Non, "le remède contre le coronavirus" n'a pas été trouvé en Italie

Copyright AFP 2017-2020. Droits de reproduction réservés.

Une publication partagée 14.000 fois depuis le 23 mai affirme qu'un "remède contre le coronavirus a finalement été trouvé en Italie". Le texte avance que "les respirateurs n'ont jamais été nécessaires" et que le pays utilise désormais un mélange d'aspirine et d'anti-inflammatoire pour guérir le Covid-19. "C'est une fausse information", a expliqué à l'AFP un porte-parole du ministère italien de la Santé.

"En direct d'Italie et de source confirmée", peut-on lire dans la publication virale.

(capture d'écran réalisée sur Facebook le 13 juin 2020)

Un texte quasiment identique, attribué sur les réseaux sociaux à un radiologue français, a circulé au début du mois de mai et a déjà fait l'objet d'un article de vérification.

Sur son site internet, le ministère italien de la Santé a démenti, le 29 mai 2020, avoir trouvé un remède contre le nouveau coronavirus :

(capture d'écran réalisée sur le site du ministère de la Santé italien le 3 juin)

"À l'heure actuelle, il n'existe aucune thérapie éprouvée contre le Covid-19. Les thérapies actuellement disponibles restent basées sur le traitement des symptômes de la maladie, fournissant des thérapies de soutien (par exemple, oxygénothérapie) aux personnes infectées. Plusieurs essais cliniques sont en cours pour le traitement de la maladie COVID-19", est-il précisé.

La publication virale contient également d'autres fausses informations :

"Les médecins italiens ont désobéi à la loi sanitaire mondiale de l'OMS de ne pas pratiquer d'autopsie sur les morts du coronavirus.Faux

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a jamais mis en place de "loi sanitaire mondiale" interdisant de pratiquer des autopsies de personnes décédées du Covid-19.

On trouve d'ailleurs sur le site de l'organisation une fiche de conseils datée du 24 mars 2020 pour "aider à la prise en charge sécurisée du corps d’une personne décédée dans le contexte de la COVID-19".

Il n'est pas fait état d'une interdiction d'autopsie. "S’il est pris la décision d’autopsier un corps présumé ou confirmé infecté par le virus de la COVID-19, les établissements de santé doivent vérifier que les mesures de sécurité sont en place pour protéger les personnes qui pratiqueront l’autopsie", préconise simplement l'OMS.

Dans de nombreux pays (1,2,3...), des autopsies de personnes décédées du Covid-19 ont été pratiquées pour faire progresser la recherche.

"Le Covid-19 n'est rien d'autre qu'une thrombose." Faux

Cette affirmation avait déjà été vérifiée par l'AFP. Une étude a été diffusée le 22 avril sur la plateforme MedRxiv faisant état d'autopsies menées à Bergame et Milan, sur une quarantaine de patients décédés de la maladie Covid-19.

Elle est restée pour le moment au stade de la pré-publication, c'est-à-dire que ces hypothèses n'ont pas été relues, corrigées et validées par d'autres chercheurs. 

Dans cette étude, des thrombus, aussi appelés caillots, situés dans des petits vaisseaux sanguins ont été observés chez 33 des 38 patients. Les auteurs en concluent que la maladie est liée "à des problèmes de coagulation du sang et à la thrombose".

L'étude n'exclut toutefois pas la pneumonie comme une pathologie du Covid-19. "Au moment de leur hospitalisation, tous les patients avaient été testés positifs et montraient des signes cliniques et radiologiques d'une pneumonie", est-il écrit dans le document.

Au delà de cette pré-publication, plusieurs études récentes (en France, en Hollande, en Irlande par exemple) ont effectivement mis en lumière la présence de caillots sanguins chez les personnes décédées.

Aucune de ces études n'affirme toutefois que le Covid-19 n'est qu'une thrombose et qu'il a par conséquent été "mal traité", comme le fait la publication Facebook, mais plutôt qu'il est possible de développer les deux pathologies : thrombose et pneumonie.

"Il se pourrait que l'embolie pulmonaire (souvent causé par un caillot sanguin, ndlr) aggrave encore les effets de la pneumonie" chez les patients, note par exemple cette étude italienne.

La formation de caillots dans des vaisseaux sanguins peut asphyxier les membres. Quand ils se forment dans les veines de la jambe (phlébite), ils peuvent se déloger et remonter vers les poumons, y boucher l'artère et les mettre à l'arrêt (embolie pulmonaire). Dans le coeur, ils peuvent provoquer une crise cardiaque. Quand ils vont au cerveau, c'est l'accident vasculaire cérébral (AVC).

Tous ces scénarios ont été observés chez des malades du Covid-19 qui n'avaient aucun facteur de risque autre que d'avoir contracté le nouveau coronavirus, est-il précisé dans cette dépêche.

"J'ai vu des centaines de cas de caillots dans ma carrière, mais je n'avais jamais vu autant de cas anormaux extrêmes", a expliqué à l'AFP Behnood Bikdeli, spécialiste en médecine interne au centre médical universitaire de Columbia.

Il a participé à une collaboration internationale de 36 experts qui ont récemment publié leurs recommandations dans le Journal of the American College of Cardiology. L'énigme demeure : pourquoi cette coagulation ?

