Cette étude du professeur Raoult date de mars et a été évoquée par plusieurs médias

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Une publication partagée plusieurs milliers de fois sur Facebook depuis le 3 août affirme que les journaux et les pouvoirs publics ont ignoré une étude sur l’hydroxychloroquine du professeur Didier Raoult, qui aurait été publiée par l’IHU de Marseille début août. En réalité, ce post fait référence à une étude publiée en mars, dont les médias avaient parlé et à laquelle le gouvernement français avait réagi.  

"Hier au soir, aux environs de 20h00, l’IHU de Marseille a publié la nouvelle étude du Pr Raoult qui porte cette fois sur 80 patients traités. Les résultats de cette dernière sont extraordinaires", explique l’auteur de cette publication, qui s’indigne : "PAS UNE LIGNE DANS LES JOURNAUX CE MATIN !!!"

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 14 août 2020

"Un scandale d’Etat", dénonce ainsi la publication qui a été partagée plus de 9.000 fois depuis le 3 août en Belgique et en France.

Elle évoque bien une étude publiée par l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille et réalisée par le Dr Raoult, mais celle-ci date du 27 mars et non du 2 août. Lors de sa publication, les médias en avaient parlé et les pouvoirs publics français avaient évoqué ses conclusions. 

Une étude publiée le 27 mars 2020

Le 27 mars 2020, le professeur Didier Raoult a publié sur Twitter les résultats de cette étude réalisée sur 80 patients atteints du coronavirus.

Dans les conclusions de cette étude, Didier Raoult et son équipe déclarent : "Nous confirmons l'efficacité de l'hydroxychloroquine (dérivé de la chloroquine, un médicament contre le paludisme, Ndlr) associée à l'azithromycine (un antibiotique, Ndlr) dans le traitement du Covid-19". 

Les résultats de cette étude semblaient en effet prometteurs : après huit jours de traitement à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycindes, 93% des patients testés par test PCR étaient négatifs au Covid-19. Au bout de cinq jours, chez 97,5 % des patients, on ne trouvait plus de virus après mise en culture d'échantillons respiratoires. 

Ces résultats correspondent bien aux données évoquées dans la publication Facebook. 

Dans les jours qui ont suivi la publication de cette étude, plusieurs médias français (1,2,3,4…) et belges ont publié des articles, relayant toutefois les inquiétudes des autres scientifiques et de l’Agence du médicament, qui alertaient sur les risques cardiaques provoqués par l’hydroxychloroquine et sur l’échantillon trop faible (seulement 80 personnes) des patients ayant participé à l’étude clinique.

Les pouvoirs publics ont également réagi à aux résultats de cette étude. Le 1er avril, Olivier Véran répondait devant l’Assemblée nationale à une question du député Joachim Son-Forget sur l’étude publiée quelques jours auparavant par Didier Raoult. Le ministre de la Santé avait alors expliqué que "plusieurs études cliniques sont en cours sur le territoire national, et une grande étude multicentrique européenne, intitulée Discovery, teste actuellement cinq branches thérapeutiques, c'est-à-dire non seulement l'hydroxychloroquine mais également d'autres molécules antivirales comme le remdésivir." Depuis, la partie de l’étude Discovery portant sur l’hydroxychloroquine a été suspendue. 

Le 9 avril, Emmanuel Macron s’est rendu à Marseille pour rencontrer le professeur Didier Raoult.

Depuis, Didier Raoult a publié plusieurs autres études concernant l’hydroxychloroquine, dont l’AFP a parlé ici et ici par exemple.

L’efficacité de l’hydroxychloroquine n’a toujours pas été scientifiquement prouvée 

L’utilisation de l’hydroxychloroquine pour guérir les patients atteints du Covid-19 est au coeur du débat depuis le début de la pandémie. En juillet, une vidéo virale de médecins américains relayait de fausses informations sur l'hydroxychloroquine. 

Pourtant, l'efficacité de la molécule n'a pas été scientifiquement prouvée et plusieurs essais randomisés (avec des patients choisis au hasard) et contrôlés (certains patients ont reçu le traitement, d'autres un placebo) ont même conclu à son inefficacité.

En France, l’autorisation de la prescription de l’hydroxychloroquine à l’hôpital, à des patients gravement atteints du Covid-19, a été abrogée le 27 mai.

En Belgique, l'institut scientifique de santé publique Sciensano déconseille depuis fin mai l’utilisation de l'hydroxychloroquine pour soigner les personnes hospitalisées pour le Covid-19, sauf dans le cas d’essais cliniques. 

 
Marie Genries
CORONAVIRUS