Covid-19 : des tests positifs sur du Coca ou de la compote ne prouvent pas leur inutilité

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Des vidéos, partagées des milliers de fois sur Facebook et Twitter en une semaine, sont censées démontrer le manque de fiabilité des tests de dépistage du nouveau coronavirus, parce qu'une compote de pomme serait testée "positive" au Sars-CoV-2. Mais les experts interrogés par l'AFP expliquent que ces expériences ne sont pas concluantes et ne remettent pas en question l'efficacité de ces tests.

Une personne portant des gants bleus place un peu de compote sur un test antigénique. Après un court laps de temps, elle approche le test de la caméra. Il est positif. "Une compote de pommes positive au test Covid 19 . Normal que avec les tests Covid, on trouve que tout le monde à le Covid", en conclut un internaute. 

Dans une seconde vidéo, qui montre une session au Parlement national européen le 10 décembre, le député du FPÖ Michael Schnedlitz teste une goutte de Coca-Cola de manière, dans le but de démontrer l'inutilité des tests. 

"Allemagne : Du Coca-Cola testé positif au Covid-19. Ces tests ne sont là que pour créer "des cas" et justifier la dictature sanitaire et le gel des institutions et de l’Etat de Droit", s'indigne un internaute relayant la vidéo. 

Capture d'écran Facebook prise le 15 décembre 2020
Capture d'écran Facebook prise le 15 décembre 2020

 

Quel est le test employé ? 

Les tests de dépistage au Sars-Cov-2 peuvent être classés en 3 catégories : 

Dans ces vidéos, il s'agit de tests antigéniques. Pour le test de la compote il s'agit spécifiquement d'un test manufacturé par MEDsan, le logo étant visible dans la vidéo.

Le principe des tests est rappelé dans l'infographie ci-dessous.

Dans le cas des tests MEDsan, si deux bandes apparaissent, le résultat est positif, comme indiqué sur leur notice. Si une seule barre apparaît au niveau de la lettre C, le résultat est négatif. Si c'est au niveau de la lettre T, ou qu'aucune bande n'apparaît, le test est invalide.

Capture d'écran d'une notice de tests MEDSan

Que disent le fabricant et les experts ? 

Nous avons contacté le fabricant du test présenté le 9 décembre. Le porte-parole de MEDsan, Kai Markus Xiong, n'a pas émis de doute quant à l'authenticité de la vidéo, quand bien même la deuxième barre (au niveau de la lettre T) est difficilement observable dans la vidéo.

Il a toutefois souligné qu'il n'était pas possible de dire si le test avait été effectué de manière appropriée : "Nous ne savons pas si la personne vue dans la vidéo est infectée par le coronavirus et si le test a été stocké correctement", explique-t-il.

Après avoir été contactée, MEDsan a également effectué ses propres tests pour tenter de reproduire ce résultat. Deux employés, dont les tests PCR se sont révélés négatifs, ont testé un désinfectant à base d'alcool, de la confiture de fraise, du nettoyant pour vitre, des pommes et du jus de pomme. Le résultat montre un résultat positif pour le désinfectant et un faible résultat positif pour la confiture de fraise. 

Résultats des tests effectués par MEDsan, le 9 décembre 2020

Mais pour le fabricant, ces résultats ne contredisent pas la fiabilité de ce test antigènique : "Notre tâche est de nous assurer que le test fournit des résultats fiables chez l'homme. L'appliquer à des produits alimentaires ne signifie pas qu'il y a un doute sur sa validité pour détecter le Sars-CoV-2", explique l'entreprise.

"Le test doit être considéré comme un outil utilisé par un personnel formé", poursuit son porte-parole. Ce personnel s'assure qu'aucun facteur n'affecte le test. Il prélève l'échantillon sur la paroi du nez ou de la gorge, comme pour le test RT-PCR. 

L'AFP a également montré la vidéo à des experts en immunologie et de biochimie. Ils soulignent eux aussi que les conditions du test, notamment l'acidité, sont cruciales pour parvenir à un résultat valable, et qu'ils sont fabriqués uniquement pour tester un prélèvement pour lequel ils ont été évalués.

Thomas Decker, professeur d'immunobiologie à l'université de Vienne, rappelle que "le test a été mis au point permettre la fixation d'un anticorps aux antigènes, et non pour subir des réactions à certains aliments".

"Un test ne peut fonctionner que si vous maintenez les conditions correctes", abonde Annette Beck-Sickinger, professeure de biochimie à l'Université de Leipzig.

Pour effectuer un test antigénique dans de bonnes conditions, il faut d'abord plonger le prélèvement dans une solution tampon. Mais "elle n'est pas capable de neutraliser de grandes quantités d'acide (comme ceux contenus dans une pomme)", détaille-t-elle.

En modifiant les conditions du test, comme son pH ou sa température, celui-ci peut "provoquer une réaction non spécifique aux anticorps (recherchés)", causant ainsi un faux positif, explique encore la chercheuse. 

Le même principe vaut pour la vidéo du "test" au Coca-Cola, effectué au Conseil national autrichien.

Les conditions du test ne respectent pas celles préconisées pour le faire, notamment le passage dans une solution tampon. Le pH acide de la boisson va détruire la protéine de l'anticorps nécessaire au test, qui réagit avec le virus, comme l'a expliqué le fabricant du test, Dialab GMBH, sur sa page Facebook, en réaction à cette vidéo.

Capture d'écran Facebook prise le 15 décembre 2020

En conclusion : ces deux expériences ne démontrent pas que les tests antigéniques ne peuvent pas être utilisés pour détecter des infections au Sars-Cov-2. Elles montrent uniquement que les tests peuvent conduire à des résultats erronés s'ils ne sont pas utilisés dans de bonnes conditions, et si l'échantillon prélevé n'est pas un élément destiné à être testé. Elles ne montrent d'ailleurs pas comment les tests se comportent lorsqu'ils sont effectués dans de bonnes conditions, et à partir d'un prélèvement nasal ou salivaire. 

Les tests antigéniques sont certes réputés moins fiables que les tests RT-PCR, - en France ils doivent présenter une sensibilité clinique supérieure ou égale à 80% selon la Haute autorité de Santé -, mais ils restent un outil valable pour tenter de déceler une infection. 

Traduction et adaptation :
COVID-19