Un bureau avec du matériel informatique, à Los Angeles, en Californie. (AFP)

Trois bonnes pratiques pour vérifier une information

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La vérification d’une information par l’AFP passe par la sollicitation des bonnes sources : l'auteur d'une image, le témoin d'un événement, les spécialistes d’une thématique spécifique…

Mais des outils de recherche en ligne, accessibles à tous, offrent aussi la possibilité de mener l’enquête face aux citations, images et autres articles sensationnalistes qui circulent en ligne. Suivez le guide. 

Une personnalité publique a tenu des propos qui vous surprennent ? Une affirmation prêtée à une figure historique semble trop forte pour être authentique ? Qu'elles prennent la forme d'un texte, d'un visuel ou d'une capture d'écran, les fausses citations circulent largement sur Internet. 

Quelques réflexes simples suffisent à vérifier l’authenticité d'une citation. Pensez d'abord à la copier-coller dans un moteur de
recherche : cela vous permettra de voir depuis quand elle circule et de vous donner des indices sur sa véracité.

Ainsi, en 2018, une "lettre ouverte" de l'acteur Gérard Lanvin contre Emmanuel Macron et le gouvernement circulait sur les réseaux sociaux. Il suffisait d'en rechercher un extrait précis pour constater qu'elle circulait déjà en 2013 et visait alors François Hollande. Une dépêche AFP de l'époque nous apprend en outre que Gérard Lanvin avait en plus dénoncé cette usurpation d'identité. 

Sur Google, vous pouvez affiner votre recherche en définissant la période ciblée. Il vous suffit, une fois que vous avez saisi vos mots-clé, de cliquer sur "Outils" --> "Dates précises" --> puis de saisir les jours de début et de fin de votre choix.  

Capture d'écran prise sur Google le 10 février 2022

Lorsqu'une citation est assortie de quelques détails contextuels (lieu, date de la déclaration), pensez aussi à rechercher ces éléments. Si les propos sont censés avoir été tenus dans un cadre précis (interview dans la presse, prise de parole publique, intervention télévisée, compte officiel...), consultez-en la source pour vérifier qu'ils y figurent.

Ils peuvent parfois y avoir été prononcés mais être sortis de leur contexte : les consulter dans leur intégralité permet de s'assurer de leur sens d’origine. 

Quand vous ne trouvez pas trace d'une citation ailleurs que sur des comptes ou des sites dont la fiabilité vous interroge, pensez à consulter leur biographie ou leur rubrique "à propos" : la nature parodique de ces contenus y est généralement précisée par leurs créateurs. A titre d'exemple, un visuel très partagé, relayant une citation (inventée) d'Aristote sur l'esclavage émanait à l'origine d'une page Facebook revendiquant sa nature humoristique - une précision souvent effacée lorsque la citation est ensuite reprise par d’autres internautes. 

Capture d'écran prise sur le compte Twitter "Le Journal de l'Elysée parodie" le 14 février 2022

Ces fausses citations peuvent également prendre une forme plus élaborée et résonner avec l'actualité. Au fil des différents confinements mis en place pour lutter contre le Covid-19, plusieurs publications affirmaient relayer les témoignages de célèbres écrivains des siècles passés, relatant la mise en place de mesures similaires de leur vivant. 

Une prétendue lettre écrite par Madame de Sévigné à sa fille en 1687 faisait état d'un "fléau" sévissant à Paris et du port de "masques" à Versailles, tandis qu'un texte épistolaire de C.S. Lewis, célèbre auteur du Monde de Narnia, aurait dépeint, en 1942, un monde ayant "renoncé à tout contact humain et à tout ce qui était humain". Il s'agissait en réalité de deux pastiches, dont plusieurs détails littéraires ou anachroniques montraient qu’ils ne pouvaient pas avoir été rédigés par ces deux auteurs.

Si une image ou une vidéo paraissent fiables au premier abord, elles s'avèrent parfois trompeuses à plus d'un titre : elles peuvent être détournées de leur contexte d'origine, tronquées ou retouchées plus ou moins grossièrement. 

Plusieurs outils vous offrent la possibilité de retrouver l'origine d'une image. Sur le navigateur Google Chrome, faire un clic droit sur une photo affiche l'option "Rechercher une image avec Google" ou "Rechercher une image avec Google Lens". En cliquant dessus vous allez faire apparaître de précédentes occurrences de l'image si celle-ci a déjà été indexée par le moteur de recherche. 

Capture d'écran Google prise le 14 février 2022

Si vous voulez vous-même faire une recherche à partir d'une image en votre possession, vous pouvez également vous rendre à l'adresse suivante: https://images.google.com/ et cliquer sur la petite icône représentant un appareil photo. Vous pourrez ensuite insérer la photo qui vous intéresse pour lancer une recherche.

