campagne de vaccination massive qui a permis d'administrer une première dose à plus de 39,4 millions de personnes (74.9% de la population adulte) et une deuxième à plus de 25,7 millions (48,9% des adultes).

Alors que la pandémie, qui a fait plus de 3,5 millions morts dans le monde depuis fin décembre 2019, fait rage, la plus forte contagiosité observée pour les nouveaux variants du virus inquiète.

*L'OMS a donné deux noms différents aux sous-lignées distinctes du variant B.1.617, qui a ravagé l'Inde et s'est étendu à des dizaines de pays : B.1.617.2 devient ainsi Delta, et B.1.617.1 devient Kappa. Parmi ces deux sous-lignées, seule la sous-lignée Delta est encore considérée comme "préoccupante", a indiqué mardi 1er juin l'OMS.
Rémi Banet
Covid-19