"Plandémie" : un texte viral contenant de fausses informations

Un texte conspirationniste, partagé des milliers de fois depuis vendredi 8 mai sur les réseaux sociaux, affirme que la pandémie de Covid-19 est prétexte à un "plan international d'asservissement et de réduction des populations" mené par des lobbys. Le texte avance que le virus n'est plus dangereux et appelle à ne pas se faire dépister, ni vacciner pour ne pas être "fiché" ou "affaibli". Il contient de nombreuses infox.

"PLANDEMIE/MESSAGE CAPITAL D'UN POLICIER QUE JE TRANSFERE TEL QUEL. Le lobbying est en train d'être activé dans toutes les entreprises et dans les médias pour une vaccination de masse...", est-il écrit au début du message.

(capture d'écran réalisée sur un blog relayant le message viral, le 10 mai 2020)

Il est possible de retrouver ce texte en intégralité sur Facebook (1,2,3), Whatsapp et sur des blogs (1,2,3) depuis le vendredi 8 mai. 

Ce texte a déjà fait l'objet d'une vérification dans un fil Twitter diffusé samedi 9 mai par l'Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot.

Mais il est toujours relayé dimanche 10 mai (1,2). Revenons donc point par point sur les nombreuses fausses informations qu'il véhicule.

"COVID-19 veut dire Certificat Of Vaccination IDentity avec 19 1=a et 9=i pour AI=Intelligence Artificielle. Ce n'est pas le nom du virus mais celui du Plan international d'asservissement et de réduction des populations". Faux

D'abord, le Covid-19 est le nom de la maladie -pas du virus- qui a fait au moins 279 185 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles dimanche 10 mai à 13 heures.

La Chine a reconnu officiellement l'existence d'un "nouveau type de coronavirus", une vaste famille de virus qui comprend notamment le Sras (ou "Sars" en anglais), le 9 janvier 2020.

Le 11 février 2020, le Comité international de taxonomie des virus, un comité chargé de la classification des virus, a donné un nom à ce virus : "Sars-CoV-2".

"Ce nom a été choisi car le virus est génétiquement apparenté au coronavirus responsable de la flambée de SRAS de 2003. Bien qu'apparentés, les deux virus sont différents", explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site.

Le même jour, le nom officiel de la maladie causée par le Sars-Cov-2 (dénomée provisoirement "2019-nCoV" pour "nouveau coronavirus 2019") a été annoncé par l'OMS.

Il s'agit du Covid-19 pour "COronaVIrus Disease", explique l'Institut Pasteur, soit maladie à coronavirus. Le nombre 19 sert à désigner l'année d'apparition de la maladie : 2019.

"Passé 70 jours, le virus est inactif, nous avons passé ce cap". Faux

Jour après jour, de nouveaux cas de Covid-19 sont recensés partout dans le monde.

Dimanche 10 mai, la Chine a relevé le niveau de risque épidémiologique dans un quartier de Wuhan, après la découverte d'un cas, le premier depuis plus d'un mois dans la ville berceau de la pandémie.

En France, 80 personnes sont décédées en 24 heures entre vendredi 8 et samedi 9 mai, portant le nombre total de décès à 26.310 depuis le 1er mars, selon la Direction générale de la santé.

Si le pays entame un déconfinement progressif à partir du lundi 11 mai, les autorités ont renouvelé les appels à la vigilance après l'apparition de deux foyers épidémiques, l'un en Dordogne après des obsèques et un autre dans un collège de la Vienne après une réunion de préparation de la rentrée.

"Ce qui réactive le virus, c’est un terrain immunitaire affaibli par la vaccination. Celle qu’ils comptent nous injecter (7 vaccins plus terribles les uns que les autres)" Faux

Le virus n'est pas "désactivé", il est toujours actif et meurtrier dans le monde et en France.

On pourrait toutefois comprendre la phrase "ce qui réactive le virus" de deux autres manières : ce qui augmente ses chances de transmission (1) ou ce qui le rend dangereux (2). Ce n'est en tout cas pas "un terrain immunitaire affaibli par la vaccination" (3), comme l'affirme la publication.

1) Le virus se transmet essentiellement par voie respiratoire et par contact physique. La transmission par voie respiratoire se fait dans les gouttelettes de salive expulsées par le malade, par exemple quand il tousse.

Pour éviter la contagion, les autorités sanitaires insistent sur l'importance des mesures-barrières : éviter de se serrer la main et de s'embrasser, se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir jetable, porter un masque si on est malade... 

Ce qui augmente les chances de transmission du virus, c'est le non-respect de ces gestes barrières.

