Attention à ces captures d'écran d'une TV qui vanterait l'hydroxychloroquine comme "médicament miracle"

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Une publication relayée des centaines de fois sur Facebook depuis le 10 février montre deux captures d'écran d'un plateau de télévision d'i24news évoquant un "nouveau médicament miracle" avec, en fond, une illustration de boîte d'hydroxychloroquine. Mais les traitements évoqués par la journaliste dans ce sujet sont l'Allocetra et l'EXO-CD24, deux médicaments israéliens encore en phases d'essais cliniques. Lors de son intervention, la journaliste ne parle jamais d'hydroxychloroquine et regrette aujourd'hui auprès de l'AFP que "ces images d'illustration", sans rapport avec les traitements évoqués à l'antenne, aient pu créer une "confusion". 

Cette publication, partagée 760 fois depuis le 10 février, montre deux captures d'écran de la chaîne de télévision d'information en continu israélienne i24news en français. En plateau, une journaliste est en train de parler, tandis que s'affichent à côté d'elle deux photos d'une boîte d'hydroxychloroquine, un antipaludéen dont le professeur Didier Raoult a longtemps vanté l'efficacité contre le Covid-19. Le bandeau en bas de l'écran indique : "Covid-19: Un nouveau médicament miracle?". 

Le texte qui accompagne la publication relayée sur Facebook explique qu'"un médicament mis au point à l'hôpital de Tel Aviv guérit 96% des patients", avant d'ajouter : "Didier Raoult avait il raison dès le mois de mars 2020" ? Mais cette publication est trompeuse, car elle laisse croire, à tort, que l'hydroxychloroquine est le "nouveau médicament miracle" évoqué par la journaliste Hanna Papiachvili.

Capture d'écran prise sur Facebook le 15/02/2021

Allocetra et EXO-CD24

Le sujet dont sont extraites les captures d'écran date du 10 février et évoque en réalité deux nouveaux médicaments expérimentaux israéliens, l'Allocetra et l'EXO-CD24, qui ont donné des résultats prometteurs sur des patients atteints du Covid-19. Il dure 1'59" et est entièrement visionnable sur Twitter, où il a été partagé par la chaîne.

"Ce sont des chercheurs de l'hôpital Hadassa qui ont découvert un médicament expérimental qu'ils ont appelé le Allocetra et qui est utilisé donc pour traiter les cas graves du Covid-19 donc par exemple les personnes qui n'arrivent plus à respirer seules", explique Hanna Papiachvili à partir de la 13e seconde de la vidéo.

Ce médicament, qui se présente sous forme d'inhalateur, vise l'"orage cytokinique", c'est-à-dire la réponse inflammatoire du système immunitaire qui peut s'attaquer à des cellules saines chez certains patients atteints de la maladie. "90%" des 20 patients gravement malades qui auraient testé ce traitement se seraient "rétablis", poursuit la reporter.

Dans son sujet, Hanna Papiachvili évoque également un deuxième médicament expérimental israélien, un anti-inflammatoire appelé "EXO-CD24" "développé par une équipe de l'hôpital Ichilov de Tel-Aviv". La chaîne avait consacré un sujet à ce traitement le 5 février, expliquant que ce "médicament mis au point à l'hôpital de Tel Aviv guérit 96% des patients". Un chiffre repris par l'internaute qui a partagé la publication accompagnée des deux captures d'écran.

L'EXO-CD24 sert à lutter contre les réactions inflammatoires dont souffrent les patients gravement atteints du Covid-19. Il a été testé sur "30 personnes dans un état grave" et "29 ont vu leur état de santé s'améliorer en quelques jours et on même pu rentrer à leur domicile", relate Hanna Papiachvili.

Mais la journaliste ne cite jamais, lors de son intervention en plateau, l'hydroxychloroquine. L'antipaludéen n'apparaît en photo que 4 secondes, à partir de 1'07", alors qu'Hanna Papiachvili parle encore de l'EXO-CD24. Le reste du sujet est illusté par des images de soignants travaillant au sein d'une unité Covid d'un hôpital.

Contactée le 15 février par l'AFP, Hanna Papiachvili explique que les deux photos de boîte d'hydroxychloroquine qui apparaissent brièvement lors de son intervention sont des "images d'illustration", qui n'ont "rien à voir avec le médicament dont je parle". "Ce sont des visuels comme tant d'autres sur les différents traitements, j'aurais dû faire beaucoup plus attention aux images d'illustration", regrette la journaliste d'i24news, qui dit "comprendre" que cela ait pu créer "une confusion".

Des résultats préliminaires 

Si les résultats des deux traitements expérimentaux israéliens cités par la journaliste semblent prometteurs pour soigner des patients atteints du Covid-19, ils doivent encore terminer leurs phases d'essais cliniques pour démontrer leur efficacité scientifique.

L'Alloceta a fini le 10 février ses essais de phase 2, qui permettent, comme le rappelle le site de l'Inserm, de "déterminer la dose minimale efficace" de médicament et d'identifier des "éventuels effets indésirables"'. Le traitement doit maintenant entrer dans sa phase 3 et être administré à plus de cent personnes. Lors de cette phase, les volontaires sont le plus souvent "répartis en deux groupes afin de comparer l’efficacité du candidat médicament à un traitement de référence (s’il en existe un) ou à un placébo", détaille l'Inserm.

L'anti-inflammatoire EXO-CD24, de son côté, a terminé les essais de phase 1 qui sont réalisés sur un échantillon de personnes très faible et se consacrent surtout à l'évaluation de la toxicité du médicament. Le professeur Nadir Arber, qui a développé cet inhalateur, a demandé l'autorisation de lancer les essais de phase 2 au ministère de la Santé israélien, écrivait le Times of Israël le 10 février. 

L'hydroxychloroquine n'a toujours pas fait ses preuves contre le Covid-19

Si l'hydroxychloroquine continue à être vantée pour les patients atteints du Covid-19 dans certaines publications partagées sur les réseaux sociaux, de nombreux scientifiques ont expliqué ces derniers mois que la molécule, malgré ses nombreux et fervents promoteurs, n’avait pas fait la preuve de son efficacité. 

Un pharmacien tient une boîte de pilules d'hydroxychloroquine.(AFP/ GEORGE FREY) (AFP / George Frey)

Des études randomisées, (la méthode considérée comme la plus fiable pour tester un traitement avec un groupe recevant le traitement et un groupe témoin recevant un placebo), - la britannique Recovery, la française Hycovid, ou Solidarity menée par l’OMS - ont conclu que l'hydroxychloroquine n'était pas efficace contre le Covid-19.

Ces derniers mois, l'AFP a vérifié de nombreuses fausses informations arguant que l'hydroxychloroquine serait un traitement efficace contre le Covid-19. En octobre, une publication avançait par exemple que l'essai Discovery aurait été stoppé par les autorités sanitaires françaises alors qu'il "était en train de démontrer la supériorité de l'hydroxychloroquine" contre la maladie. En décembre, une rumeur affirmait encore qu'une association médicale américaine était revenue sur sa recommandation de ne pas utiliser l'hydroxychloroquine contre le Covid-19.

Retrouvez la liste de toutes les vérifications effectuées par l'AFP sur le nouveau coronavirus. 

EDIT 15/02/21 : "remède" remplacé par "médicament" dans le titre et le header
Juliette Mansour
COVID-19