Capture d'écran prise sur Google le 14 février 2022

Cela peut permettre de remonter jusqu'à la source d'une photo, en retrouvant son auteur, sa date de prise de vue et le lieu où elle a été prise. De multiples moteurs de recherche (Google imagesYandexBingGoogle LensTinEye...) proposent de réaliser cette recherche, soit en saisissant l’URL de l’image, soit en l’important directement depuis son ordinateur après l’avoir enregistrée. 

Capture d'écran prise sur Google le 10 février 2022

Grâce à ce procédé, nous étions par exemple remontés à l'origine d'une photo soi-disant datée de mars 2021, montrant des convives non masqués lors d'un repas de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le cliché avait en réalité été pris lors du banquet des prix Nobel de décembre 2014, à une époque bien antérieure à la crise du Covid-19.

Dans un autre registre, une photo virale de manifestants brandissant une banderole siglée de la phrase “Les Français c’est des racistes” avait été retouchée : elle affichait en réalité le message “Liberté de circuler et de s’installer”, comme le montraient le cliché d’origine ainsi que plusieurs vidéos tournées dans le cortège, retrouvés par l’AFP. 

Comparaison entre la photo retouchée à gauche et la vraie image publiée dans le journal La Voix du Nord à droite.

Pour les vidéos, l'extension de navigateur InVid/We Verify, co-développée par l'AFP, permet de les découper en plusieurs clichés afin d’effectuer une recherche inversée d'images sur plusieurs moteurs. Un moyen pratique pour retrouver le contexte d’origine ou la date d’une séquence, des images étant souvent présentées hors contexte.

Par ce biais, nous avons par exemple établi qu'une vidéo montrant des cadavres d'oiseaux dans les rues de Rome, est authentique... mais que leur décès est dû à l'utilisation de feux d'artifice lors du réveillon, et non pas à l'activation d'une antenne 5G, contrairement à ce qu’affirmaient certains internautes. 

Les indices

En prenant l'habitude d'observer minutieusement une image, vous établirez un faisceau d'indices susceptible de vous faire remonter jusqu'au lieu où elle a été prise. Nom de rue, plaques d'immatriculation, logos d’enseignes... Le moindre détail peut s'avérer crucial. 

Ainsi, une séquence vidéo présentée par des internautes comme le "pillage", en France, d’un fourgon de livraison Amazon par des "migrants", contient plusieurs éléments indiquant qu’elle a été tournée à l’étranger, tels que l’apparence des panneaux de signalisation et le marquage au sol. Et pour cause : elle a en réalité été tournée en Californie

Pour susciter le maximum de réactions (et de reprises), certains internautes n'hésitent pas à présenter certains faits de manière trompeuse ou orientée, voire à lancer des infox. Remèdes miracle, débats de société, actualités insolites...

Certains sujets, particulièrement clivants ou attrayants, sont propices à ce type de désinformation, tels que la prétendue demande d'interdiction, par une association végane, des biscuits en forme d'animaux. 

Commencez par regarder les commentaires liés à la publication. Ceux-ci ne peuvent évidemment pas, en tant que tels, être considérés comme une source d'information sans que leur contenu ne soit lui-même vérifié. Mais ils peuvent vous aiguiller vers des pistes fiables contredisant l'affirmation virale : un article de presse issu d'un média reconnu, le site officiel de l'organisation mise en cause dans la publication, une explication scientifique émanant d'une institution reconnue... 

Comme pour les images et les citations, procédez également à vos propres vérifications en saisissant certains mots-clé du sujet sur un moteur de recherche, afin de voir s'ils renvoient vers des sites fiables. Ce faisant, nous avions pu retracer le fil d’une rumeur très reprise sur différents blogs, affirmant, à tort, que 2.800 églises allaient être détruites en France au cours des prochaines années en raison du prix trop élevé de leur restauration. Une affirmation ayant pour source, selon ses auteurs, "un rapport du Sénat français".

Or, le rapport en question, consacré à "l’entretien et la sauvegarde du patrimoine monumental" évaluait le nombre de monuments "en péril" - et pas seulement d’églises - à 2.800 sur un total de 15.000, un chiffre et un constat très éloignés de la rumeur qui s’est propagée en ligne. 

Enfin, les publications vantant des astuces et autres bons conseils de vie pratique rencontrent souvent un grand succès. A l’instar d’un texte partagé plus de 250.000 fois alertant sur les dangers de la conservation d’oignons coupés la veille, au motif qu’ils développeraient rapidement une "bactérie toxique". Une affirmation sans fondement scientifique, comme l’ont confirmé plusieurs spécialistes à l’AFP, ainsi que l'Interprofession des fruits et légumes frais.

Capture d'écran prise sur Facebook le 14/02/2022