(AFP / Fabrice Coffrini)

A ce jour, l'efficacité de l'artemisia contre le Covid-19 n'est pas prouvée scientifiquement

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Le texte d'un naturopathe belge, partagé près de 2 000 fois depuis fin avril, décrit un breuvage malgache à base d'artemisia comme un "remède simple" au Covid-19. Si des essais cliniques sont en effet en cours pour évaluer l'efficacité de cette plante sur le coronavirus, son utilisation n'est pour l'instant pas recommandée par l'OMS, en l'absence de preuves scientifiques concluantes. 

"L’ARTEMISIA ANNUA LA PLANTE INTERDITE ! ET POURTANT SI BÉNÉFIQUES…" (sic) C'est le titre de cet article de blog, publié sur le site boutiquesante.be, qui propose entre autres des compléments alimentaires et des plantes aux supposées vertus thérapeutiques. L'auteur de ce texte partagé près de 2.000 fois sur Facebook depuis le 21 avril, qui se présente comme "herboriste naturopathe", y défend les bénéfices de l'artemisia et qualifie de "remède simple" au Covid-19 une tisane malgache à base de cette plante. 

Dans les commentaires, certains internautes défendent l'artemisia comme un traitement efficace contre le Covid-19, qui pourrait même remplacer le vaccin.

Captures d'écran réalisées le 14/05/2021 sur Facebook

Des essais cliniques ont en effet été lancés pour déterminer l'efficacité de l'artemisia sur le coronavirus, mais ils sont toujours en cours et l'étude in vitro mentionnée dans ce texte n'est pas suffisante pour pouvoir recommander son utilisation contre le Covid-19 chez l'homme.

Ce naturopathe affirme que l'artemisia est une "plante interdite" en France et en Belgique. La plante, sous sa forme non transformée, est disponible à la vente sur plusieurs sites français et belges. En revanche, elle figure en Belgique dans la liste des "plantes dangereuses qui ne peuvent être utilisées en tant que ou dans les denrées alimentaires". En France, des produits à base d'artemisia vendus par deux sociétés et présentés comme des traitements contre le paludisme ont été interdits à la vente en 2015, peut-on lire sur le site de legifrance ici et ici. En mai 2020, l'ANSM mettait en garde contre la vente en ligne des produits présentés comme des solutions au Covid-19, dont l'artemisia annua. 

Un fonctionnaire du ministère de la Santé pulvérise du désinfectant dans les rues de Toamasina, Madagascar, le 4 juin 2020 (AFP / Rijasolo)

L'artemisia est un "remède simple" contre le Covid-19 éprouvé à Madagascar AUCUNE PREUVE SCIENTIFIQUE

"On en a parlé beaucoup dernièrement lorsque le président malgache Andry Rajoelina, « déclare qu’il possède un remède à base d’Artemisia annua où il affirme qu’elle protège et guérit le Covid 19»", écrit ce naturopathe, qui affirme que "le remède malgache devient le symbole d’une Afrique fière et déterminée car d’autres chefs d’états africains s’intéressent à ce remède simple". 

L'artemisia annua est une plante issue de la pharmacopée chinoise. En 2015, comme l'explique le texte, la chercheuse chinoise Tu Youyou a reçu le prix Nobel de médecine pour avoir réussi à extraire l’artémisinine, principe actif contenu dans l'armoise annuelle (artemisia annua) et désormais utilisée dans les principaux traitements contre le paludisme, en association avec d'autres molécules. 

Depuis le début de la pandémie, de nombreux messages sur les réseaux sociaux présentent cette plante comme un potentiel remède voire un traitement préventif contre le Covid-19. Dès mars 2020, le président malgache Andry Rajoelina avait introduit le "Covid-organic", ou CVO, un breuvage à base d'artemisia qu'il affirme être efficace pour prévenir et guérir le Covid. 

Mais aucune étude scientifique n'atteste à ce jour de l'efficacité de cette plante sur l'homme - sous forme pharmaceutique ou non - contre le Covid-19, comme l'a expliqué l'Inserm ici.

En mai 2020, l'OMS reconnaissait les plantes médicinales les "telles que l'artemisia annua" comme des "traitements possibles de la Covid-19", mais invitait à la prudence, soulignant que "des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables" et que "l’utilisation de produits destinés au traitement de la Covid-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger". Il ne s'agit pas là d'une mise en garde générale "afin de ne pas se soigner par les plantes", contrairement à ce qu'indique cette publication. 

