Non, le Rwanda n'a pas suspendu la délivrance de visas à tous les citoyens américains

Les Etats-Unis ont annoncé mi-janvier le gel inédit de la délivrance de visas d'immigrants aux ressortissants de 75 pays. Un jour après cette déclaration, des publications relayées sur les réseaux sociaux ont affirmé que le Rwanda, visé par cette décision, aurait "suspendu à son tour" l’octroi des visas "contre tous les citoyens américains". Mais il s'agit d'une "fake news", ont déclaré à l'AFP les autorités rwandaises. La procédure de demande de visas touristiques, d'affaires ou de titres de séjour pour les citoyens américains souhaitant se rendre au Rwanda est par ailleurs toujours disponible sur les sites de référence de l'administration américaine.

Le 14 janvier 2026, les Etats-Unis ont annoncé le gel pour 75 pays de toutes les procédures de visas d'immigrants, destinés aux personnes qui envisagent d'y résider de manière permanente, dans le cadre de la lutte contre l'immigration lancée par Donald Trump depuis son retour au pouvoir. Cette mesure est entrée en vigueur le 21 janvier sans date de fin précise, a indiqué un responsable américain à l'AFP, sous couvert d'anonymat (lien archivé ici). 

Parmi les pays concernés : Somalie, Russie, Afghanistan, Brésil, Iran, Irak, Egypte, Nigeria, Thaïlande Yémen ou encore Rwanda. 

Dans ce contexte, des publications relayées sur X et sur Facebook ont lancé une rumeur, un jour après l'annonce choc des Etats-Unis. "Le Rwanda suspend à son tour l’octroi des visas contre tous les citoyens américains", avance par exemple ce post X, partagé plus de 400 fois depuis le 15 janvier.

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Captures d'écran prises sur X (à gauche) et Facebook (à droite) le 22 janvier 2026 / Croix rouges ajoutées par la rédaction de l'AFP

"Après la suppressions de VISAS de regroupement familial par les USA dans 70 pays y compris la RDC, la MANTE RELIGIEUSE, le génocidaire et sanguinaire KAGAME supprime à son tour les visas pour les Américains" [sic], soutient également l'auteur de cette publication Facebook, en référence au chef d'Etat rwandais Paul Kagame. 

Mais en réalité, le Rwanda n'a pas annoncé avoir pris une telle décision, contrairement à ce que prétendent, à tort, les publications que nous vérifions.

"Fake news"

Pour vérifier ces dires, l'AFP a contacté le ministère des Affaires étrangères rwandais. Ce dernier n'a pas souhaité s'épancher sur le sujet, qualifiant simplement les publications analysées de "fake news"

Aucun média national rwandais n'a évoqué d'annonce gouvernementale concernant les visas octroyés aux citoyens américains. Une telle mesure n'est pas non plus évoquée dans la presse américaine, ni dans les titres couvrant l'actualité internationale. 

Contactée par AFP Factuel, l'ambassade américaine basée au Rwanda a confirmé que les informations affichées sur le site du Département d'État des États-Unis étaient toujours d'actualité et n'avaient connu aucun changement récent (lien archivé ici). 

Ces pages précisent que les citoyens américains voulant se rendre au Rwanda "peuvent obtenir un visa (...) touristique de 30 jours au point d'entrée pour 50 $ (entrée unique) ou 70 $ (entrées multiples)".

"Pour plus d'informations sur la procédure de demande de permis de séjour ou de permis de travail au Rwanda, veuillez consulter le site web des services d'immigration rwandais", est-il aussi écrit.

Toujours possible de voyager aux USA

"Le Rwanda suspend à son tour l’octroi des visas contre tous les citoyens américains", prétend l'une des publications que nous vérifions, laissant entendre que les Etats-Unis auraient suspendu l'octroi de tous les visas pour tous les citoyens rwandais. Ce n'est pas tout à faire exacte.

En réalité, le gel d'octroi de visas annoncé par les Etats-Unis vise uniquement les personnes qui souhaiteraient résider dans le pays. Les visas touristiques, pas exemple, ne sont pas soumis à cette nouvelle procédure. Elle n'affecte théoriquement pas non plus les visas d'affaires, ni donc les supporters désireux de se rendre à la Coupe du monde de football l'été prochain aux Etats-Unis, bien que l'administration Trump se soit engagée à vérifier l'historique des réseaux sociaux de tous les demandeurs.

Le président américain ne fait cependant pas mystère de sa volonté de réduire l'immigration des personnes qui ne sont pas d'origine européenne. Il a par exemple qualifié les Somaliens de "déchets" qui devraient "retourner d'où ils viennent", alors qu'il s'est dit ouvert à l'idée que des Scandinaves s'installent aux Etats-Unis.

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Des manifestants brandissent des pancartes lors de la manifestation « Free America Walkout » pour protester contre l'agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) et les politiques du président américain Donald Trump, à Los Angeles, le 20 janvier 2026. (AFP / PATRICK T. FALLON)

Dans la lignée de sa politique anti-immigration, le président américain avait d'ailleurs déjà signé en décembre dernier une proclamation "élargissant et renforçant les restrictions d’entrée sur le territoire américain pour les ressortissants de pays qui présentent des lacunes avérées, persistantes et graves en matière de contrôle, de vérification et de partage d’informations", détaillait la fiche d'information mise en ligne par la Maison Blanche le 16 décembre 2025 (lien archivé ici).

Elle listait notamment "12 pays à haut risque" : l’Afghanistan, la Birmanie, l’Érythrée, la Guinée équatoriale, Haïti, l’Iran, la Libye, la République du Congo, la Somalie, le Soudan, le Tchad et le Yémen. Cette note ajoutait aussi "des restrictions et des limitations d’entrée totales pour cinq autres pays" : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Soudan du Sud et la Syrie.

Le Burkina Faso et le Mali, deux pays sahéliens dirigés par des juntes militaires, ont eux annoncé le 31 décembre 2025 répliquer par "réciprocité" aux mesures de Washington, et appliquer désormais "aux ressortissants des Etats-Unis d'Amérique des mesures équivalentes en matière de visa" (dépêche AFP archivée ici). 

Aucune communication officielle n'a pour l'heure émané du Niger - pays allié avec les deux précédents au sein d'une confédération - sur le sujet des visas, mais l'Agence nigérienne de presse faisait état le 25 décembre d'une mesure similaire, citant une source diplomatique (lien archivé ici). 

Depuis le retour de Trump à la tête des Etats-Unis, le département d'Etat américain a annoncé avoir révoqué plus de 100.000 visas, un record en un an. Le mois dernier, le ministère de la Sécurité intérieure a également affirmé que l'administration Trump avait expulsé plus de 605.000 personnes et que 2,5 millions d'autres étaient parties de leur propre chef.

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