Virus pas “dangereux”, tests défaillants, effets du confinement… Cette vidéo relaye plusieurs infox sur le Covid-19

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Dans une vidéo cumulant plus de 8.500 partages sur Facebook depuis le 14 décembre, des professionnels de la santé membres d'une organisation appelée World Doctors Alliance remettent en question plusieurs faits liés à la pandémie de Covid-19. L'AFP a décrypté ces fausses affirmations.

Une dizaine de personnes sont assises derrière une table, face à la caméra. Tour à tour, elles prennent la parole: "nous sommes des médecins, des scientifiques et des militants de la paix", annonce l’un des participants, membre de cette organisation appelée World Doctors Alliance.

Dans cette vidéo cumulant plus de 8.500 partages (1, 2) sur Facebook depuis le 14 décembre, ces scientifiques avancent plusieurs affirmations au sujet du Covid-19. Beaucoup sont fausses: l'AFP les avait déjà vérifiées dans cet article en anglais

Capture d'écran d'une publication facebook réalisée le 22 décembre 2020

La vidéo partagée dans ces publications est en réalité un extrait de quatre minutes d'un clip plus long, publié sur YouTube puis supprimé pour cause de violation des termes et conditions de la plateforme.

Dans ce nouvel extrait, cinq membres de la World Doctors Alliance, déjà épinglés pour leurs thèses conspirationnistes, prennent la parole: Heiko Schöning, Mohammad Adil, Elke de Klerk, Mikael Nordfors et Zac Cox. 

L'AFP a isolé et vérifié trois de ces affirmations. 

Heiko Schöning, qui se présente comme un médecin exerçant en Allemagne, commence par assurer que "l'affaire Covid-19 n'est pas vraie".

D'autres intervenants de la vidéo avancent des affirmations du même registre: Mohammad Adil, un chirurgien exerçant au Royaume-Uni, suspendu de ses fonctions selon le British Medical Journal, affirme que "le coronavirus n'a pas été aussi dangereux qu'il a été orchestré". 

Une autre intervenante, Elke de Klerk, médecin généraliste au Pays-Bas, explique quant à elle que l'épidémie "n'est pas aussi terrible que les médias" le "disent", mais aussi que "les hôpitaux ne sont pas pleins" et que les gens ne sont "pas malades". 

Ces propos, qui tendent à minimiser l'ampleur de l'épidémie, s'opposent au constat dressé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a officialisé le 11 mars 2020 l'existence d'une pandémie de Covid-19 à l'échelle mondiale. 

"Nous sommes profondément préoccupés tant par les niveaux alarmants de propagation et de gravité que par les niveaux alarmants d'inaction" dans le monde, avait alors déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse à Genève. "Nous avons donc estimé que le Covid-19 peut être qualifié de pandémie", avait-il précisé.

Pour l'OMS, "on parle de pandémie en cas de propagation mondiale d’une nouvelle maladie". Une définition qui correspond à la nature de l'épidémie de Covid-19: cette dernière a fait au moins 1.706.032 morts dans le monde depuis que le bureau de l'OMS en Chine a fait état de l'apparition de la maladie fin décembre 2019, dans 175 pays, selon le décompte de l'université américaine John Hopkins au 22 décembre.

Capture d'écran du site de l'université américaine John Hopkins, réalisée le 22 décembre 2020

Depuis le début de la pandémie, l'AFP a vérifié des dizaines d'affirmations minimisant voire niant intégralement l'ampleur de la pandémie.

Dans la vidéo, la médecin Elke de Kler assure également que les tests fournis pour détecter la présence du virus "ne fonctionnent pas comme ils le devraient".

Les tests de dépistage au Sars-Cov-2 peuvent être classés en 3 catégories: RT-PCR (via un prélèvement naso-pharyngé la plupart du temps), sérologique (via une analyse sanguine) ou antigéniques (par prélèvement naso-pharyngé également).

Graphique expliquant le fonctionnement du test antigénique rapide par prélèvement nasal permettant de détecter une infection au Covid-19 (John SAEKI / AFP )

Les tests RT-PCR (ou "virologiques"), qui permettent via un prélèvement nasopharyngé de déterminer si un patient est porteur ou non du virus à l'instant T, cherchent "des régions du génome qui sont spécifiques" à ce virus, expliquait le 8 septembre 2020 à l'AFP Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence des virus des infections respiratoires de l'Institut Pasteur.

Techniquement, il s'agit de transcrire du matériel génétique du virus (de l'ARN) en ADN puis de l'amplifier en plusieurs cycles – à des températures différentes – pour pouvoir détecter même de petites quantités de matériel génétique.

Ces tests détectent "la présence du génome du virus et cela ne fait aucun doute", abondait à la même époque Juan Carballeda, chercheur au Conicet (Conseil national de la recherche scientifique et technique) et membre de l'Association argentine des virologies.

