"Finie la peur" : ce visuel répand plusieurs fausses affirmations autour de l’épidémie de Covid-19

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Un visuel partagé plus de 1 700 fois depuis deux semaines affirme que "les mesures anti-Covid dans les écoles n’ont plus aucun sens" et que le port du masque est "sans objet". L’auteur justifie sa position en assurant que l’épidémie de Covid-19 serait "terminée" en Belgique, que les tests PCR seraient "trop sensibles", que le virus aurait "perdu de sa virulence"... En réalité, presque toutes les affirmations de cette liste sont fausses, selon les spécialistes interrogés par l’AFP.

"FINIE LA PEUR", c’est le titre de ce visuel qui affirme que "les mesures anti-Covid dans les écoles n’ont plus aucun sens". Il a été partagé plusieurs centaines de fois en Belgique (1,2,3) depuis le 23 septembre et plus de 1.300 fois en France. 

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 5 octobre 2020

Cette affiche est signée du groupe "Parents2021", un collectif de parents formé d’abord sur Facebook en Belgique. Depuis, des groupes similaires ont été créés en France et au Canada. Ces parents refusent les mesures sanitaires mises en place dans le milieu scolaire (le masque obligatoire ou la distanciation sociale par exemple) et affirment s’appuyer "uniquement sur la base d’études scientifiques" pour montrer leur inutilité.

On retrouve par ailleurs la liste diffusée par cette publication dans les règles du groupe Facebook "Parents 2021 Belgique", ainsi que sur leur site, dans l'onglet "PDFs". Le visuel y apparaît à trois reprises avec des titres différents : "Finie la peur", "Besoin d'être rassuré.e ?" ou encore "Oui au choix". 

L’auteur y fait plusieurs affirmations qui sont presques toutes fausses, ont expliqué plusieurs experts à l’AFP.

Aucune donnée ne permet d’affirmer cela. Le suivi de l’épidémie en Belgique mis à jour quotidiennement par Sciensano (l’Institut scientifique de santé publique belge) montre au contraire une augmentation des décès et des hospitalisations dans le pays au cours des deux dernières semaines. 

Cette publication évoque la date du "20 septembre 2020". Or le bulletin épidémiologique publié par Sciensano à cette date montre une forte augmentation des admissions à l’hôpital durant les 7 jours précédents, ainsi qu’une augmentation des décès. Si ces chiffres restent bien inférieurs à ceux du mois d’avril, on observe une lente remontée des courbes des admissions de cas Covid-19 à l’hôpital entre juin et septembre. 

"Rien ne permet de dire que l’épidémie est terminée en Belgique", confirme Yves Van Laethem, spécialiste des maladies infectieuses et porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 en Belgique, interrogé le 30 septembre. Le pays a franchi le 30 septembre la barre des 10.000 décès liés au coronavirus.

"L’épidémie est toujours présente", alerte aussi Frédéric Cotton, chef du service de chimie médicale au Laboratoire Hospitalier Universitaire de Bruxelles: "Le virus n’a pas disparu". 

Aucune publication scientifique ne montre pour l’instant une baisse de la virulence du coronavirus, a rappelé Yves Van Laethem à l’AFP. "Pour l’instant, tous les virologues nous disent que les mutations sont trop faibles pour que l’une d’entre elles soit considérée comme ayant un vrai effet sur le virus".

Les mutations génétiques du coronavirus sont traquées dans le monde entier par les chercheurs, qui séquencent le génome des virus qu’ils trouvent et les partagent sur la base de données internationale GISAID, comme l’explique cette dépêche du 18 septembre 2020. Or pour l’instant, rien dans cette base de données n’indique clairement que le virus ait muté de façon à modifier sensiblement ses effets sur l’être humain. 

Dire que le virus "a perdu de sa virulence" est une fausse affirmation, a confirmé Frédéric Cotton à l’AFP le 30 septembre : "Le virus a muté, c’est normal car sa séquence génétique évolue au fil du temps. Pour l’instant, on a l’impression que le virus est moins virulent car on teste plus, il y a donc moins d’hospitalisations et de décès par rapport au nombre de cas positifs (comparé au premier pic de l’épidémie en mars et avril, NDLR). Mais c’est un effet psychologique".

