"De plus en plus d'AVC post-vaccination" ? A ce jour, cette affirmation est infondée

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Dans une vidéo vue plusieurs centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 24 mai, un sapeur-pompier suggère que les vaccins anti-Covid accroissent le risque d'accidents vasculaires cérébraux (AVC). L'homme affirme qu'une infirmière d'un hôpital lyonnais lui a confirmé cela. Interrogés par l'AFP, l'hôpital, les pompiers du Rhône et un syndicat d'infirmiers disent n'avoir constaté aucune hausse du nombre d'AVC depuis le début de la campagne de vaccination. L'Agence de sécurité du médicament (ANSM) dit elle aussi ne pas avoir "d'élément faisant suspecter un rôle du vaccin dans la survenue d'AVC".

"J'en ai les larmes aux yeux, on vient de déposer aux urgences une femme de 71 ans en suspicion d'AVC (...) Cette dame a été vaccinée alors c'est moi-même qui fais potentiellement le lien (...) A l'infirmière d'accueil, je lui ai dit : 'Ca fait quelque temps où je fais régulièrement des interventions pour des suspicions d'AVC où les personnes ont été vaccinées (...) Ca va peut-être te paraître complotiste mais est-ce qu'il y a potentiellement un lien ?'. Et elle vient de me répondre [par] l'affirmative", explique en homme vêtu d'un polo des sapeurs-pompiers bleu et rouge.

Capture d'écran Facebook prise le 25/05/2021

"Elle m'a dit : 'mais complètement (...), on en a de plus en plus, très souvent c'est dans les 15 jours suivant la vaccination (...) On alerte tout le monde mais il n'y a rien qui remonte'", poursuit-il face caméra, rapportant des propos que lui auraient tenus une infirmière de l'hôpital Saint Joseph-Saint Luc de Lyon.

La vidéo de deux minutes trente a été vue plusieurs centaines de milliers de fois sur Facebook et Twitter en moins de 24 heures, publiée sur des dizaines de comptes distincts.

Pour autant, plusieurs sources démentent cette affirmation.

Contacté mardi 25 mai par l'AFP, un porte-parole de l'hôpital Saint Joseph - Saint Luc a affirmé que "le centre hospitalier n'a constaté aucune hausse du nombre d'AVC depuis le début de la campagne de vaccination en janvier".

"Depuis le début de l'épidémie de Covid, que ce soit avant ou après la campagne de vaccination, il n'y a eu chez nous aucune remontée d'informations de cette nature. Les propos tenus dans cette vidéo n'ont aucun fondement", a également indiqué à l'AFP le contrôleur général Serge Delaigue, directeur des services d'incendie et de secours de la métropole de Lyon et du département du Rhône (SDMIS).

"Ce qui s'est passé n'est pas acceptable", a ajouté le responsable des sapeurs-pompiers au sujet de la vidéo.

Une femme reçoit une dose du vaccin Pfizer-BioNTech à Nanterre, le 3 mai 2021 (AFP / Bertrand Guay)

"Nous n'avons eu aucune remontée à notre niveau" sur une recrudescence des cas d'AVC, a affirmé à l'AFP Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI).

Dans sa dernière synthèse de "suivi des cas d'effets indésirables des vaccins COVID-19", qui recense les données officielles de pharmacovigilance, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) fait état, parmi les "signaux confirmés", d''hypertension artérielle" pour le vaccin Pfizer-BioNTech et de "troubles vasculaires de type d'hypertension artérielle" pour le vaccin Moderna.

L'hypertension artérielle est un facteur de risque des AVC. Pour autant, "les données recueillies depuis le début de la campagne vaccinale n'apportent, à ce jour, au regard des caractéristiques des cas analysés et des connaissances actuelles, pas d'élément faisant suspecter un rôle du vaccin dans la survenue d'AVC ischémique", a indiqué l'Agence de sécurité du médicament à l'AFP mardi 25 mai, reprenant les conclusions d'un rapport publié en mars.

"Aucun élément nouveau par rapport aux cas d'AVC déjà signalés dans les rapports précédents n'est identifié. Ces événements continueront à faire l'objet d'une surveillance spécifique dans les prochains rapports", a précisé l'ANSM.

23.713.679 personnes avaient reçu mardi 25 mai au moins une première injection depuis le début de la campagne vaccinale française, parmi lesquelles près de 10 millions (9.914.533) ont reçu leurs deux doses de vaccin, selon le ministère de la Santé.

Le gouvernement vise 30 millions de premières injections à la mi-juin.

Toutes les professions considérées comme prioritaires en raison de leur exposition élevée au risque de contamination (soit environ 6,3 millions de personnes) peuvent se faire vacciner sans condition d'âge depuis lundi 24 mai, et ce sera le cas de l'ensemble des adultes à partir du 31 mai.

Retrouvez ici le dernier point de situation de l'ANSM sur la surveillance des vaccins contre le Covid-19.

Traduction et adaptation :
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