Des supporters marocains mécontents n'ont pas incendié la maison de Brahim Diaz, ces images sont générées par IA

Le Sénégal a remporté dimanche 18 janvier la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), lors d’un match très tendu et aux multiples rebondissements. Le Maroc a failli remporter la compétition en bénéficiant d’un pénalty à une minute de la fin théorique du match. Mais Brahim Diaz, le joueur marocain chargé de marquer ce but décisif, a manqué son coup. Depuis, des publications sur les réseaux sociaux affirment, vidéos à l’appui, que des supporters marocains mécontents auraient mis le feu à la maison du joueur. Mais c’est faux : les images de l’incendie ont été générées par IA. Par ailleurs, aucune source crédible ne fait état d’un incendie au domicile du footballeur.

"Regardez comment les marocains ont mis la maison de Brahim Diaz en feu", affirme un internaute dans une vidéo publiée le 19 janvier 2026, qui cumule depuis plus de 175.000 mentions "j’aime" et 18.000 partages. A l’appui de ces dires, une séquence de quelques secondes qui montre une riche demeure en flammes, devant quatre passants médusés.

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Capture d’écran d'une publication Facebook, effectuée le 22 janvier 2026 / Croix rouges ajoutées par la rédaction de l'AFP.

L’internaute qui commente cette scène affirme que des supporters marocains mécontents auraient mis le feu à la maison du footballeur à cause de son "pénalty raté" lors de la finale de la CAN 2025, qui a eu lieu dimanche 18 janvier 2026.

Lors de cette rencontre survoltée, l’arbitre a pris la décision contestée d’accorder un pénalty au Maroc alors même que le score était toujours de 0-0 à quelques minutes de la fin théorique du match, offrant par là au pays hôte une occasion en or de remporter la Coupe.

Chargé de ce tir décisif, le footballeur marocain Brahim Diaz a choisi de l’exécuter à la manière d’une "panenka", une balle lobée au centre et tirée tout doucement. Le gardien sénégalais Édouard Mendy ne s’est pas laissé tromper et l’a facilement arrêtée, au grand dam de l’équipe marocaine. Cette occasion manquée a permis au match de continuer en phase de prolongations, à l’issue de laquelle le Sénégal s’est imposé 1 à 0 et a remporté le précieux trophée. 

Plusieurs voix ont très sévèrement critiqué Brahim Diaz. C'est le cas par exemple de l'ancien sélectionneur du Maroc Hervé Renard, qui a estimé que son choix de panenka était "inapproprié" pour un penalty aussi décisif et que cela relevait d'un "manque de respect pour tout un pays". De nombreux supporters du Maroc ont eux aussi exprimé sur les réseaux sociaux leur colère et leur mécontentement à l’égard de Brahim Diaz.

Si bien que la vidéo supposée montrer l’incendie de son domicile par des supporters marocains n’a pas étonné outre mesure et a été vastement repartagée sur Facebook (1, 2, 3). Dans les commentaires, beaucoup d’internautes semblent croire que cet incendie est réel.

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Capture d’écran de commentaires sous la publication Facebook contenant la vidéo IA, effectuée le 22 janvier 2026 / Floutage des noms et des photos de profil effectué par la rédaction de l'AFP.

Mais c’est faux : la vidéo censée montrer la maison du joueur en feu a été générée par IA. Par ailleurs, aucune source crédible ne fait état d’un incendie à son domicile.

Une infox, différentes maisons

Une recherche par mot-clé avec les groupes de mots "maison de Brahim Diaz en feu" puis "incendie de la maison de Brahim Díaz" permet de constater qu’aucun média marocain n’évoque une quelconque attaque contre le domicile du footballeur. En revanche, elle permet de trouver d’autres vidéos reprenant ce narratif, mais qui montrent des maisons toutes très différentes les unes des autres.

Sur la vidéo repérée initialement (1, 2), la maison en feu est une villa blanche avec de grandes fenêtres en arc et un jardin de façade avec des palmiers. Dans cette autre vidéo, c’est une maison à deux niveaux avec des fenêtres carrées et un jardin avec une petite haie. Dans cette troisième vidéo, la maison en feu est une habitation dans une ruelle étroite, disposant d'un balcon en bois.

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Captures d'écran comparant les trois vidéos générées par IA censées montrer l'incendie de la maison de Brahim Diaz, effectuées le 22 janvier 2026 / Croix rouge ajoutée par la rédaction de l'AFP.

L’incohérence entre ces différentes vidéos laisse planer un doute sur l’authenticité de l’information selon laquelle il s’agit de l’incendie du domicile de Brahim Diaz. 