Contactée le 11 mai 2021, l'OMS a indiqué à l'AFP n'avoir pas changé de position, "puisqu'il n'existe pas à ce jour de traitement contre la cause du COVID-19 dont la sécurité et l'efficacité aient été démontrées". L'organisation a indiqué accueillir favorablement "les innovations, y compris celles issues de la médecine traditionnelle, pour le développement de nouvelles thérapies dans le cadre de la recherche de traitements. Certains pays sont en train d'évaluer la sécurité et l'efficacité des médecines traditionnelles, y compris les préparations à base d'Artemisia, pour le traitement du COVID-19. Une fois finalisés, les résultats devraient éclairer les stratégies nationales de lutte contre le virus", a-t-elle expliqué. 

Actuellement, des essais cliniques sont en cours, au Mexique, aux Etats-Unis ou encore en Arabie Saoudite pour déterminer l'efficacité ou non de l'artemisia ou de ses composés sur des patients infectés par le Covid-19. 

En juillet 2020, la hausse des cas de Covid-19 dans la capitale malgache Antananarivo avait semé le doute parmi la population et les politiques malgaches quant à l'efficacité de cette plante, et des responsables au Nigeria ou au Congo-Brazzaville avaient également émis des doutes quant à ses effets bénéfiques. Cela n'a pas empêché le président malgache de présenter en octobre 2020 des gélules à base d'artemisia et de ravintsara, une plante aux vertus antivirales.

Alors que Madagascar a connu en avril 2021 un pic des décès dus au Covid-19, le gouvernement met de moins en moins en avant les vertus de sa tisane CVO et a accepté de recourir aux vaccins - de façon facultative et sans pour autant abandonner la tisane à base de plantes. 

Une bouteille de Covid-Organics, la tisane présentée par le président malagache comme un remède contre le Covid-19. Antananarivo, Madagascar, 23 avril 2020. (AFP / Rijasolo)

"Aucune résistance" des parasites à l’artemisia  PRUDENCE

Ce naturopathe défend l'Artemisia annua dans son entier, pas seulement de l'artémisinine, comme un remède contre le paludisme, assurant que la plante brute contient des constituants qui éviteront une accoutumance du parasite et une baisse de l'efficacité de ce traitement contre le paludisme. "Aucune résistance n'a été remarquée au cours des siècles de son utilisation", affirme-t-il.

Comme écrit plus haut, c'est l'artémisinine, dérivée de l'artemisia annua, qui est utilisée en combinaison d'autres molécules dans les traitements contre le paludisme. Mais son utilisation en monothérapie - c'est-à-dire seule - dans certains pays a provoqué l'apparition de résistances, les parasites étant devenus moins vulnérables aux traitements. 

L'hypothèse que l'usage de la plante Artemisia, plutôt que son dérivé d'artémisinine, entraîne moins de résistance est "plausible, mais pas prouvée", a expliqué à l'AFP Michel Frederich, professeur de pharmacognosie à l'université de Liège, interrogé le 12 mai 2021. "Il y a des données qui montrent que dans l'Artemisia d'autres composants que l'artémisinine agissent sur le paludisme. Cette multithérapie limite le risque de résistance", a-t-il ajouté, soulignant néanmoins qu'un risque existe : "Des tisanes à base d'Artemisia pourraient être consommées de façon sous-dosées, ce qui peut favoriser le contact entre le parasite et le produit et faire apparaître des résistances".

Consommer cette plante en prévention n'est pas non plus une bonne idée, a estimé Michel Frederich : "Le risque de résistances est alors potentiellement plus élevé, car les doses peuvent être prises pendant plusieurs mois". 

Dans un rapport publié en 2019, l'Organisation mondiale de la santé mettait en garde contre l'usage de formes non pharmaceutiques d'artemisia, jugeant que l'"utilisation généralisée de remèdes à base d'artemisia annua pourrait accélérer le développement et la propagation de la résistance à l’artémisinine" : "Cette résistance a plus de probabilités de se développer et se propager lorsqu’une population de parasites est exposée à des niveaux infrathérapeutiques (sous-dosés) de l’antipaludique". 

L'institut Max Planck a prouvé l'efficacité de l'Artemisia sur le Covid-19 ATTENTION

"Après des mois d'analyses, l'Institut Max Planck de Potsdam en Allemagne a annoncé mercredi 24 juin que des extraits d'Artemisia séchée se sont révélés efficaces, en laboratoire, pour lutter contre le virus Covid19", se réjouit ce naturopathe. 

Il fait référence à une étude disponible ici- mais pas encore publiée dans une revue scientifique. Les chercheurs de l'Institut Max Planck ont mené une étude in vitro - c'est-à-dire réalisée sur des cellules en laboratoire - pour évaluer l'efficacité sur le virus de plusieurs dérivés de l'artémisinine, de différents extraits d'Artemisia annua et d'Artemisia afra (qui ne contient pas d'artémisinine) ainsi que du Covid-organic, le prétendu "remède" du président malgache. 

