Bien utilisé, le masque ne peut pas provoquer l’infection des bronches

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Une publication partagée plus d’un millier de fois depuis le 20 septembre affirme que le port du masque provoque "l'infection des bronches" à cause de "bactéries" transformées en "champignons qui se retrouvent dans les poumons". C’est faux : lavé ou changé régulièrement, le masque ne présente pas de danger pour les poumons, selon les spécialistes interrogés par l’AFP. Il n’entraîne pas non plus un manque d’oxygène ou une inhalation dangereuse de CO2, contrairement à ce qu’affirme cette publication. 

"La seconde vague" sera celle de l'"infection des bronches", selon cette publication qui soutient que "respirer dans un masque c’est comme vivre dans une pièce humide" : "les bactéries rejetées se transforment en champignons qui se retrouvent dans les poumons, entraînant une infection bactériologique des bronches"

Capture d’écran réalisée le 23 septembre 2020 sur Facebook

L’auteur de ce visuel affirme également que le masque serait responsable de "20% d’oxygène en moins", de "30% de CO2 en plus" et entretiendrait un "milieu humide", favorable à "la prolifération de maladies infectieuses". 

Cette publication a été partagée plus de 1 000 fois en France et plusieurs centaines de fois en Belgique. Pourtant, ces affirmations sont fausses, selon les experts interrogés par l’AFP. 

Dans les conditions d’utilisation recommandées, le masque n’entraîne aucune infection des bronches

Plusieurs spécialistes ont déjà expliqué à l’AFP dans différents articles, comme celui-ci, que le masque ne peut pas entraîner une infection des bronches s’il est bien utilisé : changé régulièrement pour les masques chirurgicaux, lavé pour les masques en tissu.

"Dans les conditions d’utilisation recommandées, il n’y a aucun moyen que des champignons se développent à l'intérieur d'un masque", résumait ainsi Françoise Dromer, responsable de l'unité de Mycologie moléculaire et du Centre national de référence des Mycoses invasives et des antifongiques de l’Institut Pasteur, dans un précédent article de l’AFP. 

"Pour qu’un masque moisisse, il faudrait le laisser, par exemple, humide dans une pièce pleine de moisissure, ou dans un compost, pendant des semaines. La moisissure serait alors visible, comme un citron qui pourrit dans le frigo", soulignait-elle. 

Selon la chercheuse, la démonstration avancée par de telles publications est par ailleurs erronée, car une bactérie ne peut pas se transformer en champignon : "Ce sont deux catégories d’êtres vivants différentes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Il n’y a aucune possibilité que l’une se transforme en l’autre".  

"Les champignons sont entre 10 et 100 fois plus gros que les bactéries. Et le contact avec un champignon ne rend pas forcément malade", ajoutait Jean-Luc Gala, chef de la clinique Saint-Luc à Bruxelles et professeur à l'Université catholique de Louvain (UCL), dans le même article. 

Pour éviter que le masque moisisse, "il suffit de le remplacer toutes les quatre heures et de laver les masques en tissu au moins une fois par jour à l’eau chaude et avec du savon de Marseille, par exemple. Le virus, les bactéries et la mycose n’y résistent pas", avait-il encore détaillé.

Interrogé par l’AFP en juillet dernier, Hans in’t Veen, pneumologue à l’hôpital Franciscus Gathuis & Vlietland à Rotterdam, avait émis l’hypothèse qu’une infection fongique [liée à un champignon] soit "peut-être" possible, "mais il faudrait que cela soit un masque qui n’ait pas été changé depuis des mois et soit extrêmement sale". 

Une infection fongique des bronches due au masque est donc quasiment impossible. 

Comme le rappelle Didier Cataldo, président de l’Union professionnelle des médecins belges spécialistes en pneumologie (la GBS), qui exerce à Liège et que l’AFP a contacté le 22 septembre 2020, "les soignants, y compris moi, portent le masque tous les jours". Le pneumologue, qui qualifie cette publication de "délirante", a souligné que "personne" dans son CHU n’a jamais "eu une infection des bronches à cause du port du masque".

Quant à l’affirmation selon laquelle le masque entretient un milieu humide "propice à la prolifération de maladies infectieuses", elle est également fausse, explique le Dr Cataldo : "Lorsque vous expirez, vous envoyez de l’air humide, mais l’eau s’évapore au fur et à mesure. Au bout d’un certain temps le masque s’humidifie, mais cela ne veut pas dire qu’il contient des champignons. Il faut juste le changer et le laver régulièrement et il n’y a aucun problème"

Sur son site, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié une série d’infographies qui indiquent comment porter un masque "en toute sécurité".  

