Attention à ces fausses informations sur les vaccins pour animaux de compagnie

En France, certains vaccins sont recommandés pour les chiens et chats contre des maladies transmissibles à l'Homme, comme la leptospirose et la rage. Ces derniers mois, une vidéo diffusée par une association américaine anti-vaccins a été largement relayée par des internautes affirmant que les vaccins annuels pour animaux de compagnie sont une "escroquerie" et que les "sérums injectés sont de véritables poisons". Mais ces vaccins permettent de protéger les chiens et les chats contre des maladies graves, parfois mortelles, tout en jouant un rôle-clé en termes de santé publique, expliquent les autorités de santé et les experts interrogés par l’AFP. 

Une "escroquerie", de "véritables poisons" ou même responsables de la mort de "milliers d’animaux chaque jour" : les vaccins destinés aux animaux de compagnie, comme les chiens et les chats, sont la cible de graves accusations sur les réseaux sociaux (ici, ici ou ).

Un court texte intitulé "VACCINS ANNUELS POUR CHIENS ET CHATS : une escroquerie !!!" y est largement partagé (1,2,3), associé à l'extrait d'une vidéo produite par la Children's Health Defense (Défense de la santé des enfants, en français, NDLR), une organisation américaine anti-vaccins, qui diffuse régulièrement des contenus faux ou trompeurs sur les vaccins. 

Dans la vidéo, Marcie Fallek, une "vétérinaire holistique" se revendiquant d'une approche "plus naturelle" tournée vers l'homéopathie ou l'acupuncture, affirme que les vaccins annuels à destination des animaux de compagnie sont inutiles et qu'ils ne visent qu'à rapporter de l'argent.

Il "n'y a aucune raison d'amener vos animaux de compagnie pour une visite annuelle [chez le vétérinaire, NDLR], à moins qu'ils ne soient réellement malades", est-il écrit dans le texte de ces publications, affirmant citer Mme Fallek sur ce point, sans guillemets. "Tous ces sérums injectés sont de véritables poisons", est-il même affirmé ensuite.

Image
Capture d'écran prise sur Facebook le 9/01/2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP.

Mais la vaccination constitue un pilier de la médecine préventive selon les chercheurs et vétérinaires interrogés par l'AFP : elle vise à prévenir des maladies graves ou à en réduire la sévérité et a permis l'éradication de maladies comme la rage en France métropolitaine ou la réduction drastique de plusieurs maladies importantes chez l'Homme et les animaux.

Pourquoi vacciner les animaux de compagnie ?

En France, il n’existe pas d’obligation de vacciner son chien ou son chat, à l’exception de la rage, qui fait l’objet d'une réglementation spécifique notamment dans le cadre de transport d’animaux domestiques ou sur des territoires à risque particulier comme la Guyane ou pour certains types d’animaux comme les chiens d’attaque. D'autres vaccins, contre la leishmaniose ou la maladie de Lyme par exemple, sont recommandés selon le mode de vie et l'environnement de l'animal.

"Les animaux sont vaccinés, sur conseil et prescription de leur vétérinaire traitant pour prévenir au mieux des maladies graves, contagieuses et quelquefois mortelles notamment chez les jeunes animaux, pour protéger la santé publique (rage et leptospirose) et pour respecter des règles propres à certains établissements ou événements (concours, pensions canines, séjours en camping, …)", a expliqué à l'AFP l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui délivre notamment les autorisations de mise sur le marché des médicaments vétérinaires (lien de son site archivé).

"Les chiens sont ainsi classiquement vaccinés contre la maladie de Carré, l’hépatite de Rubarth, la parvovirose, la leptospirose et éventuellement la rage, tandis que les chats sont vaccinés généralement contre le typhus, le coryza et la leucose féline (FeLV) et éventuellement la rage. Ces maladies sont pour la plupart virales (sauf la leptospirose), très contagieuses et souvent graves. La leptospirose et la rage sont des zoonoses et peuvent donc se transmettre à l'Homme", a précisé l’Anses.

Quant aux visites annuelles, décriées dans les messages relayés sur les réseaux sociaux, permettent, selon l'Anses, de "réaliser un bilan de santé complet, ce qui est essentiel pour détecter d’éventuels problèmes avant qu’ils ne deviennent graves".

C’est justement lors de ces visites annuelles que le vétérinaire pourra donner son avis sur la nécessité, ou non, d’administrer un vaccin à un animal de compagnie. 

Selon Ghislain Manet, président de la Société vétérinaire pratique de Francela nécessité de la vaccination dépend de si l'animal "sort, s'il va en forêt, s'il voit d'autres animaux... Si votre animal va en pension, vous devez le vacciner, parce que c'est comme quand un enfant va à la crèche ou en colonie de vacances: il risque fort de rencontrer des virus autres que ceux qu'il y a chez lui" (lien archivé ici).

Même recommandations pour David Quint, vétérinaire et président de l'organisation professionnelle représentative des vétérinaires libéraux (SNVEL) qui rappelle que "les protocoles vaccinaux sont adaptés à l'usage" (lien archivé ici).

Il tient aussi à rappeler que l'absence de vaccin a des conséquences concrètes: "Je vois tous les ans des chiens mourir de leptospirose" (une maladie transmise par les urines de rongeurs), déplore-t-il. Et de souligner que les antibiotiques "ne suffisent pas forcément à sauver l'animal, alors qu'on sait que si on l'avait vacciné, on l'aurait protégé".

