Des habitants recherchent des victimes sous les décombres d'un immeuble effondré à Catia La Mar, dans l'État de La Guaira, à environ 30 km au nord-ouest de Caracas, au Venezuela, le 25 juin 2026, après un séisme. (AFP / Juan BARRETO)

Attention à ces publications affirmant que le projet HAARP a provoqué les séismes de juin 2026 au Venezuela

Le 24 juin 2026, le Venezuela a été frappé par deux puissants séismes dans le nord du pays qui ont fait des milliers de morts et des dizaines de milliers disparus. Dans les heures qui ont suivi, des internautes ont affirmé en ligne que ces tremblements de terre avaient été provoqués par le programme de recherche américain HAARP, consacré à l'étude de la couche supérieure de l'atmosphère et régulièrement présenté dans la sphère climatosceptique comme une "arme géophysique" capable de modifier le climat ou de déclencher des catastrophes. Pourtant, cette théorie a été réfutée à de nombreuses reprises par la communauté scientifique, qui rappelle qu'aucun élément ne permet d'établir un lien entre HAARP et une activité sismique.

Deux secousses de magnitude 7,2 et 7,5 ont frappé le nord du Venezuela le 24 juin 2026, faisant plus de 3.000 morts, selon un bilan provisoire datant du 5 juillet, et des dizaines de milliers de disparus (liens archivés ici et ici). 16.740 blessés ont également été recensés (lien archivé ici).

Ce double séisme, le plus violent ayant secoué le pays depuis plus d'un siècle, a laissé un paysage de dévastation, en particulier à La Guaira, ville côtière voisine de l'aéroport international de Caracas (lien archivé ici). Sur la base d'images satellitaires, la Nasa estime qu'environ 58.870 bâtiments ont été endommagés ou détruits dans l'ensemble de la zone touchée.

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Carte montrant la probabilité de liquéfaction des sols au Venezuela et la densité de peuplement urbain dans la région touchée le 24 juin 2026 par un double séisme. (AFP / Nicholas SHEARMAN)

Ces séismes sont survenus près de six mois après la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine (liens archivés ici et ici). Dans ce contexte, certains internautes ont affirmé que les Etats-Unis auraient délibérément "provoqué" cette catastrophe, qu'ils ne jugent pas naturelle.

"Au Venezuela, ils ont ouvertement utilisé HAARP Avant le tremblement de terre", affirme un internaute dans une publication Facebook, partagée des dizaines de fois et cumulant des milliers de vues depuis le 26 juin 2026.

"LE VENEZUELA PLUS QUE JAMAIS EN SOUFFRANCE: APRÈS LA CATASTROPHE POLITIQUE, LA CATASTROPHE "NATURELLE"( HAARP, POUR SOUMETTRE PAR LA VOIE HUMANITAIRE UN PEUPLE RÉCALCITRANT ?)", s'interroge un autre utilisateur.

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Captures d'écran prises le 2 juillet 2026 sur Facebook. Croix rouge et orange ajoutées par l'AFP.

Des messages similaires circulent sur Facebook (1, 23, 4, 5, 6), Instagram, Threads et X, ainsi que dans plusieurs langues, notamment en allemand, anglaisespagnolportugais, et en turc.

Si certains internautes diffusent de véritables images du séisme accompagnées d'une description trompeuse ou erronée, d'autres partagent une vidéo censée montrer "plusieurs faisceaux laser" balayant le sol. Selon eux (1, 2, 3), il s'agirait d'"armes à ondes dirigées utilisées pour provoquer le séisme au Vénézuela [sic]".

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 sur Facebook. Croix rouge et symbole IA ajoutés par l'AFP.

Le projet HAARP ne peut pas provoquer de séismes

Créé à l'initiative du Congrès américain, le programme de recherche sur les aurores actives de haute fréquence (High-frequency Active Auroral Research Program, plus connu sous l'acronyme HAARP) a été lancé en 1990 (lien archivé ici).

Depuis 2015, le projet est administré par l'université d'Alaska de Fairbanks (UAF) (lien archivé ici). Il est consacré à l'étude de l'ionosphère, la couche supérieure de l'atmosphère située entre 60 et 500 kilomètres d'altitude, à la frontière de l'espace, comme le précise la Nasa (lien archivé ici).

Selon le site officiel du projet, HAARP est "l'émetteur haute puissance et haute fréquence le plus performant au monde pour l'étude de l'ionosphère". Son objectif est de "mener une étude fondamentale des processus physiques à l'œuvre dans les parties les plus élevées de notre atmosphère". Pour cela, des ondes sont dirigées vers l'ionosphère afin d'observer les réactions qu'elles provoquent et de mieux comprendre son fonctionnement.

