Le footballeur français Kylian Mbappé observe le terrain avant un match amical entre la France et l'Irlande du Nord au stade Pierre-Mauroy à Villeneuve-d'Ascq, dans le nord de la France, le 8 juin 2026. (AFP / Sameer AL-DOUMY)

Le départ de Kylian Mbappé du PSG lié à Emmanuel Macron ? Attention à ce faux article

Le 4 juin 2024, après sept saisons passées au Paris Saint-Germain (PSG), le capitaine de l'équipe de France de football, Kylian Mbappé, avait déclaré se sentir "libéré et soulagé" après la conclusion de son transfert au Real Madrid. Deux ans plus tard, un article prétendument publié par Eurosport, partagé sur les réseaux sociaux, prétend que le joueur aurait révélé que son départ était lié au président français Emmanuel Macron. Mais cet article, qui ne repose sur aucun élément vérifié, est publié sur un site internet imitant celui d'Eurosport et usurpant l'identité de l'un de ses journalistes. Toutes les caractéristiques des opérations de désinformation prorusse sont réunies.

"INFO DE DERNIÈRE MINUTE : Kylian Mbappé, l'un des footballeurs les plus célèbres au monde, a accusé Emmanuel Macron de harcèlement sexuel et a affirmé que c'était la raison pour laquelle il avait quitté la France pour l'Espagne", affirme un internaute dans une publication X, partagée des centaines de fois et cumulant plus de 860.000 vues depuis le 4 juin 2026.

Dans la vidéo associée à la publication, une voix ressemblant à celle du joueur français déclare : "À un moment donné, cette attention indésirable est devenue insupportable. Je savais que la seule issue était de quitter le PSG et de partir de France".

Des publications comparables circulent sur Instagram et X (1, 2), et dans plusieurs langues, notamment en anglais et en néerlandais.

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Captures d'écran prises le 9 juin 2026 sur X. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

La vidéo qui accompagne ces publications reprend diverses séquences et clichés montrant le chef de l'Etat au côté de Kylian Mbappé, notamment en train de le "consoler".

Un article truffé d'incohérences

Le 4 juin 2024, lors de sa première prise de parole depuis l'annonce de son arrivée en Espagne, Kylian Mbappé s'était dit "libéré et soulagé" par son transfert au Real Madrid (lien archivé ici).

L'AFP n'a trouvé aucun article de presse fiable ni aucune déclaration du joueur français mettant en cause le président français.

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L'attaquant français Kylian Mbappé s'exprime lors d'une conférence de presse à la veille du match amical international de l'équipe contre le Luxembourg, dans le cadre de sa préparation pour le championnat d'Europe de football de l’UEFA Euro 2024, à Longeville-lès-Metz, dans l'est de la France, le 4 juin 2024. (AFPTV / Franck FIFE)

Quant aux publications récentes mentionnées plus haut, elles renvoient vers un article mis en ligne le 4 juin 2026 sur le site "euro-sport.fr".

Ce site, dont l'apparence imite celle du média Eurosport, pratique le typosquatting, c'est-à-dire l'utilisation d'un nom de domaine proche de celui d'un site connu du public, en l'occurrence celui média Eurosport (eurosport.fr) (lien archivé ici).

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Capture d'écran prise le 9 juin 2026 du faux article publié sur euro-sport.fr. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Le site présente par ailleurs plusieurs éléments qui attirent l'attention, notamment l'absence de connexion sécurisée, visible dans la barre de recherches ("Non sécurisé").

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Captures d'écran prises le 9 juin 2026 sur le site d'Eurosport (à gauche) et sur le lien du faux article (à droite). Montage et encadrés colorés effectués par l'AFP.

Contactée le 10 juin 2026 par l'AFP, une porte-parole d'Eurosport a confirmé que l'article était un faux, soulignant que plusieurs éléments graphiques permettaient d'en vérifier l'inauthenticité.

L'horaire du site indique "PDT" au lieu de "GMT", la charte graphique de la vidéo ne correspond pas à celle du média - "Nous n'utilisons pas cet encart noir sur le côté gauche" -, la page est plus courte et "les articles ne sont pas mis à jour".

Après avoir été contacté par l'AFP, le média a publié un communiqué pour confirmer que "ces contenus sont entièrement fabriqués et n'ont aucun lien avec Eurosport" (lien archivé ici).

Dans la vidéo, la voix du narrateur, comme celle attribuée à Kylian Mbappé, présente une diction mécanique et des intonations inhabituelles, caractéristiques fréquemment observées dans les contenus générés artificiellement.

Une analyse de l'audio réalisée par l'AFP, à l'aide du détecteur de deepfakes Hiya.com sur l'outil de vérification InVID-WeVerify (co-développé par l'AFP), indique que l'enregistrement a été "très probablement généré par l'IA".

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Capture d'écran prise le 9 juin 2026 de l'analyse effectuée sur InVID-WeVerify par l'AFP.

Une recherche effectuée sur Whois, qui permet d'obtenir des informations sur les noms de domaine de sites internet, montre que ce site a été créé le 31 mai 2026, soit quelques jours seulement avant la publication de l'article intitulé "Mbappé a évoqué le harcèlement sexuel de la part d'Emmanuel Macron" (lien archivé ici).

