Ce texte viral nie que le Covid-19 peut entraîner une infection pulmonaire, mais il se trompe

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Un texte viral partagé plus de 14.000 fois depuis le 8 mai, prétendûment écrit par un radiologue français, avance que le Covid-19 "n'est pas une pneumonie" mais une maladie du sang et en déduit que les systèmes d'assistance respiratoire sont inutiles pour les patients atteints. Il tire en réalité des conclusions très hâtives d'une prépublication italienne.

"ON S’ÉTAIT BIEN TROMPÉ SUR LE TRAITEMENT DU COVID- 19, MAINTENANT ON SAIT ENFIN !", débute la publication virale, attribuant la paternité de cette nouvelle au "Pr Jacques Theron neuroradiologue CHU Caen".

(capture d'écran réalisée sur Facebook le 13 mai 2020)

Parmi les nombreuses affirmations du message -disponible en intégralité ici-, il est expliqué, entre autres, que la cause principale de décès liés au Covid-19 n'est pas une infection pulmonaire "mais une coagulation intravasculaire disséminée (thrombose)", que les ventilateurs sont donc inutiles et que l'aspirine et le jus de citron bouilli peuvent guérir de la maladie.

D'où vient ce message ? 

Le professeur Jacques Theron, neuroradiologue, n'est pas à l'origine de ce texte et les situations qui y sont décrites ne concerne pas le CHU de Caen, a-t-il expliqué à l'AFP mardi 12 mai.

"Je n'ai fait que relayer vers quelques amis ce travail italien qui m'a paru intéressant. Je n'ai pas l'article original. Les mystères d'internet ont fait que les gens ont cru que j’étais l'auteur de ce travail...", a ajouté M. Theron, qui ne travaille plus au CHU de Caen depuis 10 ans, mais continue à exercer dans des cliniques privés.

La quasi-totalité du message circule en réalité sur internet en plusieurs langues depuis des semaines. Il a déjà été vérifié par nos confrères indiens de BoomLive, américains de AP et mexicains de Animal Politico.

"Grâce aux autopsies pratiquées par les Italiens (...) il a été démontré que [le Covid-19] n'est pas une pneumonie mais une thrombose". Très imprécis et hâtif.

Ces autopsies auraient été effectués à Bergame et Milan, selon le texte. Il est effectivement possible de trouver une étude décrivant les résultats d’autopsies menées dans ces deux villes sur une quarantaine de patients décédés de la maladie Covid-19.

Elle a été diffusée le 22 avril sur la plateforme MedRxiv et en restée pour le moment au stade de la pré-publication, c'est-à-dire que ces hypothèses n'ont pas été relues, corrigées et validées par d'autres chercheurs. 

De plus, elle n'exclut absolument pas la pneumonie comme une pathologie du Covid-19. "Au moment de leur hospitalisation, tous les patients avaient été testées positifs et montraient des signes cliniques et radiologiques d'une pneumonie", est-il écrit dans le document.

Dans cette étude, des thrombus, aussi appelés caillots, situés dans des petits vaisseaux sanguins ont été observés chez 33 des 38 patients. Les auteurs en concluent que la maladie est liée "à des problèmes de coagulation du sang et à la thrombose".

Pour ces raisons ils suggèrent d'utiliser des anticoagulants comme traitement "bien que leur efficacité et leur innocuité n'aient pas été démontrées", peut-on lire.

Au delà de cette pré-publication, plusieurs études récentes (en France, en Hollande, en Irlande par exemple) ont effectivement mis en lumière la présence de caillots sanguins chez les personnes décédées.

Aucune de ces études n'affirme toutefois que la pneumonie serait "une erreur de diagnostic", comme le fait la publication Facebook, mais plutôt qu'il est possible de développer ces deux pathologies.

"Il se pourrait que l'embolie pulmonaire (souvent causé par un caillot sanguin, ndlr) aggrave encore les effets de la pneumonie" chez les patients, note par exemple cette étude italienne.

La formation de caillots dans des vaisseaux sanguins peut asphyxier les membres. Quand ils se forment dans les veines de la jambe (phlébite), ils peuvent se déloger et remonter vers les poumons, y boucher l'artère et les mettre à l'arrêt (embolie pulmonaire). Dans le coeur, ils peuvent provoquer une crise cardiaque. Quand ils vont au cerveau, c'est l'accident vasculaire cérébral.

Tous ces scénarios ont été observés chez des malades du Covid-19 qui n'avaient aucun facteur de risque autre que d'avoir contracté le nouveau coronavirus, est-il précisé dans cette dépêche.

"J'ai vu des centaines de cas de caillots dans ma carrière, mais je n'avais jamais vu autant de cas anormaux extrêmes", dit à l'AFP Behnood Bikdeli, spécialiste en médecine interne au centre médical universitaire de Columbia.

Il a participé à une collaboration internationale de 36 experts qui ont récemment publié leurs recommandations dans le Journal of the American College of Cardiology. L'énigme demeure : pourquoi cette coagulation ?

Peut-être est-ce dû aux antécédents cardiovasculaires ou pulmonaires de nombreux patients, dit le médecin. Peut-être les caillots sont une conséquence de la flambée inflammatoire associée à la maladie. "Toute maladie aiguë, en elle-même, prédispose à la création de caillots", dit aussi tout simplement Behnood Bikdeli.

