Vaccination, 5G, euthanasie : attention, cette vidéo contient de nombreuses fausses informations

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Vaccination, 5G, "hôpitaux vides" et euthanasie  : une vidéo sur le nouveau coronavirus, vue plusieurs centaines de milliers de fois depuis le 7 avril, contient au moins cinq affirmations fausses ou trompeuses. 

La vidéo, intitulée "Coronavirus - se soumettre ou se mettre debout", a été publiée le 7 avril sur YouTube, où elle cumule près de 850.000 vues. Elle a depuis été partagée des dizaines de milliers de fois sur Facebook.

Capture d'écran YouTube prise le 23/04/2020

Son auteur, Jean-Jacques Crèvecoeur, qui se présente comme "auteur, formateur et conférencier de réputation internationale", y affirme que la crise sanitaire actuelle est "une manipulation monumentale à l’échelle de la planète avec un agenda caché qui consiste à vouloir installer une dictature mondiale, un gouvernement totalitaire mondial".

Pour autant, au moins cinq des affirmations censées appuyer sa démonstration sont fausses ou trompeuses. 

"Au Danemark, ils viennent de voter une loi qui permettra aux Danois de sortir du confinement à condition qu’ils acceptent de se faire vacciner par le futur vaccin contre le coronavirus." 

Faux. Une législation d’urgence adoptée le 12 mars – et valable jusqu’au 1er mars 2021 au plus tard – prévoit que le ministre danois de la Santé "peut (…) ordonner une vaccination obligatoire dans une zone géographique ou chez un groupe de personnes" (voir paragraphe 8 ici). 

Ce texte n’implique en aucun cas que la vaccination sera une "condition" pour sortir du confinement, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de la vidéo, ni que tous les Danois auront l'obligation de se faire vacciner contre le virus quand un vaccin sera disponible.

Le Danemark, qui a mis en place des mesures qualifiées de "semi-confinement", a par ailleurs commencé à lever progressivement les restrictions liées à la lutte contre le nouveau coronavirus, comme nous l'expliquons dans cette dépêche – sans attendre, donc, qu'un vaccin ait été trouvé.

Un chercheur travaille sur un vaccin contre le Covid-19, à Copenhague, le 23 mars 2020 (Thibault Savary / AFP)
"Pendant que nous sommes confinés dans nos cellules, dans nos camps de concentration (...), les gouvernements ont donné le feu vert et les pleins pouvoirs aux compagnies de téléphonie mobile, qui ont reçu l’autorisation de déployer à très grande vitesse les réseaux de 5G."

Faux. La crise sanitaire retarde plus qu'elle n'accélère la mise en place de la 5G – comme l'ont regretté récemment deux géants des télécoms – pour des raisons d’approvisionnement en matériel depuis la Chine ou par manque de personnels sur le terrain.

Le chinois Huawei, l'une des trois entreprises – avec Ericsson et Nokia – qui se partagent aujourd'hui l'essentiel du marché des équipements 5G (notamment les antennes), a évoqué des retards de déploiement de la 5G en Europe lors de la présentation de ses résultats fin mars. 

L'équipementier suédois Ericsson a dit redouter mercredi 22 avril que l'Europe n'accuse un "retard" dans le déploiement de la 5G du fait de la pandémie de coronavirus (voir page 2), même s’il continue de signer des contrats, notamment en Chine. "Nous appelons les gouvernements européens à chercher des moyens d’encourager l’investissement dans les réseaux 5G, ce qui permettra d’aider à redémarrer l’économie lorsque la pandémie sera passée", a déclaré son PDG Börje Ekholm.

En France, les enchères pour attribuer aux opérateurs télécoms une partie des fréquences nécessaires aux réseaux mobiles 5G, qui devaient intervenir en avril, ont été repoussées en raison de la crise sanitaire, comme nous l'expliquions notamment ici. Elles pourront se dérouler soit fin juillet, soit en septembre, a déclaré mercredi 22 avril Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le régulateur du secteur, auditionné par des sénateurs.

(A lire à ce sujet : 5G, quels risques pour la santé ?)

Séoul, le 22 avril 2020 (Ed Jones / AFP)
"La ministre de la Santé belge, fin mars, a interdit que l’on fasse des tests pour détecter qui était porteur de coronavirus et qui ne l’était pas, Si ça, ce n’est pas criminel..."

Faux. L'auteur de la vidéo s'appuie sur un "décret du 17 mars", dont il a reproduit plusieurs extraits, mais en fait une interprétation erronée. La Belgique a en réalité interdit ce jour-là pour une durée de six mois les "autotests rapides" de diagnostic du coronavirus, car jugés peu fiables. Voici l'arrêté royal cité dans la vidéo.

L’une des justifications données à cette interdiction est que "les tests de détection IgM sont susceptibles de donner des résultats faux positifs induisant la prise de mesure chez des patients sains".

Pour autant, des tests de diagnostic du coronavirus sont bien pratiqués dans les hôpitaux et les maisons de repos belges, comme en attestent les photos AFP ci-dessous, prises le 17 avril 2020.

