Ce texte sur les supposés dangers du masque et du gel hydroalcoolique contient des fausses informations

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Un texte partagé des centaines de fois depuis le 17 octobre invite à ne pas porter de masque et à ne pas utiliser de gel hydroalcoolique car ils seraient dangereux pour la santé. Cette publication contient des fausses informations, selon des experts interrogés par l'AFP.

"J’AI CHOISI DE VIVRE !!!", clame l'auteur de la publication en expliquant pourquoi il ne porte pas masque, ne met pas de gel hydroalcoolique et ne respecte pas la distanciation sociale malgré le rebond de l'épidémie de nouveau coronavirus en France.

(capture d'écran réalisée sur Facebook le 23 octobre 2020)

Selon les autorités sanitaires, le respect de ces gestes barrières est pourtant essentiel pour endiguer la propagation du Covid-19 qui a fait 34.210 décès en France au 22 octobre.

Par ailleurs, plusieurs des arguments utilisés dans la publication pour justifier de ne pas respecter ces gestes sont trompeurs ou faux.

"J'ai choisi de respirer de l'air, et non mon CO2 et mes toxines. En plus, c'est marqué sur les boîtes qu'ils sont inutiles contre virus & bactéries" Trompeur

Le masque ne provoque pas d’insuffisance en oxygène, ont expliqué de nombreux médecins à l'AFP.

"Le masque n’est pas un circuit clos, il laisse passer l’oxygène", souligne par exemple le Pr Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

L'idée, que l'on respirerait dangereusement notre propre CO2 est très populaire dans les publications opposées au port du masque. Mais, comme souligné plus haut, le masque n'est pas hermétique et laisse circuler l'air : l'oxygène inspiré et le gaz carbonique expiré.

"Un masque n'est pas un circuit fermé. Presque tout l'air expiré s'échappe du masque donc vous ne respirez pas votre propre CO2", explique ainsi Shane Shapera, directeur du programme des maladies pulmonaires de l'hôpital public de Toronto (Canada).

On retrouve aussi régulièrement l'idée voisine selon laquelle le masque ferait ré-inspirer ses propres "toxines". Or, "on n'exhale pas de toxines", rappelle Jean-Luc Gala, chef de clinique à la clinique universitaire Saint-Luc à Bruxelles et spécialiste des maladies infectieuses.

L'étiquette que l'on peut trouver sur certains paquets de masque avançant qu'ils ne protègent pas des virus ne signifie pas qu'ils sont inutiles, comme nous l'avions déjà expliqué dans cet article de vérification.

"Cela veut dire que ce ne sont pas des masques chirurgicaux, mais cela ne remet pas en cause leur utilité pour lutter contre la propagation du virus", avait estimé Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et membre du collectif Stop postillons.

Ces masques permettent bien de limiter la propagation du nouveau coronavirus, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP, mais surtout en protégeant les autres de nos propres postillons.

"J’ai choisi de comprendre que (le gel hydroalcoolique) est cancérigène" Faux

C'est faux, aucune étude sérieuse ne le prouve. Selon l'ANSM, le gendarme du médicament en France, contacté par l'AFP: "aucun risque cancérogène, reprotoxique ou neurotoxique, par voie cutanée ou inhalée, n’a été identifié suite à l’exposition à l’éthanol contenu dans les produits hydro-alcooliques".

Les travaux de l'Anses, qui évalue notamment les risques sanitaires au travail, menés sur l'utilisation en milieu professionnel de l'éthanol n'ont pas mis en évidence de "risque chronique pour la santé (...) par inhalation ou par contact cutané".

L'éthanol est classé cancérigène par le Centre de recherche contre le cancer, uniquement lorsque celui est associé à la boisson alcoolisée. 

Selon les différents spécialistes interrogés par l'AFP, les gels antibactériens, composés principalement d'eau et d'éthanol demeurent une "alternative nécessaire" au lavage des mains au savon lorsqu'on se trouve trop loin d'un point d'eau.

Ils peuvent, au pire, provoquer des "irritations cutanées" ou des "réactions allergiques", notamment lorsqu'ils contiennent des composés, tels que des parfums, rajoutés pour des "raisons cosmétiques".

"D’autre part, mon corps n’aime ni le mercure, ni l’aluminium ni toutes les autres substances nocives présentes dans les vaccins". Faux

Les autorités sanitaires françaises ont fixé à 0,85 milligrammes la quantité maximale d'aluminium dans un vaccin. Une dose très faible qui "n'est rien par rapport aux doses que vous mangez tous les jours" selon le Dr Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie.

En effet, en reprenant les estimations disponibles sur le site de l'Anses, le gendarme français de l'alimentation, on estime à 4,2 mg, la quantité d'aluminium ingérée chaque semaine par un enfant de 10 kilos. C'est 5 fois plus que la quantité d'aluminium injectée par une vaccination obligatoire durant l'enfance.

L'AFP avait également vérifié une fausse information sur la quantité de mercure présent dans les vaccins contre la grippe.

La prétendue dangerosité des vaccins est un classique de la rhétorique anti-vaccin, qui revient en force actuellement avec le Covid-19, contre lequel des chercheurs du monde entier cherchent un vaccin.

"Nous savons que les vaccins ont sauvé des millions de gens et non tué des millions de gens", rappelle à l'AFP le pédiatre Jason Newland, spécialiste des maladies infectieuses à la faculté de médecine de la Washington University à Saint-Louis, aux Etats-Unis.

Les vaccins ont très clairement montré leur efficacité, souligne pour sa part le Dr Julian Leibowitz, du Texas A&M College of Medicine, aux Etats-Unis, citant auprès de l'AFP par exemple le "succès" du vaccin contre la rougeole ou rappelant que "le vaccin contre la polio a quasiment éradiqué la poliomyélite".

L'efficacité de la vaccination chez les jeunes enfants est aussi expliquée ici par l'AFP.

Jeudi 22 octobre, le Premier ministre Jean Castex a annoncé l'extension du couvre-feu de 21 heures à 6 heures du matin à 38 nouveaux départements et à la Polynésie pour faire face à une circulation du virus "extrêmement élevée", avec 41.000 cas enregistrés en 24 heures, un niveau jamais vu dans le pays.

(AFP / Alain Bommenel)

"Le mois de novembre sera éprouvant" et "le nombre de morts va continuer d'augmenter", a-t-il insisté. Quelque 165 décès de malades du Covid ont officiellement été enregistrés jeudi.

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