(AFP / Alain Jocard)

Les tests PCR n'atteignent pas "la plaque cribriforme" et sont plus efficaces que des tests salivaires

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Une vidéo de la généticienne Alexandra Henrion-Caude a été partagée plusieurs milliers de fois sur Facebook depuis fin septembre. Elle remet en cause l'utilisation des tests PCR alors qu'"on est en train de dire que les gouttelettes propagent l'infection". Elle affirme que les tests PCR atteignent un lieu appelé "la plaque cribriforme", en français "la lame criblée", qui permet "de passer des nanoparticules (...) directement au niveau du cerveau". Or, les tests PCR ne touchent pas la lame criblée. Ils restent par ailleurs plus efficaces que des tests salivaires. 

"Je croyais que les gouttelettes que nous avions étaient porteuses du virus et que donc en PCR et en génétique, les tests que nous faisions jusqu'à présent étaient en général des tests salivaires" ? se demande la généticienne Alexandra Henrion-Caude dans une vidéo d'une minute trente, partagée plusieurs milliers de fois sur Facebook depuis fin septembre. 

Capture d'écran réalisée le 24/12/2020 sur Facebook

Alexandra Henrion-Caude y affirme que les tests PCR atteignent une "structure" appelée "la plaque cribriforme" et qui serait présentée par la littérature scientifique "comme étant un lieu qui permettrait de passer des nanoparticules, donc des nouveaux modes de thérapie directement au niveau du cerveau". 

Alexandra Henrion-Caude est l'ancienne directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) - institution qui a depuis pris ses distances. Intervenante dans "Hold-Up", elle y affirmait que "les phases 3 des essais pour trouver un vaccin contre le Covid-19 ont été sautées". C'est faux, comme l'avait expliqué l'AFP.

Cette vidéo est extraite d'une interview d'Alexandra Henrion-Caude diffusée sur la chaîne Youtube Planete360 le 21 septembre 2020. Elle circule également en légende d'un montage vérifié par l'AFP

Les tests PCR ne touchent pas "la plaque cribriforme" 

La "plaque cribriforme" est une traduction littérale de "cribriform plate". En français, elle est appelée "la lame criblée" et se situe à la base du cerveau. Elle fait partie de l'os ethmoïde. 

Capture d'écran réalisée le 23/12/2020 sur le site Larousse.fr On voit que la lame criblée est protégée par l'os du nez.

La lame criblée, qui porte ce nom à cause des petits trous qui la composent, laisse en effet passer les fibres des nerfs olfactifs. "Elle sépare la partie haute des fosses nasales, appelée fente olfactive, de la cavité crânienne", a expliqué à l'AFP Caroline Huart, chef de clinique adjoint au service ORL des Cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles :  "La fente olfactive est tapissée par la muqueuse olfactive, qui contient les neurones olfactifs. Ces neurones envoient leur projection vers le cerveau (vers une structure appelée bulbe olfactif), en traversant la lame criblée". 

Or le test PCR est réalisé "au niveau du naso-pharynx, qui est à distance de la fente olfactive et il n'y a donc aucun risque pour cette région", a assuré Caroline Huart par mail le 23 décembre 2020. "Il faut juste que le frottis soit bien fait, ce qui n'est pas très compliqué", a-t-elle déclaré.

Cette vidéo d'un prélèvement naso-pharyngé, réalisée par le CHU d'Angers, montre bien que le coton-tige ne s'approche à aucun moment de la lame criblée. On le voit également sur le schéma ci-dessous. 

Il est impossible que le coton d'un test PCR atteigne la lame criblée, a confirmé à l'AFP Maude Beaudoin-Gobert, docteure en neurosciences affiliée à l'université Claude Bernard Lyon 1 : "La lame criblée est positionnée entre les deux yeux, à l'horizontal. Lorsqu'on fait un test PCR, on enfonce le coton-tige à l'horizontal. Si on voulait aller gratouiller la lame criblée avec le coton tige, on devrait enfoncer le coton-tige à la verticale et passer par plusieurs barrières de tissus.  Ce n'est possible ni en terme de distance, ni de disposition".  

Depuis le début de la pandémie et de la mise en place des tests PCR réalisés à l'aide d'un écouvillon dans le nez ou dans la gorge, de nombreux internautes s'inquiètent de la supposée dangerosité de cette méthode pour le cerveau. 

"L'écouvillon ne touche pas la barrière hémato-encéphalique et ne la met pas en danger. Cela ne menace en aucun cas notre système nerveux", avait déjà expliqué dans un précédent article John Dyer, immunologiste et professeur émérite à l'université de Nouvelles-Galles du Sud (Australie), joint le 10 juillet par l'AFP. 

Le neurologue espagnol Pablo Eguía, membre de la Société espagnole de neurologie (SEN), a également déclaré à l'AFP qu'il "est impossible que le test PCR cause des dommages au cerveau". "Le test PCR est une technique simple et sûre", a déclaré le neurologue, ajoutant que l'échantillon est prélevé "à l'aide d'un écouvillon qui ne cause pas de blessure au pharynx ou à toute autre partie du corps, au-delà de l'inconfort qu'il peut générer".

Les tests PCR sont plus efficaces que les tests salivaires

Par ailleurs, Alexandra Henrion-Caude remet en question l'utilisation de tests PCR, alors qu'"on est en train de dire que les gouttelettes propagent l'infection". Comme l'a déjà expliqué l'AFP, en l'état actuel des connaissances, les tests par prélèvement naso-pharyngés sont considérés comme plus efficaces que les tests salivaires. 

Les tests PCR "sont plus efficaces car ils sont réalisés dans les zones où le virus se multiplie le plus",  expliquait ainsi à l'AFP début juillet le Pr Olivier Schwartz, virologiste et responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur. 

En France, la Haute Autorité de Santé a autorisé mi-septembre l'utilisation de tests salivaires pour détecter les infections par le nouveau coronavirus, mais uniquement chez les personnes présentant des symptômes : "l’étude COVISAL (une étude clinique sur les tests salivaires, NDLR) a révélé de très faibles performances du test sur les personnes asymptomatiques : 3 cas sur 4 n’étaient pas détectés", écrivait la HAS dans un communiqué de presse publié le 18 septembre. 

Elle rappelait également que, sur des personnes symptomatiques, la sensibilité des tests salivaires restait tout de même "inférieure à celle des tests nasopharyngés." 

Dans un avis rendu le 28 novembre dernier et concernant les tests salivaires et antigéniques, la HAS a de nouveau rappelé que "le test RT-PCR sur prélèvement nasopharyngé reste le test de référence pour le diagnostic et le dépistage de la Covid-19 compte tenu de ses performances (sensibilité et spécificité)".

EDIT: article mis à jour le 29/12 avec coquille corrigée au premier paragraphe
CORONAVIRUS