Ses résultats, rapportés par la presse fin juin 2020, ont conclu à une activité antivirale de la plupart de ces extraits sur le virus.

Interrogé le 11 mai 2021 par l'AFP, le directeur de l'institut, Peter Seeberger, a indiqué que ces résultats étaient "intéressants" et "surprenants". Néanmoins, il a expliqué que les résultats des essais cliniques en cours doivent être attendus avant de tirer une conclusion quant à une éventuelle recommandation de ces traitements pour l'homme : "Les personnes qui croient fermement aux plantes me pressent d'affirmer qu'elles fonctionnent et celles qui pensent que les plantes n'ont aucun effet de dire le contraire. En tant que scientifique, j'aime les données. Les données sur les cellules sont très intéressantes, mais elles ne sont pas suffisantes pour recommander leur utilisation chez l'homme à l'heure actuelle", a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant que "les résultats des essais cliniques sont essentiels".

Un jeune homme arrose des plantes sur un terrain prêté par l'association la Maison de l'Artemisia près d'Adzopé, en Côte d'Ivoire, le 22 février 2019. (AFP / Sia Kambou)

L'artemisia peut guérir la maladie de Lyme INFONDE

"L'artemisia annua a un spectre d’action contre les parasites, virus et champignons elle va donc servir aussi pour la maladie de Lyme", affirme ce naturopathe. 

La maladie de Lyme est transmise par les piqûres de certaines tiques infectées. Le traitement recommandé est un antibiotique

Une étude publiée dans Frontiers in Medicine en février 2020 - voir ici comment s'y retrouver dans les études scientifiques - a étudié l'effet de plusieurs produits, dont l'Artemisia annua, sur la bactérie responsable de la maladie de Lyme.

Si l'Artemisia fait partie des produits à avoir eu une "bonne activité" contre cette bactérie, cette étude là aussi in vitro ne suffit pas à affirmer qu'elle peut guérir la maladie de Lyme, a expliqué à l'AFP Joëlle Leclerc, professeur et spécialiste des plantes médicinales de l'Université catholique de Louvain : "L'artémisinine a une certaine concentration qui lui permet d'être active sur des bactéries, mais comme plein d'autres molécules qui peuvent avoir une efficacité in vitro, ça ne veut pas dire que c'est un traitement contre la maladie de Lyme - ou le cancer", a-t-elle expliqué le 11 mai 2021, "il faut voir ce que ça donne in vivo" - c'est-à-dire sur des organismes vivants, a-t-elle ajouté.

Didier Raoult a utilisé la chloroquine en même temps que l’antibiotique azithromycine au début de la maladie avec des résultats tout à fait remarquables TROMPEUR 

Le professeur Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerranée, mène depuis le début de la pandémie des essais cliniques avec son équipe à Marseille sur un traitement à base d'hydroxychloroquine et d'azithromycine (un antibiotique), affirmant qu'il est efficace contre le Covid-19.

Plusieurs études censées démontrer l'"efficacité" de l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 ont été publiées en 2020 par Didier Raoult, mais elles ont été très critiquées en raison de leur méthodologie. En cause notamment, de trop petits groupes de patients pour les deux premières, pas de groupe témoin dans la troisième. 

Ces derniers mois, de nombreux scientifiques ont expliqué que l'hydroxychloroquine, malgré ses nombreux et fervents promoteurs, n’avait pas fait la preuve de son efficacité. L'AFP a vérifié plusieurs fausses informations autour de cette molécule, ici, ici ou encore ici par exemple. Le Pr Didier Raoult, lui, continue d’affirmer que l'hydroxychloroquine associée à l'azithromycine, est efficace contre la maladie.

Des études randomisées, (la méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement avec un groupe recevant le traitement et un groupe témoin recevant un placebo), - la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l’OMS - ont démontré que l'hydroxychloroquine n'était pas efficace contre le Covid-19.

Le 2 mars 2021, un comité d'experts internationaux de l'OMS a conclu dans une note publiée dans le British Medical Journal (BMJ) que l'hydroxychloroquine "ne doit pas être utilisée comme traitement préventif pour les personnes qui ne sont pas atteintes du Covid". Les experts se sont basés sur les résultats de six essais randomisés incluant plus de 6.000 participants et qui démontrent que le recours à l’anti-inflammatoire ne diminue pas le risque de décès ou d’admission à l’hôpital pour une infection au Covid-19, notant que la molécule "augmente probablement le risque d’effets indésirables". En conséquence, l'OMS considère que ce médicament n'est plus prioritaire pour de nouvelles recherches et que les moyens mis à sa dispositions doivent être redirigés pour évaluer d'autres médicaments, plus prometteurs pour prévenir le Covid-19.

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