Attention, ce texte prétendant lister la composition des vaccins comporte de multiples erreurs

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Une publication partagée des milliers de fois en une semaine sur Facebook affirme lister 26 substances, dont certaines "cancérogènes" ou "toxiques", que recevrait un enfant lors des différentes vaccinations entre 0 et 6 ans. En réalité, si des produits de cette liste sont réellement utilisés dans la fabrication des vaccins, ils ne présentent aucune toxicité à ces dosages, sont éliminés par l'organisme et assurent la sécurité de la vaccination, expliquent des spécialistes à l'AFP.

Un texte partagé des milliers de fois en une semaine sur Facebook, prétend montrer une liste de 26 produits, dont de nombreux présentés comme "toxique","cancérogène" ou "létal", qu'un enfant recevrait "si vous (le) vaccinez, au cours des 6 premières années de sa vie".

Cette liste est accompagnée d'une photo d'un poupon dans lequel on a inséré 20 seringues, censées représenter le "nombre réel de vaccins que reçoit un enfant à l'âge de 2 ans", selon son auteur.

C'est faux. En réalité, un enfant reçoit deux fois moins d'injection de vaccins à cet âge et les produits qu'ils contiennent ne présentent pas de danger : leur quantité est trop faible pour être toxique, et ces produits sont éliminés par l'organisme, expliquent des spécialistes à l'AFP.

Capture d'écran prise le 4 mai 2020

Contrairement à ce qu'affirme la publication, la plupart des produits listés ne sont pas toxiques, létaux ou cancérogènes à ces doses mais servent à améliorer la sécurité des vaccins administrés aux enfants.

Voici quelques exemples :

La publication met en cause la présence de "801 microgrammes (mcg) de formaldéhyde (cancérogène, agent embaumement)" dans les vaccins.

La formaldéhyde est en réalité utilisée pour neutraliser "la toxicité" d'une substance présente dans un vaccin au moment de sa fabrication, explique à l'AFP le 30 avril le professeur François Chast, président honoraire de l'Académie de Pharmacie.

Cette liste affirme aussi qu'un enfant vacciné reçoit "116 mcg de chlorure de potassium (utilisé en injection létale)".

La comparaison est doublement fausse : "l'injection létale c'est par voie intraveineuse... Aucun vaccin n'est administré dans une veine", explique le professeur Chast. "Et les doses dangereuses sont supérieures à 1 ou 2 grammes, là avec 116 mcg, vous en avez une dose qui est 10.000 fois inférieure" ajoute-t-il.

Le "chlorure de potassium", comme "le phosphate de potassium", "le bicarbonate de sodium", "l'hydroxide de sodium", sont mis en cause par cette publication.

Tous sont utilisés dans les solutions vaccinales comme dans les médicaments, pour "neutraliser un excès d'acidité" et permettre "à l'organisme de bien tolérer l'injection" poursuit le professeur Chast.

La liste condamne aussi la présence "d'antibiotiques" dans les vaccins.

Ces antibiotiques sont employés au moment de la production du vaccin "pour éviter la contamination par des bactéries. Au moment de l'injection, il en reste mais ce ne sont que des traces", explique le 4 mai le professeur Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations de la Haute autorité de la santé.

Tous ces produits sont des excipients. Ils servent à assurer la conservation des médicaments ou des vaccins et à faciliter leur administration.

Ces excipients sont éliminés très rapidement par l'organisme après l'injection, selon le professeur Bouvet. Ils ne peuvent donc pas se cumuler dans l'organisme d'un enfant jusqu'à ses 6 ans.

Très faibles doses

La publication critique également les "5,7 mcg d'aluminium", présentés comme "neurotoxine". Cette substance est en réalité utilisée comme adjuvant dans les vaccins antidiphtériques pour "favoriser la réaction immunitaire de l'enfant", explique le professeur Chast.

"Si on n'utilisait pas l'aluminium, il faudrait multipler par 5 ou 10 la quantité de toxines administrées" pour stimuler le développement des anticorps, ce qui "deviendrait dangereux", selon le professeur.

Les autorités sanitaires françaises ont fixé à 0,85 milligrammes la quantité maximale d'aluminium dans un vaccin. Une dose très faible qui "n'est rien par rapport aux doses que vous mangez tous les jours" selon le Dr Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie.

En effet, en reprenant les estimations disponibles sur le site de l'Anses, le gendarme français de l'alimentation, on estime à 4,2 mg, la quantité d'alimunium ingérée chaque semaine par un enfant de 10 kilos. C'est 5 fois plus que la quantité d'aluminium injectée par une vaccination obligatoire durant l'enfance.

La liste pointe enfin les "23,25 mcg de gélatine" et les "560 mcg de polysorbate (cancérogène)"  présents dans les vaccins. "Ridicule" pour le professeur Chast, qui note que ces deux substances "sont utilisées en confiserie sans poser de problème".

La publication est accompagnée d'une photo d'un poupon piqué par 20 séringues. Celles-ci sont supposées représenter le "nombre réel de vaccins que reçoit un enfant à l'âge de 2 ans".

C'est exagéré : en France, un enfant reçoit en réalité 10 injections de vaccins obligatoire avant l'âge de deux ans, confirme le Dr Robert Cohen.

En janvier 2018, la France est passée de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants, dans un contexte de défiance d'une partie de la population envers les vaccins, de repli de la couverture vaccinale et de recrudescence de certaines maladies comme la rougeole.

En 2019, le Conseil d'Etat a jugé que le gouvernement avait légalement le droit de refuser de retirer les vaccins obligatoires contenant de l'aluminium.

Certaines associations avaient réclamé ce retrait, estimant que l'aluminium des vaccins est dangereux et peut provoquer des maladies, ce qui n'est pas prouvé scientifiquement.

 
Thomas Saint-Cricq