Cette étiquette sur un paquet de masques ne prouve pas qu'il est inutile d'en porter contre le coronavirus

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"Ce produit ne protège pas des maladies virales ou infectieuses", peut-on lire sur l'étiquette d'un paquet de masques, dans des publications partagées des dizaines de milliers de fois depuis le 24 mai, qui remettent en cause l'utilité d'en porter pour lutter contre le Covid-19. Ces masques permettent bien de limiter la propagation du nouveau coronavirus, selon des experts interrogés par l'AFP, mais surtout en protégeant les autres de nos propres postillons.

Inutile que tout le monde porte un masque, répétaient au début de l'épidémie de nouveau coronavirus les autorités de nombreux pays occidentaux, dont la France.

Elles ont depuis fait volte-face. En complément des gestes barrières et de la distanciation physique, le masque est désormais largement décrit comme un des outils principaux pour freiner l'épidémie.

En France, l'obligation de port du masque dans les lieux publics clos est entrée en vigueur le 20 juillet. Certaines communes, comme Nice, ont également imposé le port du masque en extérieur.

De nombreuses publications virales sur les réseaux sociaux ont toutefois vu le jour ces dernières semaines, remettant en cause l'utilité du masque ou leur attribuant de prétendus effets néfastes sur la santé.

"Alors, à quoi servent les masques et à quoi ça vous sert de les porter à part vous soumettre à ceux qui veulent vous diriger", écrit par exemple l'auteure d'une publication sur Facebook du 24 mai, partagée près de 18.000 fois depuis.

(capture d'écran réalisée sur Facebook le 25 mai 2020)

La photo accompagnant la publication montre l'étiquette d'un emballage de "masques d'hygiène 3 plis bleu" et met en valeur la phrase suivante, imprimée sur le paquet : "Ce produit ne protège pas des contaminations virales ou infectieuses". 

Cette photo circule sur les réseaux sociaux depuis le 8 mai 2020. Elle a initialement été mise en ligne sur Facebook par la page CGT Educ'action des Yvelines (78) qui dénonçaient la mise à disposition de ces masques aux instituteurs du département, selon la publication.

Interrogé par nos confrères de 20 Minutes, le rectorat de l'académie de Versailles avait assuré, dans un article du 12 mai, avoir "remplacé les masques concernés, afin que la rentrée se passe de la manière la plus sereine possible pour nos personnels, quand bien même nous savons qu’ils ont été testés et assurent une filtration à plus de 90%".

Si cette polémique avait pris fin après les déclarations du rectorat, la photo, elle, a continué à être relayée sur les réseaux sociaux (1,2,3,4,5), souvent présentée comme une preuve que les masques dits "grand public" sont inutiles pour limiter la propagation du virus.

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 4 août 2020)

Différents types de masque

Il existe différents types de masque en France, comme le relève le gouvernement dans cette note d'information. Les masques de protection respiratoire FFP1, 2 et 3 qui "protègent le porteur du masque contre l’inhalation de particules en suspension dans l’air et a fortiori de gouttelettes de plus grosse taille qui pourraient contenir des agents infectieux". Ils sont réservés aux professionnels de santé.

Les masques de type chirurgical qui répondent à des normes spécifiques et sont destinées à "éviter lors de l’expiration de celui qui le porte, la projection de sécrétions des voies aériennes supérieures ou de salive pouvant contenir des agents infectieux transmissibles", écrit le ministère de la Santé.

Et enfin les masques dits "grand public", produits par des professionnels du textile ou "faits maisons" dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, utilisé par la population dans le cadre de leur activité professionnelle ou de leur déplacement.

C'est le cas des masques emballés dans la photo virale, comme l'atteste la mention "ce produit n'est pas un dispositif médical" sur le paquet.

"Ce ne sont pas des masques chirurgicaux, mais cela ne remet pas en cause leur utilité pour lutter contre la propagation du virus", a estimé Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et membre du collectif Stop postillons, interrogé par l'AFP le 3 août.