Une employée de la maison de retraite Christalain, à Bruxelles, subit un test de diagnostic du coronavirus, le 17 avril 2020 (Kenzo Tribouillard / AFP)
Un résident de la maison de retraite Christalain, à Bruxelles, subit un test de diagnostic du coronavirus, le 17 avril 2020 (Kenzo Tribouillard / AFP)

 

"L’arrêté royal du 17 mars 2020 interdit la commercialisation des tests rapides à destination du grand public (autotests), mais n’interdit pas l’utilisation de ces tests rapides par les professionnels de la santé", a souligné jeudi 23 avril auprès de l'AFP l'Agence fédérale belge des médicaments et des produits de santé (AFMPS).

180.000 tests ont été réalisés depuis le début de la pandémie, ont indiqué les autorités sanitaires belges à l'AFP. "Depuis le 10/04, 35.877 tests ont été réalisés en maisons de repos", précisent-elles dans leur bulletin épidémiologique du 23 avril.

"Je reçois de plus en plus d’informations d’hôpitaux qui sont à moitié sinon à trois quart vides, mais les médias continuent à nous faire croire que les hôpitaux sont complètement débordés."

Trompeur.  Cette chute de la fréquentation des hôpitaux – et notamment des services d'urgences – a été documentée par de nombreux médias (comme ici en Angleterre, ici et  en France ou encore ici aux Etats-Unis).

Des images d'hôpitaux vides ont été très largement relayées par des internautes affirmant qu'elles prouvent que les gouvernements nous mentent sur la gravité du coronavirus, voire, comme l'auteur de la vidéo l'affirme, que la crise sanitaire actuelle n'est qu'une "manipulation" pour "installer un gouvernement totalitaire mondial".

En réalité, si de nombreux hôpitaux ont vu leur fréquentation chuter, c'est parce que l'objectif premier du confinement est justement d’éviter l’engorgement des hôpitaux et la saturation des capacités d’accueil, le nombre de lits en réanimation étant limité.

"Dans le cadre de la crise du Covid, on a déprogrammé les activités programmées. Actuellement, on a quasiment plus de consultations. On a développé la téléconsultation. On a évité au maximum le flux qui est reportable", exliquait début avril à l'AFP, Nicolas Funel, adjoint au directeur de l'hôpital Sainte-Musse de Toulon (Var).

Ce sont les services de réanimation qui, pour certains, sont saturés, pas les hôpitaux dans leur globalité.  La France a ainsi compté début avril jusqu'à 7.100 patients en réanimation, "un record absolu en France", soit plus que la capacité de lits de réanimation du pays avant la crise, qui était de 5.000.

Un patient atteint du Covid-19 dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital des Peupliers, à Paris, le 7 avril 2020 (Thomas Coex / AFP)
"Je ne vous parle même pas de ce médicament (…) en France. Ce médicament a fait l’objet d’un décret il y a quelques jours qui autorise les médecins à injecter ce médicament à des personnes qui sont atteintes du coronavirus ou qui sont soupçonnées d’être atteintes (…) Ca veut dire que, malgré tous les débats qui ont eu lieu ces dernières années sur l’euthanasie, et bien ici on vient de donner la permission aux médecins de tuer leurs patients sur base d’un soupçon de contamination au coronavirus, et sur base d’un pronostic effectué seul, sans l’avis d’un deuxième médecin."

Faux. Comme nous l'expliquions dans ce fact-check, l'euthanasie n'a pas été autorisée en France à travers un décret du 28 mars portant sur les modalités de délivrance du médicament Rivotril.

Ce texte autorise en réalité les médecins, en Ehpad notamment, à prescrire temporairement ce sédatif en remplacement de l'Hyponovel (midazolam), dont les stocks sont actuellement en tension.

Le recours au Rivotril concerne explicitement les soins palliatifs, destinés à "soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade", selon la définition de la Société française de soins palliatifs.

"Il s’agit, lorsque la situation se dégrade et dans certaines circonstances d’un accompagnement pour soulager sa souffrance en le plaçant dans une sédation lorsque la détresse respiratoire devient insupportable, mais il ne s’agit certainement pas d’un médicament destiné à pratiquer une euthanasie", explique le Pr Guérin, professeur de gériatrie au CHU de Nice, cité dans un communiqué de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG).

Ce médicament est utilisé "pour ne pas les laisser mourir de suffocation", a expliqué à nos confrères de CheckNews Benoît Veber, responsable de la réanimation chirurgicale du CHU de Rouen.

La Haute autorité de santé (HAS) a résumé dans un document les six différences entre "sédation profonde et continue" et "euthanasie". Elle rappelle par ailleurs que, contrairement à ce qu'affirme l'auteur de la vidéo, la décision de placer un patient en "sédation profonde" doit faire l'objet d'une "procédure collégiale".

Capture d'écran du site de la Haute autorité de santé prise le 23/04/2020

La loi Claeys-Leonetti de février 2016 a instauré un droit à la "sédation profonde et continue" jusqu'au décès pour les malades en phase terminale, afin de soulager les souffrances inutiles, notamment après l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable" ou d'impasse thérapeutique. Mais l'euthanasie reste interdite en France.

Rémi Banet
5G