2) Le Covid-19 est une maladie infectieuse s'attaquant principalement aux fonctions respiratoires.  "Les symptômes les plus courants sont la fièvre, la fatigue et une toux sèche. Pour certains patients, cela peut également être des douleurs, une congestion nasale, un nez qui coule, un mal de gorge ou la diarrhée", explique l'Organisation mondiale de la santé.

Ces symptômes sont souvent accompagnés d'une gêne respiratoire, qui peut déboucher sur un syndrome respiratoire aigu sévère dans les cas les plus graves.

Dans environ 80% des cas, la maladie est bénigne. Les autorités sanitaires ont recensé un certain nombre de profils à risque susceptibles de développer des formes plus graves d'infection.

Outre l'âge, le fait d'avoir une maladie chronique (insuffisance respiratoire, pathologie cardiaque, antécédent d'AVC, cancer...) est un facteur de risque.

Dans un rapport portant sur 10.000 morts, l'Institut supérieur de la santé (ISS) italien a recensé des pathologies courantes sur les personnes décédées. Les plus fréquentes sont l'hypertension (73,5% des cas), le diabète (31%) ou la cardiopathie ischémique (une pathologie cardiaque lourde, 27%).

3) La publication affirme que le virus sera "réactivé" par "7 vaccins plus terribles les uns que les autres" que les lobbys "comptent" injecter à la population pour affaiblir le système immunitaire.

Les vaccins n'affaiblissent pas le système immunitaire. Comme l'explique l'OMS sur son site, la vaccination consiste en réalité à le stimuler pour immuniser une personne contre une maladie infectieuse.

Par ailleurs, à ce stade, il n'existe ni sept... ni même un vaccin disponible à "injecter" à la population contre le nouveau coronavirus.

Une centaine de projets sont actuellement menés à travers le monde, dont une dizaine en phase d'essais cliniques, aucun ne devrait toutefois aboutir avant plusieurs mois.

"Joint à ça, la 5G qu’ils installent dans toutes les villes du monde pour affaiblir nos défenses immunitaires". Faux

Comme écrit dans ce précédent fact-check, "malgré de nombreuses recherches, rien n'indique pour l'instant que l'exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité soit dangereuse pour la santé humaine", a souligné l'OMS.

Sur la 5G plus spécifiquement, rien ne prouve actuellement que celle-ci a un effet sur les systèmes immunitaires.

Par ailleurs, comme écrit dans cet autre fact-check, la crise sanitaire retarde plus qu'elle n'accélère la mise en place de la 5G.

"Ne vous faites pas dépister, les tests ne sont pas fiables" Faux

Diagnostiquer les malades, connaître la part de la population infectée, voire peut-être mesurer le degré d'immunité : plusieurs types de tests existent et sont fiables pour lutter contre le coronavirus et ils ont chacun un rôle bien précis, décrit dans cette dépêche.

"A compter du 11 Mai en France, sera imposé un dépistage massif dans toutes les écoles (700.000/semaine)". Faux

La France "est prête pour tester massivement" les personnes présentant des symptômes, à raison de 700.000 tests par semaine, a assuré cette semaine le ministre de la Santé Olivier Véran.

Ces tests ne seront toutefois pas imposés "dans toutes les écoles", comme l'affirme la publication. Il n'a pas été fait état de procédure systématique de test imposée à une partie de la population à partir du 11 mai.

Une polémique avait éclaté fin-avril en France lorsque l'entreprise Veolia avait annoncé son intention de soumettre ses salariés à des tests de dépistage.

"Un dépistage tous azimuts de tout le monde dans une entreprise, cela n'a pas de sens au niveau médical et scientifique", avait alors estimé Olivier Véran, ministre de la Santé, qui avait par ailleurs souligné que ces tests constituaient "un examen médical qui ne peut pas être imposé" et devaient se faire sur "prescription médicale".

Dans une note du Conseil scientifique datée du 24 avril 2020, les scientifiques considèrent d'ailleurs "qu’un dépistage massif par test diagnostique RT-PCR des élèves et de l’ensemble du personnel travaillant dans les établissements scolaires n’est pas envisageable".

"Le Conseil scientifique considère que les tests sérologiques au moment de la rentrée du 11 mai n’ont pas d’intérêt individuel ni pour les élèves ni pour les personnels des établissements scolaires (cf. avis du 20 avril 2020 du Conseil scientifique). Ces tests pourront être proposés dans certaines écoles dans un but épidémiologique", est-il également écrit.

C'est uniquement "en cas de symptômes évocateur" que "les parents devront assurer la réalisation d’un test de dépistage chez leur enfant dans un centre prévu à cet effet".

"L’enfant ne peut pas être accepté de nouveau à l’école sans le résultat de ce test", est-il également écrit.

Le nouveau coronavirus continue de susciter un flot de fausses informations sur les réseaux sociaux. Retrouvez tous nos articles de vérification ici.

François D'Astier