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Capture d'écran prise le 9 juin 2026 sur Whois des résultats de recherche sur le site euro-sport.fr. Encadré vert ajouté par l'AFP.

Les informations Whois indiquent également que la dernière modification du site remonte au 5 juin 2026.

L'identité d'un journaliste d'Eurosport usurpée

Autre élément révélateur: l'usurpation de l'identité du journaliste d'Eurosport Martin Mosnier (lien archivé ici).

Contacté le 9 juin 2026 par l'AFP, celui-ci a confirmé ne pas avoir écrit cet article, ni d'ailleurs aucun des articles qui lui sont attribués sur le site.

"C'est franchement inquiétant, parce qu'aujourd'hui, ça nous attaque aussi dans ce qu'on a à dire, dans notre métier, dans la crédibilité de ce qu'on fait, de ce qu'on raconte. Et si demain ce genre de fake news se multiplie par 10, ça va être compliqué d'exister et de conserver une légitimité", a-t-il réagi auprès de l'AFP.

"Il y a un tel degré de mimétisme qui fait que c'est vraiment troublant pour celui qui ne va jamais sur eurosport.fr ou qui ne connaît pas notre ligne éditoriale", pointe-t-il.

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Capture d'écran prise le 9 juin 2026 du profil du journaliste Martin Mosnier sur le site d'Eurosport.fr.

Ce phénomène n'est pas inédit. L'AFP a déjà vérifié par exemple des faux reportages sur le couple présidentiel attribués à des journalistes dont l'identité a été usurpée, comme en février 2026 avec une campagne exploitant l'émotion suscitée par l'affaire Epstein pour diffuser de fausses informations concernant Emmanuel Macron. En décembre 2025, c'était le cas avec la fuite supposée de documents sur le QI du président français.

Une campagne attribuée au réseau Storm-1516

La méthode évoque immédiatement les campagnes de désinformation prorusses, qui ont régulièrement recours à de faux sites usurpant l'identité de vrais journaux pour blanchir leurs contenus.

En l'occurrence, une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que cette opération était imputable de manière "quasi certaine"  au mode opératoire prorusse Storm-1516 (lien archivé ici). Elle relève notamment que les contenus ont été relayés sur les réseaux sociaux par des comptes ayant déjà participé à de précédentes opérations de désinformation.

Le ministère des Armées décrit Storm-1516 comme un réseau actif depuis au moins août 2023, capable d'influencer le débat public européen et, dans certains cas, les processus électoraux.

"L'IA est mise à profit pour élaborer des deepfakes, c'est-à-dire des vidéos usurpant l'identité de personnalités publiques ou même d'internautes anonymes afin de rendre les messages diffusés plus crédibles", peut-on lire sur le site du ministère.

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Schéma de diffusion de Storm-1516 © SGDN du site du Ministère des armées

Les manipulations en ligne attribuées à la Russie se sont multipliées depuis le début de la guerre en Ukraine, usant d'une grande variété de moyens entre guerre hybride et campagnes menées en ligne.

Depuis 2022, l'organisation américaine Newsguard, qui analyse la fiabilité des sites et contenus en ligne, a ainsi identifié 561 sites publiant régulièrement des contenus trompeurs attaquant l'Ukraine et ses alliés (liens archivés ici et ici).

"Ces fausses informations sont diffusées à plusieurs niveaux, à commencer par des officiels russes [...] qui sont repris dans des médias d'Etat ainsi que sur les réseaux sociaux, où elles sont destinées à la fois à un public national et externe à la Russie", avait expliqué à l'AFP le 17 février 2026 Olga Tokariuk, chercheuse au centre Chatham House et co-autrice de plusieurs rapports sur la question (liens archivés ici, ici et ici).

"Ces campagnes sont menées à plusieurs niveaux, mêlent des influenceurs, des comptes publics et des comptes anonymes qui n'ont pas l'air associés entre eux de prime abord", analyse Olga Tokariuk. Leur but : "saturer l'espace informationnel", d'une part "pour voir ce qui marche et sur quoi il faut insister", et d'autre part "pour semer le doute et la confusion en multipliant les fausses nouvelles et les angles d'attaque", avec pour objectif "de saper la capacité du public à distinguer entre infox et information authentique sur les réseaux, et à décrédibiliser les pourvoyeurs d'information traditionnels, mais aussi les institutions démocratiques" et plus largement, les modèles de société occidentaux. 

Y parviennent-ils ? "Dans une certaine mesure, sans doute", estime la chercheuse, "car on constate depuis des années une baisse de confiance dans les médias traditionnels et les institutions" sur le sujet du conflit russo-ukrainien, entre autres.

D'autre part, "des études comme celles de Newsguard ou du American Sunlight project ont montré que le but de nombreux comptes animés par des réseaux comme Pravda [un réseau de 193 sites diffusant des fausses informations visant l'Europe et les Etats-Unis, NDLR] n'est pas tant de s'adresser à un public humain que d'influencer les réponses que les 'chatbots' et les IA font à leurs usagers" (lien archivé ici). Un enjeu stratégique, à l'heure où de plus en plus de personnes s'informent grâce aux agents conversationnels.

Correction d'une coquilleAjout d'un paragraphe sur le communiqué d'Eurosport
10 juin 2026 Ajout d'un paragraphe sur le communiqué d'Eurosport

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