Plus de chances que la Terre soit frappée par un astéroïde que de mourir du Covid-19 ? Attention à cette comparaison douteuse

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

Des publications partagées plusieurs milliers de fois depuis octobre 2020 prétendent que le risque que la Terre soit frappée par un astéroïde est plus élevé que celui de mourir du Covid-19. Les internautes s'appuient sur un prétendu chiffre de la Nasa, qui aurait affirmé que "le risque que la terre soit frappé (sic) par un astéroïde est de 0.042%". Or la Nasa n'a jamais donné un tel chiffre. De plus, il est peu pertinent de calculer un risque moyen de mourir des suites du Covid-19, puisque ce risque dépend de plusieurs facteurs. 

Il "serait peut être temps de remplacer votre masque par un casque", ironise cet internaute, qui affirme que "selon la NASA les chances que la terre soit frappé (sic) par un astéroïde est de 0.042 %", tandis que "les chances de mourir de la COVID 19" seraient "de 0,026%".

Capture d'écran réalisée le 12/03/2021 sur Facebook

Ces publications ont été partagées plusieurs milliers de fois depuis au moins octobre 2020 en français. Elles circulent également en anglais avec une référence à un astéroïde précis et avaient alors été vérifiées notamment par USA Today. 

Cette comparaison est trompeuse : le chiffre de 0,042% évoque, mais avec un zéro supplémentaire, une communication faite l'été dernier par la Nasa, l'agence spatiale américaine, portant sur un astéroïde en particulier qui ne présentait aucun danger pour la Terre. Le risque théorique d'un impact dangereux entre un astéroïde et la Terre au cours des douze prochains mois tourne plutôt autour de 0,005%, un chiffre bien plus faible que celui évoqué dans ces publications, a indiqué la Nasa à l'AFP.

Quant aux risques de mourir du Covid-19, ils sont très différents en fonction de l'âge et des comorbidités des personnes infectées par le virus Sars-CoV-2. 

Il n'y a pas "0,042%" de risque qu'un astéroïde frappe la Terre 

La Nasa dispose d'un Bureau de Coordination de la Défense Planétaire, chargé notamment d'anticiper des scénarios-catastrophe dans lesquels un astéroïde destructeur se dirigerait droit vers la Terre. Ce bureau a mis en place un programme d'observation des objets proches de la Terre, le CNEOS (Centre d'études des objets proches de la Terre). Sur le site de ce programme, on peut observer à quelle distance de la Terre sont passés de tels objets dans le passé, mais également des estimations de la proximité la plus probable avec la Terre que pourraient atteindre des objets se déplaçant dans l'espace.

Pour comprendre comment lire ce tableau, le CNEOS a réalisé une vidéo explicative (en anglais). 

L'AFP a contacté la Nasa le 3 mars 2021. Selon l'agence spatiale américaine, le chiffre de "0,042%" paraît extrapolé du risque "spécifique de l'approche du très petit astéroïde 2018VP1, qui ne représentait aucune menace pour la Terre" et qui est passé à proximité de notre planète le 2 novembre 2020. Le risque évalué était par ailleurs celui de l'entrée de l'astéroïde dans l'atmosphère terrestre, et non un risque de collision. La Nasa l'avait chiffre en août 2020 à 0,41% et non 0,042%. 

Le 23 août 2020, ce bureau avait tweeté que l'astéroïde 2018VP1 était "très petit, env. 6,5 pieds et ne représente aucune menace pour la Terre! Il a actuellement 0,41% de chances de pénétrer dans l'atmosphère de notre planète, mais s'il le faisait, il se désintégrerait en raison de sa taille extrêmement petite". 

"Le programme d'observation des objets proches de la Terre de la Nasa (NEO) suit les risques d'impact sur la Terre de tout astéroïde dont la probabilité (qu'il touche la Terre, ndlr) dépasse 1 sur 1 million", a indiqué à l'AFP le service de communication du programme NEO. 

L'AFP a pu échanger avec Paul Chodas, directeur du CNEOS, qui a expliqué par email que la probabilité qu'un astéroïde "spécifique et connu" percute la Terre peut être calculée grâce à la modélisation informatique : "Le projet CNEOS projette dans l'avenir les mouvements de l'astéroïde et de la Terre afin de déterminer quand l'astéroïde pourrait s'approcher près de la Terre" et éventuellement la percuter. 

Les scientifiques peuvent également estimer la probabilité qu'au cours du prochain siècle, un astéroïde non encore découvert puisse heurter la Terre. "En analysant le rythme auquel des astéroïdes de différentes tailles sont découverts, les scientifiques ont formé un modèle statistique précis de la population des astéroïdes géocroiseurs (qui évoluent à proximité de la Terre, ndlr), qui varie en fonction de leur taille", a indiqué Paul Chodas.

"Les gros astéroïdes sont tellement dispersés qu'ils n'ont un impact que tous les millions d'années environ, les petits astéroïdes sont plus fréquents, jusqu'aux minuscules astéroïdes de 1 mètre, qui ont un impact tous les mois environ, en moyenne. La plupart de ces petits impacts sont si infimes qu'ils produisent simplement des boules de feu brillantes dans l'atmosphère", a-t-il précisé. 

Quant à la probabilité statistique qu'un astéroïde non découvert - donc purement théorique - de 100 mètres de diamètre ou plus puisse percuter la Terre au cours de l'année prochaine, elle est très faible, a expliqué le directeur de CNEOS : "environ 0,005 %, soit à peu près 1 chance sur 20.000", bien moins que le chiffre évoqué dans les publications que nous vérifions. 