Infographie disponible sur le site de l’OMS

Le masque ne provoque pas de manque d’oxygène ni d’inhalation dangereuse de dioxyde de carbone 

"Une perte de 20% d’oxygène dans le sang, c’est énorme", expliquait Jean-Luc Gala à l’AFP le 4 septembre 2020. "Si vous perdez autant d’oxygène, vous allez à l’hôpital, en soins intensifs".

Cette théorie selon laquelle le port du masque diminuerait la quantité d’oxygène dont nous avons besoin pour vivre, voire provoquerait de l’hypoxie, c’est-à-dire un "manque d’oxygène au niveau des organes et des tissus", selon la définition de ce "manuel du secouriste ambulancier" publié sur le site des autorités sanitaires belges, a déjà été contredite à plusieurs reprises par l’AFP. Elle est erronée. 

Yves Coppieters, médecin épidémiologiste et professeur de santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), expliquait ainsi en juillet qu’un masque ne pose aucun problème de manque d’oxygène pour les personnes en bonne santé : "Le masque n’est pas un circuit clos, il laisse passer l’oxygène", avait-il insisté. "Il peut éventuellement gêner la respiration d’une personne avec des problèmes cardiaques ou respiratoires, ou en cas de grand effort".

"Les gens peuvent se sentir oppressés avec un masque, mais c’est plus lié à une sensation de claustrophobie qu’à un phénomène physiologique", a ajouté Frédéric Clinckart, pneumologue dans les hôpitaux du groupe Jolimont qui couvre les provinces du Hainaut et du Brabant wallon, interrogé par l’AFP le 22 septembre 2020. 

Dans sa rubrique "En finir avec les idées reçues", l’Organisation Mondiale de la Santé rappelle elle aussi que le masque n’est pas dangereux pour la santé lorsqu’il est bien utilisé.

Quant au dioxyde de carbone, le masque ne favorise pas son inhalation en quantités dangereuses, car c’est "un gaz très volatil qui passe très facilement à travers le masque", expliquait Nathan Clumeck, membre de l’Académie royale de médecine de Belgique et spécialiste des maladies infectieuses, dans un article cité plus haut. 

Une augmentation de 30% du Co2 telle que mentionnée par cette publication serait d’ailleurs énorme et aurait des conséquences physiques, a précisé Frédéric Clinckart : "Lorsque des patients qui ont des maladies respiratoires chroniques développent une hypercapnie [une forte augmentation du CO2 dans le sang, NDLR], une des conséquences est qu’ils s’endorment. On ne voit pas des gens s’endormir dans le métro après avoir porté le masque toute la journée !" 

Masque obligatoire pour les étudiants en France et en Belgique

Cette publication fait référence, sans plus de détails, aux "étudiants", qui respireraient "des champignons" à longueur de journée.

En Belgique, le masque est obligatoire depuis la rentrée pour les élèves et le personnel académique dans les établissements scolaires à partir du secondaire (l'équivalent du collège et lycée) et dans l’enseignement supérieur. Seules sont exemptées les personnes ayant une justification médicale. Dans les universités, l’obligation a été assouplie pour les enseignants dispensant des cours dans un grand amphithéâtre et pouvant respecter au moins trois mètres de distance avec les étudiants. Les autres doivent porter un masque. 

Les autres pays d’Europe ont également dû adapter leur rentrée à la situation sanitaire. En France, le masque est obligatoire à partir de 11 ans pour les élèves et les enseignants. Dans les universités, le masque doit également être porté en permanence.

Déconseillé par les gouvernements belge et français au début de l’épidémie et d’abord réservé aux soignants et aux malades du Covid-19, le masque, destiné à protéger les autres et à se protéger soi-même, a fait l’objet d’une volte-face des autorités gouvernementales et sanitaires, comme l’expliquait fin juillet cette dépêche de l’AFP. 

L’OMS explique que "les masques ne vous protégeront pas à eux seuls de la Covid-19" et rappelle les autres gestes barrières : garder au moins un mètre de distance avec les autres et se laver les mains régulièrement.

 
Marie Genries
 
AFP France
CORONAVIRUS