(AFP/ Simon Maina)

Rien ne prouve que Paul Kagame a ordonné l’expulsion de 18 Chinois du Rwanda

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Des publications partagées des centaines de fois sur Facebook depuis le 1er juin affirment que le président rwandais Paul Kagame a ordonné l'expulsion de 18 ressortissants chinois "pour avoir maltraité des travailleurs rwandais". Pourtant, il n'existe aucune trace publique d'une telle décision et les représentants des gouvernements rwandais et chinois ont démenti cette affirmation.

"Au Rwanda, pour donner une leçon à tous investisseurs étrangers qui confondent coopération et esclavage, Kagame renvoie 18 Chinois chez eux pour avoir maltraité les travailleurs rwandais", écrit l’auteur d’une publication datée du 1er juin. 

Capture d’écran Facebook réalisée le 04 juin 2020.

"Cette décision a été prise après que le général Paul Kagame, président du Rwanda, a découvert qu'ils maltraitent les travailleurs rwandais et leur arrachait des terres agricoles", poursuit l’auteur de la publication.

La même nouvelle a été reprise au même moment dans de très nombreuses publications (1, 2, 3). 

Elle avait été diffusée en anglais quelques jours plus tôt, notamment sur une page Facebook se présentant comme la vitrine du média CNN en Zambie.

Cette publication a été partagée plus de 1.400 fois sur ce réseau social. 

Une étude rapide de cette page révèle qu'elle n'est pas certifiée, contrairement à celles appartenant à la chaîne d'information américaine CNN.

Il s’avère également qu'elle a été créée le 2 mai 2020, sous le nom de Bally News, puis changée en CNN Zambia le 23 mai 2020. 
 

Capture d’écran Facebook réalisée le 04 juin 2020.

Le Rwanda et la Chine démentent cette information

L’AFP n’a trouvé aucune trace dans les médias locaux de déclarations du président Paul Kagame sur l’expulsion de 18 Chinois du Rwanda.

Contacté par l’AFP, un porte-parole du gouvernement rwandais a affirmé que cette affirmation était une "fausse nouvelle".

Dès le 2 juin, la conseillère médias de Kagame, Yolande Makolo, l’avait démentie après qu’un homme politique zimbabwéen l’a repris sur son compte Twitter. "C’est une fausse nouvelle. Jamais arrivé", écrivait-elle.

Le 3 juin 2020, le ministère des Affaires étrangères du Rwanda a également publié une déclaration sur Twitter demandant à la population d'"ignorer" la "fausse nouvelle qui a circulé sur divers réseaux sociaux affirmant que 18 citoyens chinois ont été expulsés du Rwanda".

"Rien de tel ne s'est produit", assure le ministère dans cette déclaration publiée sur son compte Twitter officiel. 

Capture d’écran prise sur Twitter le 04 juin 2020.

L'ambassade de Chine au Rwanda a également déclaré à l'AFP que ces affirmations étaient fausses.

"L'ambassade de Chine n'a reçu aucune information sur cette expulsion fabriquée de toutes pièces. Ce sont des nouvelles totalement fausses", a écrit un représentant de l'ambassade de Chine au Rwanda.

Au Kenya, des médias avaient relayé en février l'expulsion de quatre ressortissants chinois accusés d'avoir agressé un employé de restaurant.

La scène, filmée, avait suscité l'indignation sur les réseaux sociaux.

Sentiment anti-Chinois sur les réseaux sociaux 

Ces derniers mois, les réseaux sociaux ont vu une recrudescence de publications hostiles aux Chinois, notamment après des plaintes en avril de ressortissants africains se disant victimes de discriminations et d’expulsions de leurs logements à Canton, où ils étaient accusés de transporter le nouveau coronavirus.

L’Union africaine avait officiellement protesté de cette situation auprès des autorités de Pékin.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications fausses ou trompeuses, comme l’avaient montré des vérifications de l’AFP (12, 3) avaient alimenté un climat de défiance envers les Chinois. 

L’une de ces publications faisait notamment faussement état de l’expulsion de Chinois de Guinée, en "riposte" aux discriminations contre les Africains en Chine.

La vidéo utilisée dans cette publication partagée des milliers de fois avait en réalité été filmée dans le cadre d’un mouvement de colère des employés d’une entreprise minière chinoise à Boffa en 2019.

 

Ange Kasongo