La contagiosité des enfants fait débat, tout comme leur propension à être infectés par le virus, comme l’expliquait l’AFP dans une dépêche publiée à l’occasion de la rentrée scolaire.

Plusieurs études ont montré que les jeunes enfants semblent peu transmettre le virus, peut-être car ils ont moins de symptômes. 

Mais une analyse sur le sujet publiée dans la revue médicale JAMA Pediatrics fin juillet et relayée dans cette dépêche a conclu au contraire que "les jeunes enfants peuvent potentiellement être d’importants facteurs de contagion du Sars-Cov-2 dans la population"

Si la contagiosité des enfants fait débat, toutes les études montrent en revanche qu'ils tombent rarement très malades du Covid-19, comme le résumait la dépêche AFP mentionnée plus haut. La plupart d'entre eux ne développent qu'une forme légère de la maladie, voire n'ont pas de symptôme du tout.  

"Les enfants sont plus susceptibles d’avoir une forme légère, voire asymptomatique et donc d’échapper à toute détection”, expliquait ainsi le Centre Européen de prévention et de contrôle des maladies dans un rapport publié début août.

Dans ce rapport publié en juin 2020, Sciensano explique qu’entre le 15 mars et le 14 juin, 89,7% des décès sont survenus chez des patients âgés de plus de 65 ans : "Outre l’âge qui est le facteur de risque le plus important pour la survenue d’un décès hospitalier, les facteurs de risque suivants ont été identifiés dans les données de surveillance clinique : le fait d'être un homme, d'avoir une maladie cardiovasculaire, un diabète, une maladie chronique des reins, du foie ou des poumons, des troubles neurologiques ou cognitifs ou d’être atteint d’un cancer"

Toujours selon ce rapport, seuls 8% "des patients décédés (sur la période, NDLR) n'ont pas déclaré de comorbidité".

Les comorbidités ne sont toutefois pas le seul facteur pouvant expliquer que certaines personnes développent une forme grave d’infection.

Près de 15% des formes graves du coronavirus pourraient ainsi s’expliquer par des anomalies génétiques et immunitaires entraînant la défaillance d'une puissante molécule antivirale, selon le travail d’une équipe franco-américaine de scientifiques rendu public le 25 septembre 2020. 

Une seconde étude, publiée quelques jours après (le 30 septembre) dans la revue scientifique Nature évoque également des facteurs génétiques, hérités de Néandertal, qui pourraient rendre leurs porteurs plus à risques de complications sévères du Covid-19.

Depuis le début de l’épidémie, de nombreuses rumeurs sur de soi-disant dangers du masque pour la santé circulent sur les réseaux sociaux : le masque provoquerait notamment un manque d’oxygène dans le sang,  une inhalation dangereuse de dioxyde de carbone, ou encore une infection des bronches.

Or le masque ne présente aucun danger pour la santé s’il est utilisé correctement, avaient rappelé plusieurs experts à l’AFP dans les articles ci-dessus. Sur son site, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié une série d’infographies qui indiquent comment porter un masque "en toute sécurité"

Le masque protège d’abord les autres de la projection d’éventuelles gouttelettes contaminées. Dans ses recommandations du 5 juin 2020, l’OMS rappelle que le port du masque "peut permettre aussi bien à des sujets en bonne santé de se protéger (en cas de contact avec une personne infectée) qu’à des sujets porteurs de virus de ne pas les transmettre (lutte à la source)"

En Belgique, à la suite des inquiétudes de médecins et d’enseignants qui se plaignaient de devoir parler plus fort avec un masque (et donc de s’abîmer la voix), les enseignants dispensant des cours dans de grands amphithéâtre ont été dispensés de porter un masque, à condition de respecter une distance de trois mètres avec les élèves. 