"La seule prévention que nous pouvons faire vis-à-vis d'une maladie virale, c'est l'administration - dès lors que vous n'êtes pas encore malade - d'un vaccin. Et ce vaccin a pour but de faire produire à l'organisme des défenses immunitaires qui font que quand le virus va arriver, il va être reconnu par vos défenses immunitaires et être neutralisé", a aussi expliqué à l'AFP Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires.

"Il vaut mieux prévenir que guérir", résume-t-il.

Code de déontologie

Contrairement à ce qu'avance Marcie Fallek, il est infondé de dire qu'on vaccine plus qu'avant, assure David Quint. 

"On a de plus en plus de possibilités de vacciner contre des maladies diverses et variées. Le catalogue possible de protection qu'on a chez les chiens est plus important aujourd'hui qu'il ne l'était il y a 20 ans. Par contre, pour un vaccin qui existait déjà il y a 20 ans, on a adapté les protocoles de manière à ce que les injections soient moins fréquentes", souligne le vétérinaire et président du SNVEL. 

Sur l'accusation de vaccins inutiles qui nourriraient un "business", le professionnel rappelle que les vétérinaires doivent respecter un code de déontologie leur interdisant de faire passer leur intérêt avant celui de leurs patients ou de pratiquer leur profession comme un commerce.

Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires, souligne de son côté les coûts importants du traitement d'une maladie, d'éventuels examens complémentaires et des impasses thérapeutiques. "Si on voulait faire du business, les vétérinaires auraient tout intérêt plutôt à traiter des animaux malades", a-t-il conclu.

Rapport bénéfice-risque

Avant sa mise sur le marché, un vaccin, comme tout médicament, fait l'objet d'une évaluation "pour vérifier que leur balance bénéfice/risque soit favorable", rappelle l'Anses, citant notamment une étude rétrospective publiée en 2018 (lien archivé ici) confirmant que la balance bénéfice/risque des vaccins canins est "très largement favorable".

"Nous n’avons pas actualisé l'étude faite en 2018 sur l’ensemble de ces vaccins mais au vu des remontées observées, les principales conclusions de cette étude nous paraissent toujours valables : à savoir que les effets indésirables graves post-vaccinaux sont très rares (de l’ordre de 0,37 cas pour 10.000 selon l’étude de 2018) [...] En ce qui concerne le taux de mortalité après vaccination, très lié à la qualité de prise en charge de ces réactions d’hypersensibilité, si l’on prend en compte les cas en lien probable ou possible avec le vaccin, on obtient un nombre de deux chiens décédés pour un million de doses vaccinales injectées", a détaillé l'Anses.

Les vaccins font aussi l'objet d'un suivi, via un dispositif de pharmacovigilance de l'Anses qui "collecte et analyse toutes les déclarations d’événements indésirables, émanant principalement des vétérinaires. Chaque vaccin est surveillé en continu et les notices des vaccins sont tenues à jour en termes d’effets indésirables possibles, précautions d’emploi, contre-indications", pointe l'agence.

"Un animal qui meurt suite à l'administration d'un vaccin, ça ne m'est jamais arrivé. Ca fait plus de 20 ans que je suis vétérinaire et des vaccins, j’en fais plusieurs centaines par an. Par contre, qu’un animal se plaigne suite à une injection de vaccin, gémisse un peu suite à la piqûre ou dans les heures qui suivent, est un peu courbaturé, évidemment, ça arrive régulièrement, peut-être une quinzaine de fois par an. Mais tout comme chez les gens", explique aussi David Quint. 

Conséquences du Covid 

Depuis la pandémie de Covid-19, le vétérinaire Nicolas Deswarte note une augmentation du nombre de questions sur les vaccins et leur utilité de la part des propriétaires de chiens ou chats. Pour répondre à leurs interrogations croissantes, ce vétérinaire qui exerce depuis 2009 en Normandie a décidé fin 2023 de réaliser des vidéos sur TikTok dont certaines (1,2) traitent de l'intérêt des vaccins (liens archivés ici et ici).

Selon un sondage réalisé en 2023 aux États-Unis, 52% des propriétaires d’animaux de compagnie ont exprimé des doutes quant à l’innocuité, l’efficacité ou l’importance de la vaccination de leur compagnon à quatre pattes. Une autre étude menée au Brésil a par ailleurs montré que les individus n’étant pas eux-mêmes entièrement vaccinés contre le Covid-19 étaient moins enclins à vacciner leurs animaux. 

"Les vétérinaires observent effectivement une méfiance accrue chez une partie des propriétaires, parfois renforcée par les discours anti-vaccination apparus ou amplifiés pendant la période Covid", explique Marie-Agnès Pellecuer, vétérinaire et présidente du groupe d’étude de médecine préventive de l’AFVAC. "Mais cette expérience a aussi permis à de nombreux propriétaires de mieux comprendre l’intérêt de la vaccination, notamment les notions d’immunité collective et de bénéfice–risque", a-t-elle nuancé (lien archivé ici).

En France, les taux de vaccination ne faiblissent pas. Selon l'Observatoire de la vaccination des chiens et des chats du SIMV, la couverture vaccinale est globalement stable sur la période 2017-2024 pour les chiens (de l'ordre de 60%) et en hausse pour les chats. "Les taux de couverture [vaccinale, NDLR] restent toutefois faibles avec un chat sur 4 protégé", précise le Syndicat de l’Industrie du Médicament et diagnostic Vétérinaires (lien archivé ici).

Les vaccins, qu'ils soient destinés aux animaux ou aux humains, sont très régulièrement la cible de désinformation. L'AFP a consacré plusieurs articles de vérification à ce sujet, comme ici, ici ou ici

Vous souhaitez que l'AFP vérifie une information?

Nous contacter