Non, la Croix-Rouge américaine ne refuse pas les dons de sang de personnes vaccinées

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Des publications, partagées plusieurs milliers de fois en cinq jours sur les réseaux sociaux dans différentes langues, affirment que "la Croix-Rouge dit que vous ne pouvez pas donner votre sang si vous avez reçu le vaccin, car le vaccin élimine les anticorps naturels du corps". "C'est faux", répond l'organisation américaine contactée par l'AFP, "dans la plupart des cas vous pouvez donner votre sang, des plaquettes ou du plasma après avoir été vacciné contre le Covid-19". L'affirmation erronée semble venir d'une confusion entre du don de sang, don de plasma et utilisation de "plasma de convalescent".

Capture d'écran Twitter prise le 26/05/2021

Des publications similaires ont été partagées plusieurs milliers de fois sur Twitter et Facebook en anglais, en français, ou encore en serbe en 5 jours.

Contactée par l'AFP le 25 mai, la Croix-Rouge américaine a démenti ces affirmations : "Dans la plupart des cas vous pouvez donner du sang après avoir été vacciné contre le Covid-19". L'organisation précise d'ailleurs sur son site qu'il n'y a pas de période de temps particulière à observer après une vaccination pour ensuite donner son sang pour les personnes qui ne présentent pas de symptômes, et ayant été "vaccinées grâce à une forme inactivée du virus ou avec un vaccin à ARN messager (AstraZeneca, Janssen, Moderna, Novavax ou Pfizer)".

Il suffit de se sentir "bien et en bonne santé", a expliqué la Croix-Rouge.

Capture d'écran du site de la Croix-Rouge américaine, prise le 25/05/2021

Pour les personnes ayant reçu un vaccin fonctionnant grâce à un virus atténué, ou celles ne "sachant pas quel vaccin elles ont reçu", il faut observer une période de 15 jours avant de pouvoir donner son sang.

C'est à peu près le même principe selon l'Etablissement français du sang (EFS): "dans la grande majorité des cas, il est possible de donner son sang après une injection de vaccin contre la Covid-19, sans aucun délai d'ajournement à respecter", explique l'organisme.

"Il n'y a que dans les cas de vaccination en dehors de l'UE ou dans le cadre d'un essai vaccinal qu'il faudra respecter un délai de 28 jours avant de donner son sang", précise l'EFS, qui rappelle que "beaucoup d'autres vaccins n'exposent pas à des contre-indications au don du sang, comme ceux contre la grippe ou le tétanos".

D'où vient la confusion ?

Probablement de la vidéo qui accompagne ces publications. Présentée comme un reportage sur le don de sang aux Etats-Unis, elle est accompagnée d'un commentaire audio selon lequel "les personnes ayant été vaccinées aux Etats-Unis ne peuvent pas donner leur plasma de convalescence pour aider les malades du Covid-19", ce qui a semble-t-il été interprété à tort comme une interdiction de don de sang.

Le plasma est la partie liquide du sang. Avec la pandémie de Covid-19, certains chercheurs ont proposé d'avoir recours à des transfusions de "plasma de convalescent" pour étudier ses bienfaits potentiels sur des patients infectés.

Pour faire simple, quand une personne contracte le Covid-19, son corps produit des anticorps pour combattre le coronavirus. Ils sont concentrés dans du plasma. Le traitement consiste alors à prélever les anticorps sur des personnes ayant été contaminées mais s'étant rétablies, ce qu'on appelle le plasma convalescent, et à l'injecter chez des malades.

Cette méthode a été essayée pour la première fois en 1892 afin de combattre la diphtérie, puis contre la grippe espagnole en 1918.

Une technicienne de laboratoire prépare une fiole de plasma sanguin, à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, le 1er janvier 1945 ( AFP / -)

Début février, la FDA, agence du médicament américaine, a encadré son utilisation, préconisant de n'utiliser que du plasma convalescent avec un "haut niveau de présence d'anticorps, et ce uniquement pour les malades hospitalisés, en début de maladie", ou pour les patients "qui présentent une immunité affaiblie et qui n'arrivent pas à produire eux-mêmes des anticorps en nombre suffisant". Elle estime que l'utilisation de plasma de convalescent, lorsqu'il contient une quantité faible d'anticorps, n'a pas démontré d'effet bénéfique pour les patients.

Une étude publiée dans le BMJ, en octobre 2020, avait quant à elle conclu que le plasma de convalescent avait démontré une "efficacité limitée" pour les patients, mais appelait toutefois à conduire de nouvelles études se concentrant sur du plasma contenant de hauts niveaux d'anticorps neutralisants.

La Croix-Rouge a par ailleurs confirmé qu'elle avait suspendu la demande spécifique de dons de plasma de convalescent pour aider les malades du Covid-19, "en raison d'une faible demande des hôpitaux", ce qui explique peut-être la confusion à l'origine de la fausse affirmation qui nous intéresse. Mais le plasma de convalescent contenant un haut niveau d'anticorps anti-Covid peut toujours dans certains cas être utilisé dans la prise d'un charge d'un patient affecté par la maladie, comme le rappelle la FDA.

Par ailleurs, le don de plasma ne sert pas qu'à cela : il permet aussi de soigner des grands brûlés, des personnes atteintes de déficit immunitaire, ou encore des hémophiles par exemple.

Une infirmière tient à la main une poche de plasma lors d'une campagne de dons à Tours, le 21 décembre 2017 ( AFP / GUILLAUME SOUVANT)
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