"L'idée de porter ce type de masque, c'est principalement de protéger les autres de nos particules expirées", a-t-il ajouté. "Les écrans anti-postillons (masques et visières) permettent de retenir les gouttelettes (du porteur, ndlr); le virus va rester à l'intérieur", explique le généraliste.

Si les masques FFP1, 2 et 3 sont testés pour empêcher l'entrée de microparticules extérieures, les autres modèles servent davantage à empêcher leur sortie.

"C'est un point important : beaucoup de gens pensent que porter un masque (grand public, ndlr) les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", a dit à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre), dans cette dépêche.

D’après les normes du ministère de la Santé, les masques vendus au grand public doivent filtrer au minimum 70% des particules de 3 microns.

"Ce ne sont pas des masques à visée médicale, mais plutôt des écrans anti-postillons pour le grand public", a expliqué à l'AFP le pneumologue Nicolas Hutt, qui exerce en Alsace, l'une des régions française les plus touchées par le virus, en préconisant leur utilisation "dans toutes les zones où les mesures de distanciation ne sont pas correctement respectées, comme les commerces".

"Le masque ne suffit pas seul"

Et c'est précisément car ce type de masques n'est pas efficace à 100% que ses fabricants ne peuvent assurer sur l'emballage qu'ils protègent "des contaminations virales ou infectieuses", selon Michaël Rochoy.

Interrogé sur cette mention par l'AFP lundi 3 août, SAS France Sécurité, l'importateur français de ces masques fabriqués en Chine selon l'étiquette, n'avait pas répondu à ce stade.

"Le masque ne suffit de toute façon pas seul. Il s'agit de l'une des principales mesures barrières avec la distanciation sociale et les précautions d'hygiène comme le lavage régulier des mains", a noté M. Rochoy.

En conséquence, aucun fabricant ne peut à ce stade garantir une protection assurée à 100% face au nouveau coronavirus et c'est pourquoi ce type d'avertissement se retrouve sur les boîtes de nombreux produits, y compris aux Etats-Unis :

(Capture d'écran réalisée sur Facebook le 18 mai 2020)

Les autorités sanitaires américaines ont elle estimé qu'un masque dit "grand public" n'a "pas pour objectif de protéger son porteur, mais de prévenir la transmission du virus d'une personne contaminée à d'autres individus"

"Les masques n'ont pas besoin d'être efficaces à 100% pour avoir un rôle significatif sur le ralentissement de l'épidémie", a jugé le virologue Benjamin Neuman, de la Texas A&M University, interrogé par l'AFP.

L'OMS comme les autorités sanitaires considèrent le port du masque comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, en plus de la distance physique et du lavage de mains. Il est d'autant plus efficace qu'il est massivement porté, car les porteurs se protègent mutuellement les uns les autres.

En outre, il existe plusieurs travaux scientifiques relevant l'efficacité des masques, comme expliqué par des chercheurs des universités de Pennsylvanie et de Cambridge, qui soulignent que "les preuves continuent à s'accumuler montrant que les masques, y compris ceux en tissu, préviennent la transmission de l'infection".

Pour garantir l'efficacité maximale du masque, il est impératif de l'ajuster parfaitement et de ne pas le porter plus de quatre heures, a expliqué à l'AFP Rim Chaouy, responsable du pôle Sécurité et santé au travail de l’Association française de normalisation (Afnor), dans un précédent article. Au fil de la journée, les masques s'humidifient et perdent en efficacité, d'où les consignes de les changer toutes les quatre heures environ.

"Le port du masque n’est pas un substitut à la distanciation sociale et l’aération", a dit à l'AFP Patrick Remington, ancien épidémiologiste pour les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) et directeur du Programme de résidence en médecine préventive à l’université de Wisconsin-Madison.

François D'Astier
CORONAVIRUS