Non, l'Autriche n'avait pas suspendu l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 le 9 mars

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Cet article a été publié le 9 mars, deux jours avant la première annonce de la suspension du vaccin AstraZeneca en Europe par le Danemark, le 11 mars. Au 15 mars à 15h30 GMT, une dizaine de pays, dont la France et l'Allemagne, avaient suspendu le vaccin après le signalement d'effets secondaires "possibles" mais sans lien avéré à ce stade.

Des publications, partagées plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 7 mars, affirment que l’Autriche aurait interdit l'usage du vaccin contre le Covid-19 d'AstraZeneca après le décès d’une infirmière de 49 ans. C’est faux : ce vaccin est encore administré dans le pays et les autorités autrichiennes n'ont exigé le retrait que d'un seul lot "par mesure de sécurité", celui avec lequel avait été vaccinée la soignante décédée, précisant qu'"aucun lien de causalité avec la vaccination" n'a été établi à ce stade.

"SCOOP! L'Autriche suspend le vaccin OGM de #AstraZeneca", affirme la généticienne Alexandra Henrion-Caude dans un tweet publié le 8 mars et partagé plus de 1.500 fois en 24 heures. Comme elle, de nombreux internautes prétendent que le vaccin contre le Covid-19 britanno-suédois aurait été interdit par les autorités sanitaires du pays après le décès d'une patiente début mars.

Capture d'écran prise sur Twitter le 09/03/2021
Capture d'écran prise sur Twitter le 09/03/2021

 

Ces publications ont également été relayées des centaines de fois sur Facebook, poussant des utilisateurs du réseau social à questionner la sécurité de ce vaccin, dont l'usage a été étendu début mars en France aux personnes âgées de 65 à 75 ans présentant des comorbidités.

Capture d'écran prise sur Facebook le 09/03/2021
Capture d'écran prise sur Facebook le 09/03/2021

 

D'où part cette rumeur? 

Le 6 mars, des médias autrichiens ont rapporté le cas d'une infirmière de 49 ans, décédée après avoir reçu la première dose du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 à l'hôpital régional de Zwettl, une ville située au nord-ouest de Vienne (Basse-Autriche).

La soignante avait été admise en soins intensifs dix jours après sa vaccination pour de "graves troubles de la coagulation", selon l'Office fédéral pour la sécurité des soins de santé (BASG), et était morte le lendemain.

Comme le note cette dépêche AFP du 8 mars, la BASG indique cependant que la cause du décès "ne fait pas partie des effets secondaires connus" du vaccin AstraZeneca, "sur la base des données cliniques connues" et des informations recueillies au niveau international auprès des personnes vaccinées. L'Office fédéral assure qu'"aucun lien de cause à effet" n'a été établi à ce stade, et précise "mener activement toutes les investigations nécessaires pour exclure définitivement tout lien". Le résultat de l'autopsie, effectuée par l'hôpital de Vienne AKH, ne devrait être disponible que dans les prochaines semaines.

L'Office fédéral a reçu un deuxième signalement peu de temps après cet événement, à la suite d'une vaccination effectuée dans la même clinique. Une collègue de la première victime, âgée de 35 ans et qui s'était vu administrer une dose du même lot, a "développé une embolie pulmonaire", une maladie provoquée par l’obstruction d’une artère transportant le sang du coeur au poumon par un caillot de sang. Cette soignante est actuellement "en voie de guérison". Selon les informations de plusieurs médias locaux, elle souffrait par ailleurs d'antécédents médicaux.

Le parquet régional a assuré auprès de l'AFP qu'il n'engagerait pas de poursuites à l'encontre de l'hôpital, aucune anomalie n'ayant été constatée au niveau de la livraison, du stockage ou de l'administration des vaccins. Mais "par mesure de sécurité", la BASG a expliqué "ne pas distribuer les stocks restants" du lot ABV 5300, duquel étaient issues les doses inoculées aux deux infirmières de l'hôpital régional de Zwettl. 

Selon la BASG, 37.000 injections de ce lot ont déjà été administrées en Autriche, sans que "d'autres effets secondaires graves liés aux troubles de coagulation ne soient rapportés pour ce lot", et il resterait 6.000 doses à retirer de la circulation. Le journal régional NÖN, qui couvre l'actualité de la région dont est originaire l'infirmière décédée, affirmait cependant le 7 mars que des doses du lot incriminé ont continué à être utilisées en Basse-Autriche. 

Par ailleurs, l'Office fédéral, contacté par l'AFP le 9 mars, a expliqué que ce lot n'avait pas été distribué qu'en Autriche. Selon la BASG, il comprend "un total d'environ un million de doses et a été fourni à 17 pays européens". Christa Wirthumer-Hoche, responsable de l'organe de surveillance du marché des médicaments de l'agence de santé publique autrichienne, a indiqué lors d'une conférence de presse avoir "informé tous les collègues européens du réseau", sans préciser lesquels étaient concernés, ni les éventuelles mesures prises.