Vidéos générées par IA

Une analyse attentive de la première vidéo, la plus virale (1, 2), met en évidence la présence d'incohérences typiques de contenus générés par intelligence artificielle. La femme filmant la scène et l'homme en pyjama sont quasi-statiques, comme des statues. Les deux personnes passant juste derrière l’homme semblent se fondre temporairement en un seul individu, avant de se séparer de nouveau. Par ailleurs, l'aspect de l'image est très "lisse", comme c'est souvent le cas pour les images générées par IA

En essayant de retrouver l’origine de cette vidéo grâce à une recherche d’images inversée, on retombe rapidement sur une vidéo de bien meilleure qualité publiée sur TikTok le 19 janvier, au lendemain de la rencontre Maroc-Sénégal. Cette vidéo, qui constitue très probablement l'originale, cumule plus de 390.000 "j’aime" et 33.000 partages. 

La plateforme précise qu'elle "contient des médias générés par IA".

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Capture d’écran TikTok effectuée le 22 janvier 2026 / Rectangle rouge ajouté par la rédaction de l'AFP.

L’utilisateur nigérian qui l’a publiée indique dans son profil que "toutes les vidéos" de son compte "sont générées par IA". Il semble vendre des formations pour créer des vidéos générées par intelligence artificielle, comme le suggère l'invitation dans son profil à lui envoyer "un message pour apprendre".

On retrouve les mêmes éléments (incohérences visuelles, fortes suspicions des détecteurs d’IA, compte ayant initialement publié les images spécialisé dans l’IA) pour les deux autres vidéos censées elles aussi montrer la maison de Brahim Diaz en flammes.

Ainsi, les mouvements des personnes dans la vidéo où l’on voit un homme tenir une torche sont mécaniques, les flammes sont peu naturelles et les visages des personnes semblent se déformer d’un moment à l’autre. Selon le détecteur IA, Hive Moderation, ces images ont 98% de chances d’avoir été générées par IA.

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Capture d’écran montrant le résultat de l'analyse réalisée par Hive Moderation, effectuée le 22 janvier 2026

Les deux séquences qui sont mises en avant dans la troisième vidéo, celle de la maison avec un balcon, comportent des filigranes avec un nom d'utilisateur TikTok, qui permettent de retomber rapidement sur les comptes les ayant initialement publiées : @scaface.jr et @scaface.jr2. Ces deux comptes sont dédiés à la création par IA. Le réseau social indique par ailleurs que les deux séquences ont été générées par IA, ce que confirme l’analyse de l'outil de détection IA Hive Moderation.

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Capture d’écran montrant le résultat de l'analyse réalisée par Hive Moderation, effectuée le 22 janvier 2026

Aucune trace d'un quelconque incendie

Une recherche par mot-clé avec les groupes de mots "maison de Brahim Diaz en feu" puis "incendie de la maison de Brahim Díaz" ne conduit vers aucune source crédible.

"Aucun média marocain n’a évoqué cette rumeur, ni aucune agression contre" Brahim Diaz, a indiqué un journaliste de l’AFP basé au Maroc. Selon lui, le joueur réside en fait en Espagne, car il est attaquant au Real de Madrid.

Deux articles de la presse espagnole (ici et ici) confirment que Brahim Diaz habite en effet en Espagne, et plus précisément à San Sebastián de los Reyes, une ville de la région de Madrid.

Le bureau de l’AFP à Madrid a contacté la mairie San Sebastián de los Reyes au sujet d’un potentiel incendie la maison de Brahim Diaz, mais le service de presse de la ville a indiqué "n’avoir aucune information à ce sujet".

Le journaliste sportif du bureau de l’AFP à Madrid a également confirmé qu’aucune information ne circulait en Espagne sur un prétendu incendie du domicile de Brahim Diaz. Ni la Fédération royale marocaine de football, ni le Real de Madrid n’ont pas fait d’annonce en ce sens, a constaté un journaliste AFP après avoir épluché leurs réseaux sociaux et leurs communiqués de presse récents.

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L'attaquant marocain Brahim Diaz abattu après la finale de la CAN de football, qui opposait le Sénégal et le Maroc à Rabat, le 18 janvier 2026. (AFP / SEBASTIEN BOZON)

Le narratif selon lequel des supporters mécontents incendieraient le domicile d’un footballeur qui aurait mal joué est un classique de la désinformation en temps de compétition sportive. Plus tôt lors de cette édition de la CAN, le joueur nigérian Samuel Chukwueze - qui a raté un pénalty lors de la demi-finale qui opposait son pays au Maroc - avait lui aussi été ciblé par la même infox, là encore appuyée par des vidéos d’incendies générées par IA.

Après son tir manqué, Brahim Diaz a tenu à présenter ses excuses aux supporters marocains et à ses coéquipiers, reconnaissant sa responsabilité dans ce moment clé du match. "Je prends entièrement la faute, j’aurais aimé faire mieux pour l’équipe", a-t-il déclaré en espagnol et en arabe sur son compte Instagram. Malgré cette déception, le joueur a assuré rester concentré et prêt à rebondir lors des prochaines grandes rencontres.

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