Peut-être est-ce dû aux antécédents cardiovasculaires ou pulmonaires de nombreux patients, dit le médecin. Peut-être les caillots sont une conséquence de la flambée inflammatoire associée à la maladie. "Toute maladie aiguë, en elle-même, prédispose à la création de caillots", dit aussi tout simplement Behnood Bikdeli.

A ce stade, rien n'est formellement prouvé si ce n'est que ces deux pathologies ont parfois été décelées chez les patients atteints du Covid-19.

"Les respirateurs n'ont jamais été nécessaires." Faux

Les complications du Covid-19 entraînent, dans les cas les plus graves, un syndrome de détresse respiratoire aigüe et donc un besoin d'oxygénation.

"Tous les pays devraient s'équiper en oxymètre de pouls et en appareils d'assistance respiratoire", avait averti l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) début mars, estimant qu'il s'agissait d'un "outil important pour le traitement des patients atteints de la forme sévère de Covid-19".

Selon un article du 28 avril du média spécialisé Industria Italiana, le gouvernement italien a commandé 500 machines par mois pour les quatre prochains mois. 

Un débat scientifique existe toutefois sur les cas dans lesquels on doit intuber les patients, une procédure lourde pour l'organisme et loin d'être systématiquement couronnée de succès.

Les premières alertes sont justement venues d'Italie, où une grande majorité des patients placés en soins intensifs et sous respirateurs artificiels sont morts, comme nous le rapportions dans cette dépêche.

Le docteur Luciano Gattinoni et des collègues de Milan ont décrit comment ils avaient ajusté leurs procédures au fur et à mesure des semaines. "Tout ce que nous pouvons faire pour intuber ces patients est de gagner du temps en faisant le moins de dégâts possibles", ont-ils écrit à la revue de l'American Thoracic Society. "Nous devons être patients."

"La plupart des médecins sont préoccupés par ces mauvaises histoires de gens dont l'état se détériore sous respirateurs, et beaucoup ont commencé à retarder l'intubation", a dit à l'AFP Kevin Wilson, professeur de médecine à l'université de Boston et responsable de l'élaboration des consignes pour l'American Thoracic Society. "Mais jamais au point d'attendre que cela devienne une urgence", précise-t-il.

Les médecins se sont rendu compte que les patients dont le taux d'oxygénation du sang tombait à des niveaux bas, qui déclencheraient normalement une intubation, ne se portaient pas si mal.

Au lieu d'intuber vite, les médecins utilisent des niveaux inférieurs de soutien en oxygène : des canules nasales (petits tubes dans les narines), des masques conventionnels ou plus sophistiqués, une oxygénation à haut débit, ou encore placer le malade sur le ventre, ce qui aide les poumons.

"On essaie d'attendre un petit peu plus longtemps, si possible, avant de les intuber", dit à l'AFP Daniel Griffin, chef des maladies infectieuses de ProHealth Care, un réseau de 1.000 médecins qui interviennent dans une vingtaine d'hôpitaux de New York.

"Si on a l'impression qu'ils tiennent le coup, on les laisse tolérer des niveaux de saturation d'oxygène assez bas", poursuit le médecin. Certains se rétablissent sans aller plus loin. Et si les patients finissent par avoir besoin d'un respirateur, Daniel Griffin dit que les respirateurs sont réglés différemment afin de délivrer de l'air avec moins de pression.

Le 27 avril 2020, les experts internationaux de la Surviving Sepsis Campaign ont diffusé en ligne des consignes de bonnes pratiques sur l'accompagnement des patients en état de détresses respiratoire. Il en ressort qu'il n'existe pas une stratégie de ventilation pour tous les patients, mais de nombreux scénarios différents.

"Si vous contractez le Covid-19 ... qui n'est pas un virus comme on nous l'a fait croire, mais une bactérie ... amplifiée par un rayonnement électromagnétique 5 G". Faux

Le nouveau coronavirus est un virus respiratoire, selon l'OMS et l'Institut Pasteur, et non une bactérie.

"Covid-19 est causée par un virus appelé 'Syndrome respiratoire aigu-CoronaVirus-2' (SARS-CoV-2) par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV), une organisation qui s'occupe de la désignation et de la dénomination des virus", écrit également le ministère de la santé italien sur son site.

"Les antibiotiques n’agissent pas contre les virus, mais seulement contre les bactéries", précise de plus l'OMS, ce qui contredit la publication virale sur cet autre point : "la façon de la combattre ou de la guérir, c'est avec des antibiotiques".

Enfin, plusieurs experts ont déjà expliqué à l'AFP pourquoi la propagation du Covid-19 et la technologie 5G n'avaient aucun rapport, dans cet article de vérification du 22 avril.

"(Pour guérir) vous allez prendre 100 mg d'aspirine et de l'Apronax (...) ou du paracétamol (...) Sachant ce diagnostic, le Ministère italien de la santé a immédiatement modifié les protocoles de traitement de Covid-19... et a commencé à administrer de l'aspirine à 100 mg et de l'Apranax à ses patients positifs." Faux

"C'est une fausse information", a expliqué à l'AFP un porte-parole du ministère italien de la Santé, contacté par téléphone le 6 juin.

"Le paracétamol a une action antipyrétique et est donc très utile en cas de forte fièvre, mais il ne guérit pas les nouvelles infections au coronavirus", peut-on lire sur le site du ministère italien de la Santé.

Rémi Banet
François D'Astier
CORONAVIRUS