Un enfant joue sur le trottoir détrempé près d'une bouche d'incendie ouverte à New York, lors d'une vague de chaleur, le 2 juillet 2026. (AFP / CHARLY TRIBALLEAU)

Le programme de recherche scientifique HAARP à l'origine de la canicule en France ? C'est faux

Des vagues de chaleur extrême, rendues plus précoces et plus intenses par le réchauffement climatique dû aux activités humaines, ont causé la mort de plusieurs milliers de personnes en Europe et en Amérique du Nord, entre mi-juin et juillet 2026. Sur les réseaux sociaux, des publications attribuent ces canicules au projet Haarp (High-frequency Active Aural Research Program), un programme scientifique américain, qui fait régulièrement l’objet de théories infondées. Des experts scientifiques ont réaffirmé à l'AFP que les signaux émis par Haarp ne pouvaient ni manipuler, ni déclencher les vagues de chaleur.

Créé à l'initiative du Congrès américain, le programme de recherche sur les aurores actives de haute fréquence (High-frequency Active Auroral Research Program, plus connu sous l'acronyme Haarp) a été lancé en 1990 (lien archivé ici).

Depuis 2015, le projet est administré par l'université d'Alaska de Fairbanks (UAF) (lien archivé ici). Il est consacré à l'étude de l'ionosphère, la couche supérieure de l'atmosphère située entre 60 et 500 kilomètres d'altitude, à la frontière de l'espace, comme le précise la Nasa (lien archivé ici).

Haarp est "l'émetteur haute puissance et haute fréquence le plus performant au monde pour l'étude de l'ionosphère", selon le site officiel du projet, et se trouve au centre de nombreuses théories du complot, maintes fois réfutées, selon lesquelles la station serait capable de manipuler le climat et de provoquer des catastrophes naturelles telles que des tremblements de terre, des feux de forêt et des ouragans.

"Ce dôme de chaleur qui asphyxie l’Europe, records à plus de 40°C, pendant que HAARP 'teste' l’ionosphère en Alaska ? Coïncidence trop parfaite", avance un internaute le 1er juillet dans une publication comptant une centaine de partages sur le réseau social X. D'après le post, le phénomène serait le résultat de "technologies climatiques détournées" servant à réaliser "des attaques invisibles" sur la population.

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Captures d'écran réalisées sur X, Facebook, et TikTok, le 08/07/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Ce récit selon lequel le projet Haarp serait en réalité une "technologie de géoingénierie" visant à modifier l'atmosphère et le climat à des fins néfastes (bien que rarement définies) est décliné dans de nombreuses publications sur X. Certaines lui attribuent directement la responsabilité de la canicule en Europe en juin 2026, qui aurait entraîné plus de 2.000 décès supplémentaires en France par rapport aux mois précédents, selon un premier bilan officiel publié le 3 juillet. D'autres relient Haarp et le dôme de chaleur de juin aux chemtrails, une autre théorie récurrente. 

Parmi ces posts, on retrouve également une vidéo régulièrement diffusée à l'appui de théories remettant en cause la réalité du changement climatique et/ou de son origine humaine : un extrait décontextualisé d'un point presse de l'ex-ministre de la Transition écologique française Agnès Pannier-Runacher, qui lui fait dire qu'une précédente canicule aurait été "déclenchée" - au moyen de technologies de 'géoingénierie' (lien archivé ici). 

D'autres internautes partagent une vidéo de quelques secondes, souvent accompagnée de la mention "HAARP us [sic] : COMMENT ON FABRIQUE UNE CANICULE EUROPÉENNE", qui reprend les mêmes théories : "En agissant avec ces micro-ondes, on peut créer des fenêtres dans la haute atmosphère, et c'est là que l'arme climatologique consiste à créer dans des régions du globe une région chaude et une région froide", permettant de créer une canicule artificiellement "en injectant de l'énergie d'un côté et en l'occultant de l'autre, on arrive à créer des différences de pression et de températures". Essentiellement diffusée sur Facebook, la vidéo a obtenu des milliers de partage en quelques jours.

