Non, des soignantes n'ont pas "tourné le dos" à Emmanuel Macron lors de sa visite à Poissy

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Des clichés et des extraits vidéo montrant des soignantes de dos lors d'une visite d'Emmanuel Macron au centre hospitalier de Poissy le 17 mars ont été massivement relayés sur les réseaux sociaux par des personnalités politiques prétendant qu'il s'agirait d'un geste de contestation pour dénoncer un manque de moyens alloués à l'hôpital public en pleine crise sanitaire. Mais une porte-parole de l'hôpital, la cheffe du service des soins de l'établissement, ainsi que l'auteur de ces photographies ont unanimement jugé "erronée" cette interprétation auprès de l'AFP.

Ces images ont été massivement commentées sur Twitter et Facebook. Des soignantes adossées à un bureau et positionnées de trois-quart semblent tourner le dos à Emmanuel Macron, alors qu'il s'adresse à des professionnels de santé.

La séquence a été filmée durant une visite du chef de l'Etat au centre hospitalier de Poissy/Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, le 17 mars 2021. A la veille d'annonces de nouvelles restrictions en Île-de-France contre l'épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron s'est rendu, accompagné du ministre de la Santé Olivier Véran, au sein de cet établissement pour échanger avec les personnels des services sous tension.

Dès la fin de la visite du président, cet extrait vidéo, partagé notamment par BFMTV et franceinfo, a été massivement repris et commenté sur les réseaux sociaux, tout comme des clichés pris sur place. Des personnalités politiques de tous bords y ont vu un geste symbolique du personnel médical pour dénoncer un manque d'investissements vis-à-vis des services de santé, durement affectés par la pandémie.

"J'admire le courage et le stoïcisme de ces infirmières et soignantes, quasi dos tourné, qui encaissent sans broncher le discours d'auto-satisfaction d'un Président arrogant, déconnecté, qui a fragilisé l'hôpital et continue de supprimer des lits", a partagé Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Ecologie les Verts (EELV), également tête de liste des écologistes en Île-de-France pour les régionales.

Le compte Twitter du Parti communiste français légendait de son côté :"les soignants tournent le dos à Macron. Juste retour des choses quand on sait à quel point il a tourné le dos à l'hôpital public".

La députée européenne Aurore Lalucq (groupe Socialistes et Démocrates), l'ancien ministre sarkozyste et eurodéputé du Rassemblement national Thierry Mariani, Isabelle Balkany, ou encore le journaliste Laurent Mauduit ont tous relayé ces images avec des interprétations similaires. 

Captures d'écran prise sur Twitter le 18/03/2021

Sur les réseaux sociaux, cette séquence a suscité de vifs débats, entre les internautes saluant le prétendu "geste" des soignantes, et ceux le condamnant. 

Capture d'écran prise sur Facebook le 18/03/2021
Capture d'écran prise sur Twitter le 18/03/2021

Une interprétation "complètement erronée"

Mais ces soignantes ont-elles vraiment "tourné le dos" à Emmanuel Macron ? Contactée le 18 mars, une porte-parole du centre hospitalier de Poissy assure que cette interprétation est "complètement erronée".

 

Emmanuel Macron et Olivier Véran discutent avec le personnel travaillant dans le service de réanimation de l'hôpital de Poissy Saint-Germain-en-Laye, à Poissy, près de Paris, le 17 mars 2021. (AFP / Yoan Valat)

"Tout le monde s'est mis en rond autour du président", relate l'auteur de ces clichés, le photojournaliste de l'agence EPA Yoan Valat, interrogé par l'AFP le 18 mars. "Les soignantes ne me semblent pas du tout de dos, c'est juste qu'elles ne sont pas sur le même rapport de plan. Et elles tournent la tête pour le regarder", ajoute-t-il. Il assure qu'aucun mouvement de contestation n'a eu lieu durant la prise de parole du président.

Comme on peut le voir sur les autres photos prises par Yoan Valat, les soignantes présentes sur les vidéos virales faisaient partie d'une foule d'une vingtaine de soignants, qui ont échangé avec le président de la République pendant près de 45 minutes.