Pluie de météores des Perséides vue du désert du Néguev, près de la ville de Mitzpe Ramon, le 11 août 2020. Cet événement se produit chaque année. (AFP / Menahem Kahana)

En 2021-2022, la Nasa a prévu pour la première fois un exercice spatial destiné à tester et valider une méthode pour protéger la Terre en cas de menace d'impact d'un astéroïde. 

Par ailleurs, le plus gros astéroïde à frôler la Terre cette année passera à deux millions de kilomètres de la planète bleue le 21 mars prochain. Il ne pose aucun risque de collision. 

Le risque de mortalité due au Covid-19 dépend de plusieurs facteurs 

"Les chances de mourir du Covid-19 sont de 0,026%", affirment ces publications, qui en concluent que le risque de décéder du Covid-19 est moins élevé que celui que la Terre soit frappée par un astéroïde. 

Des chiffres autour de la mortalité et du Covid-19 sont régulièrement relativisés par certains internautes sur les réseaux sociaux. Ainsi, en février, une vidéo très partagée et vérifiée par l'AFP affirmait que "99,965% des personnes contaminées ont survécu au virus en France" et en déduisait que "0,035% des personnes contaminées (par le virus) en meurt (sic)", des affirmations erronées, comme nous l'expliquions alors.

Il ne faut pas confondre létalité et mortalité. Comme l'expliquait l'AFP dans un précédent article, la "létalité" désigne le nombre de morts rapporté au nombre de personnes infectées par une maladie, tandis que la "mortalité" désigne le nombre de décès d'une cause quelconque rapporté à une population entière. Dans cet article publié en octobre, nous expliquions que l'IFR, le taux de létalité par infection (calculé sur une base plus vaste que les seuls cas de Covid-19 officiellement recensés), était alors estimé autour de 0,6% au moins.

En Belgique, selon les derniers chiffres de l'Institut de santé publique Sciensano, il y avait au 11 mars 2021 22.347 morts du Covid-19 pour 794.605 cas confirmés.En France, selon le dernier bilan officiel relayé sur le site du gouvernement, il y avait 3.990.331 cas confirmés de Covid-19 et 89.830 décès au 11  mars 2021. 

Il n'est pas pertinent d'établir un pourcentage de "risques de mourir" du Covid, car celui-ci dépend de facteurs divers comme l'âge ou les comorbidités, a expliqué à l'AFP le 3 mars 2021 Patrick Deboosere, professeur à la VUB (Vrije Universiteit Brussel) et président du Conseil supérieur de la statistique, estimant que le chiffre de 0,026% "est tiré par les cheveux". 

Ainsi, une étude du groupe français Epi-Phare, un groupement d'intérêt scientifique constitué par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et la Cnam (Caisse nationale de l'Assurance maladie) a établi en février 2021 que "les risques d’être hospitalisé ou de décéder des suites de ce virus augmentent de façon exponentielle avec l’âge". 

Afin d'évaluer les risques induits par le Covid-19, "il est plus pertinent d'observer l'excès de mortalité en Belgique et en France en 2020, par rapport à ce à quoi on pouvait s'attendre", a estimé Patrick Deboosere, qui constate "qu'il y a eu une surmortalité due au Covid-19 en 2020". 

En effet, les graphiques disponibles sur le site de statistiques du gouvernement belge, Statbel, montrent que l'année 2020 a été marquée par une mortalité supérieure par rapport aux trois années précédentes, particulièrement entre mars et mai et à partir de novembre. 

Capture d'écran réalisée le 12/02/2021 sur le site de statistiques Statbel

Le même phénomène a été constaté en France, comme l'ont expliqué plusieurs experts dans ce précédent article de vérification.

Les effets de la pandémie de Covid-19 sont nombreux, expliquait ainsi l'épidémiologiste Catherine Hill, de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), interrogée par l'AFP le 26 février : en 2020, il y a eu "moins d'accident de voitures, moins d'accidents du travail, de grippe", grâce au confinement et aux gestes barrières. 

A contrario, il y a eu de nombreux morts à domicile liés au Covid-19 et, en raison de l'afflux intense de patients graves à l'hôpital, le virus fait courir le risque d'une saturation des systèmes de santé en France comme en Belgique

"Quand on regarde tout cela, même en présence de ces potentiels effets compensateurs, on a une augmentation de la mortalité de 10% pour les plus de 65 ans" en France, avait ajouté Michel Gillot, directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined) au sein de l'unité "mortalité, santé et épidémiologie".

Certes la majorité des patients atteints du Covid-19 survivent, a ajouté Patrick Deboosere, mais "en tant que société est-ce acceptable d'avoir soudainement avoir un nombre important de personnes qui vont décéder beaucoup plus tôt que prévu ? Est-ce qu'on doit arrêter de combattre le cancer car il y a peu de risques d'en mourir ?" 

D'autant plus, a rappelé Patrick Deboosere, que les chiffres montrent "la mortalité constatée avec toutes les mesures sanitaires qu'on a prises. Sinon, elle serait probablement trois fois plus élevée". Il a notamment évoqué l'exemple des Etats-Unis, qui auraient pu éviter environ 36.000 morts en prenant des mesures de distanciation sociale une semaine plus tôt, selon une étude de l'université Columbia, relayée par le New York Times en mai 2020. 

Edit 15/03/2021 : correction dans le titre
CORONAVIRUS