Des publications similaires circulent sur la plupart des grandes plateformes de réseaux sociaux comme X, Facebook ou TikTok, en anglais et en français, ainsi qu'en espagnol, en turc, en néerlandais et en allemand. Publiées début juillet, les publications cumulent régulièrement des milliers de "J'aime" et de partages. 

Pas d'impact sur le climat

En réalité, ni le programme Haarp ni aucune autre technologie à ce jour ne peut provoquer de vagues de chaleur telles que celles observées en Europe et en Amérique du Nord, ont expliqué des experts à l'AFP. Ceux-ci pointent en revanche le rôle des émissions issues des activités industrielles, qui ont amplifié les phénomènes de chaleur extrême sur une période très courte de l'histoire de la Terre.

(AFP VIDÉOGRAPHIE / Fred GARET, Luca MATTEUCCI, Sylvie HUSSON)
(AFP VIDÉOGRAPHIE / Fred GARET, Sylvie HUSSON, Luca MATTEUCCI)

La directrice de HAARP, Jessica Matthews, a déclaré dans un entretien avec l'AFP le 1er juillet que les ondes radio émises par la station de recherche située en Alaska atteignent une fréquence qui ne peut pas être absorbée par l'atmosphère terrestre et que l'installation est "tout simplement incapable de générer ou d'amplifier des phénomènes météorologiques".

Jennifer Francis, une chercheuse au Woodwell Climate Research Center, qui étudie l'impact du réchauffement climatique, a également déclaré à l'AFP le 7 juillet que HAARP "n'a absolument aucune influence sur le climat, et quiconque croit le contraire ne comprend pas réellement les interactions entre les ondes radio à haute fréquence et l'atmosphère" (liens archivés ici et ici).

La chercheuse a également ajouté qu’aucune expérience potentielle de modification climatique ne pourrait, même de loin, réchauffer la planète autant que le carbone. "Les humains rendent en revanche les vagues de chaleur plus intenses, plus fréquentes, plus étendues et plus longues en augmentant considérablement les quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère", a-t-elle déclaré.

Une récente analyse menée par le consortium scientifique World Weather Attribution (WWA) a récemment conclu que ces vagues de chaleur intenses "se multiplient rapidement, même de mémoire d'homme, ces phénomènes étant désormais dix à cent fois plus probables depuis 2003 seulement, alors qu'ils étaient pratiquement impossibles il y a à peine 50 ans" (liens archivés ici et ici). 

Dômes de chaleur

Paul Loikith, climatologue à l'université d'État de Portland, a quant à lui déclaré à l'AFP le 2 juillet que les épisodes caniculaires qui touchaient l'Europe et les États-Unis pouvaient être qualifiés de "dômes de chaleur" : un phénomène météorologique puissant qui associe une chaleur de surface exceptionnellement élevée à une forte pression atmosphérique en altitude, formant ainsi un "dôme" d'air chaud (archivé ici et ici).

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Infographie expliquant la formation de dôme de chaleur à l'origine de vagues de chaleur. (AFP / Mélodie LONTJENS, Sabrina BLANCHARD, Sylvie HUSSON, Sophie RAMIS)

En juin, des records absolus de température ont été battus dans toute l'Europe, (lien archivé ici). La vague de chaleur a, dans ce cas précis, piégé l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord au-dessus de la péninsule ibérique avant de s'étendre jusqu'au Royaume-Uni, pour finalement s'affaiblir au-dessus du centre et de l'est du continent début juillet. 

D'après l'observatoire climatique de l'Union européenne, Copernicus, l'Europe occidentale a vécu en juin le mois le plus chaud de son histoire (lien archivé ici). Un nouvel épisode caniculaire est attendu début juillet en Europe, avec des températures locales approchant ou dépassant les 40°C, tandis que plusieurs incendies  font rage en France (liens archivés ici et ici) au 9 juillet. 

AFP Factuel a vérifié de nombreuses fausses affirmations liées au programme Haarp (ici, ici ou ) et plus généralement au climat ces dernières années, à retrouver ici

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