"De quelles séquelles psychologiques parle-t-on ?" s’interroge le psychologue Jérôme Vermeulen, auteur du site lepsychologue.be, qui a expliqué à l’AFP le 30 septembre que ce terme "ne veut rien dire".

On ne dispose pour l’instant pas d’assez de recul pour évaluer les conséquences potentielles du port du masque sur les enfants ou les enseignants, estime-t-il. "On pourra probablement évaluer l’impact du masque chez les enfants d’ici quelques années, mais pour le moment ça fait plus partie d’hypothèses, même si je n’irais pas jusqu’à parler de séquelles psychologiques graves"

Les craintes sont surtout centralisées autour des enfants, explique Quentin Vassart, président de l'Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones et Germanophones (UPPCF), contacté le 1er octobre. Le masque pourrait éventuellement entraver la lecture des mimiques du visage, très importante pour les jeunes enfants. Mais "il faut relativiser", explique le psychologue, "il y a quand même beaucoup plus de bénéfices que de risques à porter le masque"

Les deux psychologues affirment n’avoir jamais vu de cas de patient avec des problèmes psychologiques liés au masque. Ils rappellent qu’il n’existe à ce jour "aucune donnée scientifique" qui permette d’affirmer que le masque pourrait provoquer des "séquelles psychologiques graves" chez ceux qui en portent.

Plusieurs théories circulent sur les réseaux sociaux autour du gel hydroalcoolique, accusé notamment d’éliminer les bactéries "qui renforcent le système immunitaire". Cette affirmation avait déjà été vérifiée par l’AFP dans un précédent article : elle est erronée. 

Ces bactéries "de la flore résidente" "se régénèrent tout de suite", expliquait alors le docteur Pierre Parneix, médecin hygiéniste au CHU de Bordeaux et ancien président de la Société française de l'hygiène hospitalière (SF2H). Les bactéries sur les mains n’ont par ailleurs pas "une utilité majeure", explique Yves Van Laethem, "alors que le virus a un inconvénient majeur". Il rappelle par ailleurs que les soignants utilisent du gel hydroalcoolique depuis des années, sans rencontrer de problème majeur.

Cette théorie a elle aussi déjà été vérifiée par l’AFP.

Pour pouvoir détecter même de petites quantités de virus, le test RT-PCR va amplifier son matériel génétique (ARN) un certain nombre de fois: ce sont les cycles d'amplification (CT). Donc, plus il faut de cycles, moins il y a de quantité de virus et inversement. Le nombre de cycles n'est pas fourni au patient: n'est indiquée que la présence ("positif") ou non ("négatif") de virus dans l'échantillon, sans estimation quantitative.

Certains internautes en concluent donc que les tests PCR sont "trop sensibles", puisque des patients peuvent être déclarés positifs alors qu’ils n’ont que très peu de virus dans le corps. 

Cependant, indique Frédéric Cotton, il est incorrect de dire que la présence du virus en faible quantité signifie que la personne n’est pas contagieuse : "Le test RT-PCR ne quantifie pas de manière précise le virus. On sait qu’il y a une relation entre le nombre de cycles réalisés pour trouver des traces du virus et la contagiosité du patient, mais on ne sait pas à partir de quelle valeur de virus il est contagieux". De plus, il existe différentes techniques de PCR, qui n'ont pas toutes besoin du même nombre de cycles pour détecter la même quantité de virus.

Autorités et scientifiques font par ailleurs la différence entre un cas positif au coronavirus et un malade atteint d'une forme sévère de la maladie, comme on le voit par exemple dans les bilans épidémiologiques quotidiens de Sciensano, qui distinguent clairement les tests positifs du nombre d'hospitalisations.

Le nouveau coronavirus suscite un flot ininterrompu de fausses informations sur les réseaux sociaux. L’AFP en a déjà vérifiées des dizaines, que vous pouvez retrouver ici

EDIT 06/10/2020 : changement de l'origine d'une des publications évoquées (publiée en France et non au Canada). 
 
Marie Genries
CORONAVIRUS