Juan Sabatté, médecin et docteur en microbiologie, expliquait aussi que le test PCR "détecte des séquences d'ARN spécifiques présentes dans l'ARN du virus Sars-Cov-2".

Comme l'AFP l'expliquait dans cet article, "la spécificité" des tests RTP-CR, c’est-à-dire leur capacité à identifier un virus et à ne pas le confondre avec d'autres, était estimée début septembre à près de "99%", selon Cédric Carbonneil, chef du service d’évaluation des actes professionnels de la Haute autorité de Santé (HAS). Ce qui rend rarissime les résultats "faux positifs". 

Les tests sérologiques Sars-Cov-2 en France doivent eux avoir une spécificité d'au moins 98%, conformément au cahier des charges de la HAS. 

L'autre critère de fiabilité des tests s'appelle la sensibilité, c'est-à-dire la capacité du test à détecter le virus, même présent en faible quantité. Les tests sérologiques Sars-Cov-2 doivent avoir une sensibilité d'au moins 90%. Quant aux tests RT-PCR, leur "sensibilité clinique" (c'est-à-dire en conditions réelles) est estimée à 70%, note Cédric Carbonneil, de l'HAS.  

Un infirmier administre un test de dépistage du COVID-19 à Ljubljana, en Slovénie, le 22 décembre 2020. (AFP / Jure Makovec)

Cette moyenne tient compte de deux facteurs indépendants de la fiabilité de la technique elle-même, explique l'immunologiste : "les prélèvements mal réalisés" d'une part et "la migration" du virus de la zone nasopharyngée aux poumons lorsque la pathologie est avancée.

Selon Robert Schmerling, rédacteur-en-chef de la revue Harvard Heard Publishing, les faux positifs pour les tests PCR sont rares et souvent dus à des contaminations des prélèvements en laboratoire.

"Le taux de faux positifs - c'est-à-dire la fréquence à laquelle le test dira que vous avez le virus alors que vous ne l'avez pas -  est proche de zéro. La plupart des faux positifs sont dus à une contamination en laboratoire ou à d'autres problèmes en lien avec la manière dont le laboratoire a réalisé le test, et pas à une limite de fiabilité des tests.

Dans un avis du 17 novembre, le Conseil scientifique français a souligné que les tests antigéniques, de plus en plus utilisés notamment dans la capitale française, "sont moins sensibles, détectant les sujets à la phase contagieuse de l’infection où la charge virale est plus élevée, mais passant à côté des infections débutantes si bien que des sujets détectés négatifs en début d’infection pourront être contagieux dans les trois jours suivants". 

L'AFP a récemment vérifié d'autres affirmations qui remettaient en cause l'efficacité des tests pour détecter la présence du virus.

Vers la fin de la vidéo virale, Zac Cox, qui se présente comme dentiste, affirme que la stratégie de confinement "a causé plus de dommages que le virus".

Plusieurs institutions nationales et internationales ont insisté ces derniers mois sur les avantages de certaines mesures de restrictions sociales pour endiguer la pandémie.

En Afrique du Sud par exemple, le président Cyril Ramaphosa expliquait en mai 2020 pourquoi les restrictions de mouvement permettaient notamment de limiter le nombre de nouvelles infections. 

Une officière des services de police sud-africains fouille le sac du femme à Sunnyside, Pretoria, le 7 mai 2020, pendant une patrouille visant à enforcer les mesures du confinement en Afrique du Sud. (AFP / Christiaan Kotze)

"Grâce aux mesures prises et aux sacrifices que vous avez consentis, nous avons réussi à diminuer le taux d'infection et empêcher que nos institutions de santé soient dépassées", avait-il déclaré.

Ce temps gagné a permis "de construire une réponse de santé publique massive et de préparer notre système de santé pour une prévisible augmentation des infections", avait-il ajouté. 

Plusieurs pays européens ont également ré-imposé des restrictions depuis la fin du mois d'octobre pour faire face à une seconde vague de l'épidémie au cours de laquelle le nombre de cas a très fortement augmenté.

L'OMS reconnaît néanmoins que "les mesures de distanciation physique et les restrictions à la liberté de circulation à grande échelle, souvent appelées 'confinement', peuvent ralentir la transmission de la COVID-19 en limitant les contacts entre les personnes", tout en expliquant que la décision de confiner une population peut être prise ou non en fonction de chaque cas.

En Afrique du Sud par exemple, les inégalités ont augmenté et de nombreux emplois ont disparu.

L'OMS, tout en reconnaissant parfois la nécessité de telles mesures, note par ailleurs que de telles stratégies ont "des conséquences délétères graves sur les individus, les communautés et les sociétés, car elles entraînent un arrêt quasi-total de la vie sociale et économique". 

L'ampleur de ces conséquences délétères est néanmoins difficile à mesurer et à comparer aux effets sanitaires du virus, l'épidémie n'étant pas maîtrisée à ce jour.

COVID-19