Le site précise également que "les ondes radio HAARP chauffent les électrons et créent de petites perturbations qui ressemblent aux types d'interactions qui se produisent dans la nature", permettant ainsi aux chercheurs d'en mesurer les effets réels.

Néanmoins, l'envoi contrôlé de ces ondes ne permet pas de contrôler les conditions météorologiques, puisque les ondes envoyées par HAARP ne sont pas absorbées par la troposphère ou la stratosphère, niveaux de l'atmosphère dont dépend la météo sur Terre. En l'absence d'interaction avec ces couches atmosphériques, il est impossible d'agir sur le climat, rappelaient déjà plusieurs chercheurs interrogés par AFP Factuel en 2023.

C'est également ce qu'indique la foire aux questions du programme HAARP : "Les ondes radio dans les gammes de fréquences transmises par le HAARP ne sont absorbées ni dans la troposphère ni dans la stratosphère, les deux couches de l'atmosphère qui génèrent le climat terrestre. Comme il n'y a pas d'interaction, il n'existe aucun moyen de contrôler le climat" (lien archivé ici).

En outre, HAARP ne peut ni contrôler le climat, ni provoquer des catastrophes naturelles. Contrairement aux affirmations relayées en ligne, aucune technologie utilisant des faisceaux laser ou des ondes radio ne pourrait déclencher un séisme d'une telle ampleur.

Par ailleurs, les installations de HAARP, dans la région de l'Alaska, sont situées à plusieurs milliers de kilomètres de l'épicentre des séismes au Venezuela (lien archivé ici).

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 sur Google Earth montrant la distance entre le centre du projet de recherche américain HAARP et le Venezuela.

En 2024, David Lee Hysell, professeur de génie au département des sciences de la Terre et de l'atmosphère à l'université Cornell, avait expliqué à l'AFP que les signaux radio émis par HAARP n'exercent aucune influence sur l'activité sismique : "Les tremblements de terre sont provoqués par des mouvements le long des failles de la Terre qui émettent des ondes sismiques lorsque la tension accumulée se libère" (lien archivé ici).

Le chercheur Luis Antonio Domínguez de l'Institut de géophysique de l'université nationale autonome du Mexique (UNAM), partage la même analyse (lien archivé ici). Selon lui, "le projet HAARP consiste en des antennes d'émission radio et il est bien connu que les ondes électromagnétiques ne peuvent pas provoquer de séismes".

Dans un courriel adressé à l'AFP le 1er juillet 2026, Jessica Matthews, directrice du projet HAARP, a rappelé que "notre installation est tout simplement incapable de générer ou d'amplifier des phénomènes météorologiques, ni de déclencher ou d'amplifier des tremblements de terre. Notre matériel de recherche émet des ondes radio à une fréquence qui ne peut pas être absorbée par les couches de l'atmosphère responsables du climat terrestre".

Ce n'est pas la première fois que le projet américain fait l'objet de désinformation sur les réseaux sociaux : l'AFP  a déjà vérifié à plusieurs reprises des affirmations attribuant à HAARP la capacité de modifier le climat ou de provoquer des ouragans, des séismes, des inondations, des aurores boréales, voire de rares formations nuageuses.

Une vidéo antérieure au double séisme

En effectuant des recherches d'images inversées, l'AFP a retrouvé la première publication de l'une des vidéos présentées, à tort, comme étant liée au projet HAARP (lien archivé ici). Celle-ci a été mise en ligne sur TikTok dès le 18 mars 2026, soit plus de trois mois avant les séismes survenus au Venezuela.

En légende de cette vidéo, on peut lire en anglais : "Plusieurs faisceaux convergent à travers la couche de nuages ce soir. CAS 058 enregistré. Quelqu'un a déjà vu quelque chose comme ça ?". La publication a été partagée des centaines de milliers de fois et a cumulé près de 35 millions de vues.

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 sur TikTok. Symbole IA et encadré vert ajoutés par l'AFP.

Le compte TikTok "@archive.available", à l'origine de cette publication, diffuse régulièrement des vidéos similaires montrant un faisceau lumineux rouge traversant le ciel au-dessus d'habitations, sans fournir de contexte géographique précis (lien archivé ici).

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 sur TikTok. Symboles IA ajoutés par l'AFP.

Le blog mentionné dans la biographie du compte présente celui-ci comme "une archive vivante", tout en précisant que "rien n'est présenté comme un fait ou une théorie".