Emmanuel Macron et Olivier Véran discutent avec le personnel travaillant dans le service de réanimation de l'hôpital de Poissy Saint-Germain-en-Laye, à Poissy, près de Paris, le 17 mars 2021. (AFP / Yoan Valat)

"La configuration des lieux et le fait que les échanges ont été nourris et particulièrement longs, ont amené les personnes à se tourner à plusieurs reprises pour pouvoir entendre les différentes interventions", détaille la porte-parole du centre hospitalier de Poissy. 

Sur d'autres images de Yoan Valat, prises cette fois d'un autre angle, les deux soignantes semblent, comme leurs collègues, regarder dans la direction d'Emmanuel Macron. 

 

Emmanuel Macron et Olivier Véran discutent avec le personnel travaillant dans le service de réanimation de l'hôpital de Poissy Saint-Germain-en-Laye, à Poissy, près de Paris, le 17 mars 2021. (AFP / Yoan Valat)
Emmanuel Macron et Olivier Véran discutent avec le personnel travaillant dans le service de réanimation de l'hôpital de Poissy Saint-Germain-en-Laye, à Poissy, près de Paris, le 17 mars 2021. (AFP / Yoan Valat)

"Elles suivaient vraiment la conversation en tournant leur corps au gré des échanges en fonction de qui prenait la parole. Plus tard, elles se sont repositionnées autrement pour bien participer au débat", rapporte également Sandrine Williaume, la directrice des soins de l'hôpital qui dirige l'équipe dont font partie les soignantes présentes sur la photo.

"On devait mettre à l'extrémité de ces postes de soins les soignants identifiés, pour répondre aux sonnettes et prendre en charge les situations urgentes, parce que le service continuait à fonctionner de manière normale pendant cette visite. Ces soignantes s'étaient mises à l'extrémité pour faciliter leurs déplacements sans que pour autant ça ne perturbe la visite et les échanges en cours", explique encore Sandrine Williaume.

"Ce face-à-face a été très apprécié par les soignants", poursuit Sandrine Williaume. Le 18 mars au matin, le centre hospitalier de Poissy a publié une photo sur le réseau social professionnel LinkedIn pour saluer la visite du président, expliquant que les soignants présents ont "salué la sincérité des échanges"

Des témoignages recueillis par BFMTV laissent pourtant entendre que la visite du chef de l'Etat et de son ministre de la Santé n'a pas convaincu tous les participants. "C'est seulement de la communication, tout simplement. On donne des informations, on nous dit plein de choses, mais on ne sait pas de quoi sera fait demain", a regretté auprès de la chaîne de télévision Samira Habbani, aide-soignante en réanimation.

Une photo ancienne tweetée dans la foulée par Marlène Schiappa

Dans la soirée suivant la visite d'Emmanuel Macron au sein de l'établissement des Yvelines, c'est un autre cliché, posté sur le compte Twitter de la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa, qui a été critiqué sur les réseaux sociaux.

Capture d'écran prise sur Twitter le 18/03/2021

Sur cette image, plusieurs soignantes saluent Emmanuel Macron et prennent en photo le président avec leur smartphone, alors qu'une vitre les sépare. Après la visite du chef de l'Etat, ce cliché pouvait laisser croire, à tort, qu'il s'agissait du personnel rencontré dans l'après-midi à Poissy.

Mais cette image ne date pas du 17 mars 2021. Le cliché faisait partie d'une série de dix photographies en noir et blanc, immortalisées lors du premier confinement par la photographe officielle de l'Elysée Soazig de la Moissonnière, comme l'ont relevé de nombreux internautes. La photo est visible sur son compte Instagram, à la date du 14 mai 2020

Capture d'écran prise sur Instagram le 18/03/21

L'image a également été postée en couleur, depuis, sur le compte du président, le 31 décembre 2020.

Capture d'écran prise sur Instagram le 18/03/2021

L'exécutif doit annoncer ce jeudi de nouvelles restrictions pour tenter de freiner la "troisième vague" de l'épidémie qui va, selon Emmanuel Macron, "taper très dur" jusqu'à la mi-avril.

Dès mercredi midi, à l'issue d'un nouveau Conseil de défense sanitaire, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a fait savoir que "des mesures supplémentaires", applicables dès ce week-end, seraient prises en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, tout en laissant entendre que les écoles resteraient ouvertes dans ces deux régions.

Juliette Mansour
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