A ce stade, rien n'est formellement prouvé.

"Le problème est cardiovasculaire et non respiratoire", assure la publication virale.  Une étude publiée le 6 avril par la prestigieuse revue scientifique américaine The Lancet est quant à elle formelle : "l'insuffisance respiratoire est la cause principale des décès liés au Covid-19". 

"Selon des informations précieuses de pathologistes italiens, des ventilateurs et des unités de soins intensifs n'ont jamais été nécessaires". Infondé

Cette phrase n'apparaît pas dans la prépublication italienne utilisée pour expliquer que le Covid-19 "n'est pas une pneumonie (...) mais une thrombose", comme l'affirme la publication Facebook.

Selon un article du 28 avril du média spécialisé Industria Italiana, le gouvernement italien a d'ailleurs commandé 500 machines par mois pour les quatre prochains mois. 

Les complications du Covid-19 entraînent, dans les cas les plus graves, un syndrome de détresse respiratoire aïgue et donc un besoin d'oxygénation.

"Tous les pays devraient s'équiper en oxymètre de pouls et en appareils d'assistance respiratoire", avait averti l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans cette dépêche début mars, estimant qu'il s'agissait d'un "outil important pour le traitement des patients atteints de la forme sévère de Covid-19".

Un débat scientifique existe toutefois sur les cas dans lesquels ont doit intuber les patients, une procédure lourde pour l'organisme et loin d'être systématiquement couronnée de succès.

Les premières alertes sont justement venues d'Italie, où une grande majorité des patients placés en soins intensifs et sous respirateurs artificiels sont morts, comme nous le rapportions dans cette dépêche.

Le docteur Luciano Gattinoni et des collègues de Milan ont décrit comment ils avaient ajusté leurs procédure au fur et à mesures des semaines. "Tout ce que nous pouvons faire pour intuber ces patients est de gagner du temps en faisant le moins de dégâts possible", ont-ils écrit à la revue de l'American Thoracic Society. "Nous devons être patients".

"La plupart des médecins sont préoccupés par ces mauvaises histoires de gens dont l'état se détériore sous respirateurs, et beaucoup ont commencé à retarder l'intubation", a dit à l'AFP Kevin Wilson, professeur de médecine à l'université de Boston et responsable de l'élaboration des consignes pour l'American Thoracic Society. "Mais jamais au point d'attendre que cela devienne une urgence", précise-t-il.

Les médecins se sont rendu compte que les patients dont le taux d'oxygénation du sang tombait à des niveaux bas, qui déclencheraient normalement une intubation, ne se portaient pas si mal.

Au lieu d'intuber vite, les médecins utilisent des niveaux inférieurs de soutien en oxygène : des canules nasales (petits tubes dans les narines), des masques conventionnels ou plus sophistiqués, une oxygénation à haut débit, ou encore placer le malade sur le ventre, ce qui aide les poumons.

"On essaie d'attendre un petit peu plus longtemps, si possible, avant de les intuber", dit à l'AFP Daniel Griffin, chef des maladies infectieuses de ProHealth Care, un réseau de 1.000 médecins qui interviennent dans une vingtaine d'hôpitaux de New York.

"Si on a l'impression qu'ils tiennent le coup, on les laisse tolérer des niveaux de saturation d'oxygène assez bas", poursuit le médecin. Certains se rétablissent sans aller plus loin. Et si les patients finissent par avoir besoin d'un respirateur, Daniel Griffin dit que les respirateurs sont réglés différemment afin de délivrer de l'air avec moins de pression.

Le 27 avril 2020, les experts internationaux de la Surviving Sepsis Campaign ont diffusé en ligne des consignes de bonnes pratiques sur l'accompagnement des patients en état de détresses respiratoire. Il en ressort qu'il n'existe pas une stratégie de ventilation pour tous les patients, mais de nombreux scénarios différents.

"Une famille mexicaine aux États-Unis qui prétendait avoir été guérie avec un remède à la maison a été documenté : trois aspirines de 500 mg dissoutes dans du jus de citron bouilli avec du miel, prises à chaud. Le lendemain, ils se sont réveillés comme si rien ne leur était arrivé !" Faux

Cette affirmation virale a déjà été vérifiée par de nombreux médias (1,2,3), dont l'AFP. Ce remède maison n'est pas conseillé par l'OMS.

"Nous ne recommandons pas l'auto-médication, quel que soit le traitement, y compris les antiobiotiques (également mentionné dans la publication Facebook, ndlr) comme technique pour se prémunir ou guérir du Covid-19", a expliqué un porte-parole de l'OMS dans un mail à l'AFP le 29 avril 2020.

"Certains remèdes occidentaux, traditionnels ‎ou domestiques peuvent apporter du ‎confort et soulager les symptômes de la ‎Covid-19 dans le cas d’une infection ‎bénigne, mais aucune étude n’a permis de ‎démontrer l’efficacité d’un médicament ‎actuel pour prévenir ou traiter la maladie", est-il précisé sur le site de l'organisation.

François D'Astier
CORONAVIRUS