L'AFP a soumis la vidéo à un détecteur d'images synthétiques intégré à l'outil de vérification (cocréé par l'AFP) InVID-WeVerify. L'analyse conclut que la séquence a vraisemblablement été générée par intelligence artificielle (IA), avec un score de probabilité de 75 %. 

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 de l'analyse effectuée sur InVID-WeVerify par l'AFP. Symbole IA ajouté par l'AFP.

Une seconde analyse, réalisée à l'aide du détecteur d'images synthétiques intégré à l'outil de vérification Hive Moderation, estime que la séquence a probablement été générée par IA, avec cette fois-ci un score de 99,9 %.

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Capture d'écran prise le 2 juillet 2026 de l'analyse effectuée sur Hive Moderation par l'AFP. Symbole IA ajouté par l'AFP.

Interrogé de nouveau par l'AFP le 30 juin 2026, David Lee Hysell, professeur au département des sciences de la Terre de l'université Cornell, a rappelé que "les effets [du HAARP] sont assez subtils et nécessitent des instruments sensibles pour être détectés". Il ajoute : "Ils n'incluent évidemment pas le spectacle de lumières façon disco montré dans la vidéo que vous m'avez indiquée, qui semble avoir été enrichi par quelqu'un doté d'une imagination plutôt débordante".

De son côté, Judith Hubbard, sismologue et professeure assistante invitée à l'université Cornell, a souligné auprès de l'AFP, le 30 juin 2026, que les vidéos "montrent une scène de nuit, mais les séismes se sont produits bien avant le coucher du soleil" (lien archivé ici).

En effet, le premier séisme, d'une magnitude 7,2, s'est produit à 18 h 04, heure locale (22 h 04 GMT), au sud-est de Yumare (lien archivé ici). Selon l'Institut des études géologiques des Etats-Unis (USGS), il résulte d'un mouvement horizontal sur une faille superficielle située près de la limite entre les plaques tectoniques caraïbe et sud-américaine.

Moins d'une minute plus tard, un second séisme, encore plus puissant sur l'échelle de Richter avec une magnitude de 7,5, a frappé au nord de Caracas, la capitale vénézuélienne (lien archivé ici).

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Infographie expliquant le fonctionnement des failles décrochantes, comme celle qui a provoqué un séisme de magnitude 7,5 au Venezuela le 24 juin 2026. (AFP / Gal ROMA, Christophe THALABOT, Laetitia COMMANAY, Sylvie HUSSON)

Aucun "faisceau laser" ne peut provoquer un séisme

Interrogée par l'AFP le 30 juin 2026, Yihe Huang, professeure associée en géophysique à l'université du Michigan, affirme qu'il n'est pas "physiquement possible que des faisceaux laser déclenchent un tremblement de terre massif", dans la mesure où les séismes prennent naissance à plusieurs kilomètres sous la surface terrestre, dans la croûte, où "la contrainte exercée par les faisceaux laser est trop faible" pour produire un quelconque effet (lien archivé ici).

La sismologue Judith Hubbard partage cette analyse. "Les séismes sont naturels et ont commencé à une profondeur de 10 à 20 kilomètres (6 à 12 miles), et il n'existe absolument aucun moyen de déclencher des tremblements de terre avec des lasers", rappelle-t-elle.

Bien que des lumières sismiques - des boules de lumière et des lueurs constantes parfois signalées en lien avec des secousses - puissent se produire lors d'un événement sismique, elles ne sont pas aussi répandues que l'on pourrait le croire, selon le scientifique et porte-parole de l'USGS Steven Sobieszczyk (liens archivés ici et ici).

Certains rapports sur le phénomène se sont révélés être liés à des arcs électriques sur des lignes à haute tension (lien archivé ici).

"La plupart du temps, les secousses sismiques endommagent des lignes électriques ou d'autres infrastructures qui se mettent alors à flasher, à créer des arcs ou à exploser (comme lorsque vous avez déjà vu un transformateur sauter)", a expliqué Steven Sobieszczyk à l'AFP le 30 juin 2026. "Etant donné que les dégâts causés par un séisme peuvent être étendus, la répartition de ces flashes/explosions peut être large et très nombreuse", a-t-il ajouté.

Le scientifique précise toutefois que la vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux ne montre "ni des lumières sismiques ni des transformateurs ayant explosé".

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Des personnes pleurent la mort d’un proche près d'un immeuble endommagé à la suite d'un séisme à Catia La Mar, dans l'État de La Guaira, à environ 30 km au nord-ouest de Caracas, au Venezuela, le 25 juin 2026. (AFP / Federico PARRA)

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