
(Narinder Nanu / AFP)
Enfants et coronavirus : ce que l'on sait
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 24 mars 2020 à 18:00
- Lecture : 6 min
- Par : Rémi BANET, Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS
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"Ce petit garçon souffrant de pneumonie a été testé positif au Covid-19 (...) Il est actuellement entre la vie et la mort", affirme l'auteur d'une publication Facebook partagée plus de 10.000 fois depuis le 20 mars.

"Les scientifiques auraient prétendu que ce virus épargnait les enfants. Ce petit bout de chou est la preuve du contraire", réagit un internaute dans les commentaires.
En réalité, ce nourrisson n'est pas atteint du coronavirus, selon son père, qui avait posté quelques jours plus tôt sur Twitter la photo devenue virale. "Mon bébé a été testé NEGATIF au Covid-19. C'était ce que je redoutais le plus", a-t-il expliqué le 19 mars, précisant que son enfant souffrait d'une pneumonie accompagnée de complications.
Les enfants moins gravement touchés
Depuis l'apparition de la maladie fin décembre à Wuhan, en Chine, les cas rapportés d'enfants contaminés sont jusqu'ici restés limités.
Selon le rapport de la mission conjointe Chine-OMS publié fin février, seuls 2,4% des plus de 75.000 cas alors confirmés en Chine concernaient des individus de moins de 18 ans. Une très faible part de ces mineurs avaient développé une forme grave (2,5%) ou critique (0,2%) de la maladie.
Selon les dernières données publiées par Santé Publique France (chiffres arrêtés au 15 mars), les moins de 15 ans représentaient 2% des cas confirmés (126 sur 6.087) et environ 1% des cas en réanimation (3 sur 285). Aucun décès n'était à déplorer dans cette tranche d'âge.

En Italie, les chiffres (arrêtés au 20 mars) de l'Institut supérieur de Santé montrent qu'aucune personne de moins de 30 ans n'a succombé au coronavirus dans le pays. "Il n'existe ni victime ni cas grave" parmi les enfants contaminés en Italie, a déclaré le 19 mars le président de la Société italienne de pédiatrie, Alberto Villani, cité par l'agence de presse Ansa.
En Espagne, deuxième pays le plus touché en Europe après l'Italie, aucun décès n'avait été recensé au 22 mars chez les 0-9 ans, selon les chiffres du ministère espagnol de la Santé.

Les enfants "ne semblent pas être très malades ni en mourir", résume Justin Lessler, épidémiologiste à l'université américaine Johns Hopkins. Mais "nous savons qu'[ils] sont infectés", assure-t-il à l'AFP.
"Ils sont tout aussi susceptibles d'être infectés que les adultes", estime une récente étude à laquelle il a participé, portant sur la situation à Shenzhen (Chine), étude publiée début mars sans passer le processus habituel de revue par d'autres scientifiques.
Alors pourquoi les enfants n'apparaissent-ils pas dans les statistiques ?
Même infectés, "les enfants vont bien et ne vont pas à l'hôpital, donc ils ne sont pas testés", explique à l'AFP Sharon Nachman, professeur à l'école de médecine Renaissance de l'hôpital pour enfants Stony Brooks près de New York.
Pourquoi les enfants résistent-ils si bien au coronavirus ?
Les raisons pour lesquelles les plus petits ne manifesteraient que des symptômes légers ne sont pour l'instant pas claires, même s'il existe des hypothèses.
"Pour eux, toute infection est une infection nouvelle", explique à l'AFP le Pr Nachman. "Ils voient tellement de maladies lors de leurs premières années que leur système immunitaire est au point et répond bien à ce nouveau virus", poursuit la spécialiste des infections pédiatriques, soulignant toutefois que l'absence actuelle de cas graves "ne veut pas dire que cela n'arrivera jamais".
"Ce n'est pas très clair, mais à mon avis, [les symptômes légers] sont liés à la biologie fondamentale du virus et aux types de cellules qu'il infecte", avance de son côté Ian Jones, professeur de virologie à l'université britannique de Reading.

Les enfants, vecteurs du virus ?
Dans tous les cas, les enfants contaminés, peu malades, "ne vont pas s'auto-confiner ni rester au lit (...), alors le risque qu'ils propagent le virus est plus grand", juge le Pr Jones, interrogé par l'AFP avant la mise en place de mesures de confinement dans de nombreux pays, notamment européens.
Ce risque de propagation justifie la fermeture des écoles décidées dans de nombreux pays, selon Sharon Nachman. Emmanuel Macron avait d'ailleurs mis en avant cet argument en annonçant la fermeture des crèches et établissements scolaires.
Pour protéger et freiner la propagation du Covid-19 : dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés. pic.twitter.com/mcQnqrMymy
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 12, 2020
Mais dans certaines circonstances, la fermeture des écoles peut pousser des parents à confier leurs petits aux grands-parents, "un groupe beaucoup plus à risque", souligne le Pr Keith O'Neal, épidémiologiste à l'université de Nottingham.
"Nous ne savons pas encore quel rôle les enfants jouent pour la propagation du virus", a-t-il insisté.
Le virus peut-il se transmettre au cours de la grossesse ?
"Nous ne savons pas encore si une femme enceinte atteinte du Covid-19 peut transmettre le virus (...) à son foetus ou bébé au cours de la grossesse ou de l'accouchement", écrivent ainsi les autorités sanitaires américaines (CDC) sur leur site internet.
"Aucun enfant né d'une mère porteuse du Covid-19 n'a été testé positif (...). Dans ces cas, qui sont peu nombreux, le virus n'a pas été identifié dans des échantillons de liquide amniotique ou de lait maternel", ajoutent-elles, précisant "ne pas savoir si les mères atteintes du Covid-19 peuvent transmettre le virus via l'allaitement".
Sur son site internet, le Royal College of Obstetricians and Gynecologists de Londres estime lui aussi qu'"il n'existe aucune preuve que le virus peut se transmettre lors de la grossesse ou de l'accouchement".
"Deux cas de possibles transmissions verticales [lors d'un accouchement] ont été rapportés. Mais dans les deux cas, il n'est pas encore établi si la transmission est survenue avant ou après la naissance", peut-on lire.

Une étude publiée le 12 février dans la revue The Lancet, et conduite sur neuf femmes enceintes de Wuhan (Chine) contaminées au Covid-19 au cours de leur troisième trimestre de grossesse, a conclu à l'absence de preuve de transmission intra-utérine du virus.
Dans un document mis à jour le 17 mars, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) recommande aux mères atteintes du coronavirus et à leur nouveau-nés de rester isolés à domicile pendant 14 jours et de "réaliser une surveillance active de [l]a température [du nourisson] et de l’apparition de symptômes d’infection respiratoire (fièvre, toux, difficultés respiratoires, …)".
"Le nouveau-né ne doit jamais porter de masque", souligne par ailleurs le CNGOF, qui rappelle que "la SFN (Société française de néonatalogie) et le GPIP (Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique) ne recommandent actuellement pas la séparation mère enfant et ne contre indique pas l’allaitement".