Non, la chloroquine n'a pas été 'interdite" par un arrêté en janvier 2020

Des publications, partagées plusieurs milliers de fois depuis le 20 mars, affirment que le gouvernement a "fait interdire" ou a fait obstacle à la chloroquine, dont l'un des dérivés fait partie des traitements expérimentaux contre le Covid-19, à travers un arrêté du 13 janvier 2020. Mais ces publications sont trompeuses: ce texte place l'hydroxychloroquine sur une liste de traitements qui nécessitent une ordonnance, et fait suite à une recommandation de l'ANSM antérieure à l'épidémie.

"Le Gouvernement a fait interdire la Chloroquine juste avant le début de la crise du Coronavirus", s'insurge un article. Pour appuyer son propos, il renvoie vers un arrêté du 13 janvier 2020, signé par le directeur général de la santé Jérôme Salomon, par délégation de la ministre de l'époque, Agnès Buzyn. 

Capture d'écran du site news.oddr.biz, prise le 23 mars 2020

Que dit cet arrêté exactement ? 

Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), contactée par l'AFP le 22 mars, il existe en France "deux spécialités à base de chloroquine (qui) sont commercialisées : Nivaquine exploitée par Sanofi, et Savarine par ALLIANCE PHARMA LTD. Une autre molécule apparentée à la chloroquine est également commercialisée par Sanofi sous le nom Plaquenil (hydroxychloroquine)".

Or cet arrêté place "sur la liste II des substances vénéneuses l'hydroxychloroquine sous toutes ses formes". 

Capture d'écran de l'arrêté du 13 janvier 2020

Les médicaments placés sur les listes I et II, définies sur le site du ministère de la Santé, sont "des médicaments soumis à prescription médicale et qui ne peuvent ainsi être obtenus que sur présentation d’une ordonnance rédigée par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme"

Sur la liste II, plus précisément, figurent les médicaments qui "peuvent être délivrés plusieurs fois à partir de la même ordonnance pendant 12 mois, sauf indication contraire du prescripteur". 

L'hydroxychloroquinequi fait partie de quatre traitements expérimentaux contre le nouveau coronavirus, n'a donc pas été interdite, mais son obtention à été soumise à une ordonnance préalable d'un médecin

Pourquoi cette précaution ? Interrogée par l'AFP le 23 mars, la Direction générale de la santé (DGS) explique que "la chloroquine, et plus particulièrement hydroxychloroquine, peuvent donner de nombreux effets indésirables graves, notamment des risques de toxicité oculaire, jusqu’à la cécité". Ces effets indésirables sont effectivement renseignés sur la notice du médicament, disponible en ligne. Leur fréquence est cependant variable, comme le mentionne la fiche.  

Capture d'écran de la fiche de l'hydroxychloroquine, prise le 23 mars 2020

Quand a été prise cette décision ? 

Si l'article 1 de l'arrêté (concernant le placement sur liste II) a suscité toutes les attentions, il convient également de s'arrêter sur les motifs de cet arrêté.

Celui-ci mentionne notamment une "proposition du directeur général de l'ANSM du 13 décembre 2019", et "l'avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) du 12 novembre 2019". Deux dates précédant l'épidémie de coronavirus en France. 

Comme l'ont également démontré nos confrères de Checknews, l'ANSES a rendu un avis à la demande de l'ANSM sur "l'inscription de l'hydroxychloroquine sur la liste II des substances vénéneuses". L'avis rendu a été favorable. 

Qu'est-ce qui a motivé cette demande de l'ASNM ? "En 2018, les laboratoires Sanofi ont déposé à l'ANSM une demande de mise à jour des informations disponibles dans la notice et dans le résumé des caractéristiques du produit de ses médicaments à base de chloroquine (Nivaquine) et d’hydroxychloroquine (Plaquenil)", répond l'Agence à l'AFP.

"Cette demande a abouti à une revue complète des dossiers d’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ces médicaments par l’ANSM", poursuit-elle. "Suite à cette revue, il a notamment été décidé d’harmoniser les conditions de prescription et de délivrance entre ces deux médicaments étant donné qu'ils appartiennent à la même classe thérapeutique et qu’ils ont des indications communes", conclut l'Agence. 

Contactée par l'AFP le 23 mars, Sanofi a confirmé cette information. 

En conclusion, l'origine et les recommandations du placement de l'hydroxychloroquine sur la liste II des substances vénéneuses datent de 2018 et 2019, bien avant l'épidémie de Covid-19 en France. 

Une vidéo, extrêmement virale sur Facebook (50 000 partages, plus d'1 million de vues), fait également référence à l'inscription de l'hydroxychloroquine sur cette liste, parlant d'un "scandale d'Etat". 

Si son auteur ne dit pas qu'elle a été "interdite", il affirme en mentionant cet arrêté que "non seulement le gouvernement n'a rien fait mais il a fait obstacle de toutes ses forces à ce traitement", ce qui peut être trompeur puisque les recommandations de l'ANSM remontent à une date antérieure à l'épidémie. 

Sami Acef