Christa Wirthumer-Hoche, également directrice du conseil d'administration de l'Agence européenne du médicament (EMA), a rapporté que le comité d'évaluation des risques de pharmacovigilance (PRAC) de l'EMA avait étudié l'affaire lundi.

La BASG a souligné auprès de l'AFP que les rapports de surveillance des effets indésirables sur des problèmes de coagulation provenant des autres pays de l'UE et du Royaume-Uni ne "font actuellement état d'aucun cas de trouble thrombo-embolique à la suite de la vaccination avec ce lot", en précisant que l'EMA "examinera spécifiquement tous les événements indésirables signalés liés à des troubles trombo-emboliques". Une nouvelle analyse du lot ABV 5300 sera également effectuée aux Pays-Bas par le laboratoire responsable de la diffusion de ces doses à l'échelle européenne. 

Selon le dernier comptage en date de l'Agence européenne des médicaments au 9 mars, seulement 22 cas de thromboses ont été signalés pour plus de trois millions de personnes vaccinées dans sa zone (UE, Norvège et Islande). En l'état des informations disponibles, le risque d'une plus forte coagulation sanguine chez les personnes vaccinées contre le Covid-19 "n'est pas supérieur à celui observé sur l'ensemble de la population", a assuré l'EMA. 

Titres trompeurs

C'est en se basant sur le décès de cette infirmière autrichienne que plusieurs internautes ont partagé des messages laissant croire que le vaccin AstraZeneca sera désormais interdit en Autriche.

Alexandra Henrion-Caude a relayé une dépêche du 7 mars de l'agence de presse Reuters et le bloggueur Aldo Sterone un article du Daily Mail, sans jamais préciser que les deux médias britanniques indiquent dans leur titre respectif que cette suspension ne vise qu'un seul lot, et non le vaccin de manière générale. Un procédé dont ont également usés des sites comme Les Moutons Rebelles ou Business Bourse.

Capture d'écran prise sur le site Moutons Rebelles le 09/03/2021
Capture d'écran prise sur le site Moutons Rebelles le 09/03/2021

 

24 heures après sa publication initiale, la généticienne Alexandra Henrion-Caude a précisé en commentaire qu'elle parlait "d'un lot", mais son tweet, déjà viral, avait induit en erreur de très nombreux internautes.

Capture d'écran prise sur Twitter le 09/03/2021
Capture d'écran prise sur Twitter le 09/03/2021

AstraZeneca, encore administré en Autriche

Aujourd'hui, l'Autriche, qui a administrée 830.655 doses de vaccins à ses groupes prioritaires, continue à vacciner avec le produit britanno-suédois, contrairement à ce qu'affirment les publications virales. Dans le communiqué indiquant la suspension du lot incriminé par le gouvernement fédéral, il est précisé que "d'autres lots du vaccin AstraZeneca continueront d'être administrés" et que les "rendez-vous annulés" en raison du lot suspendu doivent être "repris le plus tôt possible".

Contacté par l'AFP le 9 mars, un porte-parole d'AztraZeneca a également "confirmé que le vaccin était encore administré en Autriche", ajoutant que "10 millions de doses" de son vaccin ont déjà été inoculées dans "50 pays"' sans que les rapports de surveillance des différentes autorités sanitaires européenne ou britannique "ne suggèrent que le vaccin ait joué un rôle dans un quelconque décès".

Le Danemark, la Norvège et l'Islande ont cependant suspendu le 11 mars "par précaution" l'utilisation du vaccin AstraZeneca en raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins, tandis que le régulateur européen a recommandé de poursuivre les injections.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a pour sa part estimé le 11 mars qu'il n'y avait "pas lieu de suspendre" les injections du vaccin anti-Covid d'AstraZeneca en France, "le bénéfice apporté par la vaccination" étant "jugé supérieur au risque à ce stade"

Depuis le début des campagnes de vaccination contre le coronavirus, des cas de personnes décédées alors qu'elles avaient reçu peu de temps avant une injection ont été rapportés dans certains pays de l'UE. Scrutés de près, ces décès, très peu nombreux, ne sont pas pour l'heure attribués aux vaccins, contrairement à ce qu'ont affirmé certains internautes

Edit du 10/03/21 : précisions sur la distribution du lot de vaccins incriminé à l'échelle européenne
Edit du 11/03/21 : ajout des pays de l'UE ayant suspendu les injections du vaccin AstraZeneca
Edit du 15/03/21 : modification du titre avec ajout de la date de publication et précisions concernant la liste des pays européens ayant suspendu le virus au 15 mars
Juliette Mansour
COVID-19